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Comment BAM a bravé la crise

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Le wali de Bank Al-Maghrib a exposé, le 16 novembre à Tunis, la stratégie du secteur bancaire marocain pour faire face à la crise.


Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib est intervenu lors de la conférence organisée par la Banque centrale de Tunisie, la Banque centrale d’Espagne et l’Institut européen de la Méditerranée (IEMED), à Tunis, sous le thème : «Politiques économiques, intégration commerciale et création d’emplois durables : Une perspective méditerranéenne». Ce dernier a exposé la situation des Banques centrales dans la situation de crise, notamment le cas du Maroc. Ainsi, le wali a assuré que «dans la plupart des cas, l’objectif principal de la politique monétaire est la stabilité des prix. Les Banques centrales se sont vu reprocher leur focalisation sur cet objectif au détriment de la croissance et de l’emploi notamment». De leur côté, celles-ci ont l’habitude de rappeler que la stabilité des prix est leur meilleure contribution à la croissance et au développement (elle préserve le pouvoir d’achat et donne la visibilité nécessaire à la prise de décisions en matière de consommation, d’épargne et d’investissement) mais avec l’avènement de la crise, la position et les missions des banques centrales ont énormément changé. Le wali a donc fait le distinguo entre la période de la crise qui a duré près d’une décennie et celle de l’après crise que nous vivons aujourd’hui.

L’exemple marocain
Parlant du cas marocain, Abdellatif Jouahri a assuré que «le pays a été épargné par la crise au départ en raison de mouvements limités des capitaux et de faibles liens financiers. Mais par le biais des liens économiques (demande extérieure, transferts, IDE), l’économie a finalement été impactée». Un effet accentué par la hausse des prix du pétrole et par l’accentuation des pressions sociales avec l’avènement du printemps arabe. La croissance non agricole est passée d’un palier autour de 4,5% entre 2000 et 2012 à une moyenne de 3,1% avec toutefois une amélioration graduelle depuis 2013. L’emploi continue d’en pâtir, le chômage des jeunes demeurant particulièrement préoccupant avec plus de 4 jeunes citadins sur 10 qui ne trouvent pas d’emplois. Le crédit bancaire a connu une forte décélération à partir de 2013, notamment celui destiné aux entreprises privées. Les déficits budgétaire et du compte courant ont connu une certaine détérioration et restent fragiles malgré une amélioration notable depuis 2013. Face à une telle situation, la Banque centrale a lancé des chantiers d’envergure. Outre une politique accommodante avec plusieurs baisses du taux directeur (ramené de 3,25% en 2012 à 2,25% en 2016) et du taux de la réserve obligatoire (de 15% en 2008 à 4% actuellement) ainsi qu’un engagement à fournir toutes les liquidités nécessaires à un financement sain de l’économie, la banque a veillé à la transmission de ses décisions via des rencontres régulières avec les responsables du système bancaire et des incitations en liant le niveau de ses injections sur le marché monétaire aux efforts d’octroi de crédit. «La Banque centrale a également développé un dispositif de suivi des délais de paiements inter-entreprises publiques et privées pour mieux appréhender la problématique. Un observatoire national a été créé par la suite s’appuyant sur BAM pour les données et les analyses», a assuré Jouahri.

Les enseignements de la crise
En tout cas, le wali de BAM a assuré que la lutte contre le financement du terrorisme, le blanchiment et l’évasion fiscale ont induit une forte volonté de renforcer la réglementation des activités financières. S’en est suivi un déluge réglementaire avec un accroissement des exigences, notamment vis-à-vis du secteur bancaire (Bâle III, IFRS, GAFI, FATCA, réglementation de l’UE…). Devant la complexité croissante de ces nouvelles réglementations, les Banques centrales doivent consentir un grand effort pour développer la capacité et l’expertise nécessaires pour assurer leur rôle de régulateur et de superviseur. «Au Maroc, nous avons opté pour une démarche participative et graduelle avec des tests et des évaluations d’impacts pour ne pas remettre en cause la solidité et la viabilité du système bancaire et son rôle dans le financement de l’économie», renchérit le wali. Pour conclure, Jouahri a assuré que les Banques centrales se retrouvent aujourd’hui dans une situation où elles sont appelées à poursuivre leurs missions traditionnelles et à en assumer de nouveaux non moins complexes. Leur expertise est sollicitée sur des problématiques loin de leurs champs d’intervention. Pour réussir, elles sont amenées à être proactive à travers le développement de leur capital humain, l’investissement dans leurs infrastructures, notamment d’information et de sécurité et l’adaptation de leur organisation et de leur gouvernance pour davantage d’efficience. 

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