Maroc

Climat : après le diagnostic, les mesures thérapeutiques du GIEC

Le GIEC a publié un nouveau volet de son sixième rapport sur le changement climatique, lundi 4 avril 2022. Cette fois-ci, les scientifiques, qui avaient déjà travaillé sur l’évolution physique du climat et ses effets sur les sociétés humaines et la biodiversité, émettent des recommandations pour atteindre l’objectif de 1,5°C. Seront-ils entendus dans l’actuel contexte de crise énergétique, qui consacre le retour du charbon, un peu partout dans le monde, y compris au Maroc ?

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) vient de publier un nouveau volet de son sixième rapport sur le changement climatique.

Une publication qui intervient dans un contexte particulièrement difficile, marqué par un retour massif au charbon, pratiquement partout dans le monde, à cause de la rareté et de la cherté des matières premières (pétrole, gaz, ), induites par la crise sanitaire du Covid-19, et exacerbées par la guerre russo-ukrainienne.

Rappelons qu’à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère Nord, les prix du gaz et du pétrole avaient déjà commencé à flamber, causant de multiples pénuries d’électricité. De nombreux pays avaient ainsi de plus en plus de mal à couvrir leurs besoins en énergie, une situation qui en a poussé certains à privilégier, de nouveau, le charbon, malgré son coût écologique.

Un contexte de recours massif au charbon

La France, notamment, a augmenté la cadence de ses centrales à charbon pour répondre à la demande d’électricité. La tentative de l’Allemagne de sortir simultanément du nucléaire et du charbon, à l’horizon 2030, s’est vue, également, considérablement compliquée. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le charbon, autrefois envisagé comme un combustible de transition sur la voie des énergies renouvelables, se voit reconsidéré dans la première économie de l’Union européenne.

Notre pays n’échappe pas non plus aux effets déstabilisants de cette crise énergétique. Malheureusement, le Royaume est même doublement affecté. Il s’est vu tout d’abord amputé du gaz qu’il recevait gratuitement via le Gazoduc Maghreb Europe, par son voisin de l’Est qui a décidé unilatéralement de fermer le robinet le 31 octobre dernier. Cette décision ayant contraint le Maroc à stopper la production de ses Centrales à gaz à cycle combiné (CGCC) d’Aïn Béni Mathar et de Tahaddart, le pays n’avait d’autre choix que de recourir à son tour au charbon pour satisfaire ses besoins électriques.

En attendant de pouvoir importer du gaz, ce recours au charbon, seule alternative viable en ces temps de crise, risque malheureusement d’augmenter la quantité de carbone émise dans l’atmosphère, ce qui est, on le sait, en totale contradiction avec les promesses et engagements pris dans les COP (Conférences des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique – CNUCC).

Ainsi, après des années de baisse, les émissions de CO2 devraient connaître, en 2022, l’une de leur plus forte progression de l’histoire. Le GIEC est conscient de la situation. C’est pourquoi, dans le nouveau volet de son sixième rapport sur le changement climatique, publié lundi 4 avril 2022, il propose des solutions pour atteindre l’objectif de 1,5°C de réchauffement à l’horizon 2100.

Les actions à initier dans l’industrie, l’agriculture, les transports et le bâtiment

Dans l’industrie, responsable d’environ 24% des émissions de CO2, les scientifiques évoquent des actions coordonnées «tout au long de la chaîne de valeur», pour «utiliser plus efficacement les matériaux, les réutiliser et les recycler, diminuer les déchets».

«Ces options ont le potentiel d’être davantage utilisées dans les pratiques industrielles et requièrent une plus grande attention de la part des politiques industrielles», notent les auteurs du texte. Dans l’agriculture, forêt et usage des terres, qui émettent environ 22% du CO2, le GIEC recommande la «préservation, une meilleure gestion et une restauration des forêts et autres écosystèmes, comme les marais côtiers, les tourbières, les savanes et prairies», ainsi qu’une gestion durable des cultures et des élevages.

Dans les Transports (environ 15% des émissions de GES), les experts onusiens du climat listent plusieurs options : réduction de la demande de transports (télétravail, moins d’étalement urbain), report sur des modes moins polluants (transports en commun), des modes actifs (vélo, marche) avec des investissements en conséquence (pistes cyclables, trottoirs), électrification des véhicules (moins polluants que les thermiques sur l’ensemble de leur cycle de vie) et biocarburants (même si ces derniers présentent des risques de conflit sur l’usage des sols avec l’alimentation).

Dans le Bâtiment (environ 6% des émissions de GES), le rapport relève que les villes et les aires urbaines offrent des «opportunités significatives» pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cela doit inclure «la réduction ou le changement de la consommation énergétique et de matériaux», «l’électrification» et l’augmentation de la capacité de la ville à capter et stocker du carbone (avec des espaces verts, par exemple).

Que faire en matière de captage de carbone et de financement ?

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, le monde doit atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 (2070 pour une limitation du réchauffement à 2°C), rappelle le GIEC. Pour ce faire, en plus d’une réduction de nos émissions, «le déploiement de dispositifs de captation du dioxyde de carbone, pour contrebalancer les émissions résiduelles, est inévitable», écrivent-ils.

Ces dernières, difficiles à supprimer, proviennent de secteurs comme l’agriculture (le méthane émis par les ruminants par exemple) ou l’aviation. Le GIEC envisage comme solutions le développement de puits naturels de carbone, grâce à la reforestation et au changement de pratiques des sols, ainsi que des solutions artificielles de capture et stockage du CO2.

Last but not least, en matière de financement, le GIEC rappelle que d’importants financements sont nécessaires pour mener à bien cette transition. Il relève qu’aujourd’hui, «les flux financiers privés et publics vers les énergies fossiles sont toujours plus importants que ceux prévus pour l’adaptation et l’atténuation du changement climatique».

Selon les calculs des scientifiques, les financements annuels, pour la décennie 2020, devraient être «trois à six fois plus importants que les niveaux actuels»pour respecter les objectifs de l’accord de Paris.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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