Maroc

Loi sur le droit de grève : une victoire pour Sekkouri ?

Le directeur général de l’Organisation internationale du travail voit dans l’adoption et la validation de la loi organique sur le droit de grève «une bonne nouvelle». Pourtant, les syndicats marocains comptaient sur cette instance pour faire reculer le gouvernement. Le tout, dans un contexte de reprise du dialogue social pour la session de printemps. 

«L’adoption de la loi régissant la question de la grève et surtout sa validation par la Cour Constitutionnelle, le 25 mars dernier, était une très bonne nouvelle pour nous». Ces propos, rapportés par la MAP, sont de Gilbert F. Houngbo, le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il les a tenus à Genève où il a reçu, le 2 avril, Younes Sekkouri, ministre marocain de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences.

Cette déclaration peut paraitre anodine, mais à voir le rôle d’arbitrage attendu de l’OIT dans le bras de fer qui oppose le gouvernement aux syndicats du Royaume autour de cette loi de grève, on est en droit de se demander si l’affaire n’est pas désormais pliée.

«Nous envisageons de saisir le Bureau international du travail (BIT), et nous n’excluons pas, in fine, de solliciter un arbitrage royal pour trouver une solution sage à cette loi Sekkouri», déclarait Ali Lotfi aux Inspirations Éco, au lendemain de l’adoption du texte au Parlement, début février dernier.

Si aujourd’hui, le BIT (le secrétariat permanent de l’OIT) déclare que cette adoption et sa validation par la Cour constitutionnelle est «une bonne nouvelle», alors, cela est synonyme d’un troisième échec pour les centrales syndicales, après avoir perdu la partie au Parlement, puis devant les magistrats.

Dialogue social : un nouveau round tendu
Il reste donc à savoir si la dernière voix de recours, à savoir l’arbitrage royal, sera engagée. Pour l’heure, c’est encore silence radio de la part des syndicats, alors que démarre la session de printemps du dialogue social.

À ce propos, l’Union marocaine du travail (UMT) avait récemment annoncé sa décision de boycotter ce dialogue social, mais selon des sources gouvernementales citées dans la presse, un nouveau round devrait démarrer incessamment entre le gouvernement, le patronat et les syndicats.

Avec la participation de toutes les centrales syndicales habituellement conviées à ces discussions ? Affaire à suivre ! Mais, une chose est sûre, ces discussions se mèneront dans une ambiance de méfiance et de désenchantement de la part des représentants de la classe ouvrière.

En effet, non seulement les syndicats se montrent insatisfaits de l’application de certains points des différents accords sectoriels, notamment dans la santé et l’éducation, mais la situation économique des ménages constitue un autre sujet de préoccupation.

Inflation et retraite
Depuis l’accord de l’année dernière portant sur la hausse des salaires de certaines catégories de travailleurs, quasiment l’ensemble des mesures gouvernementales qui ont suivi n’ont en réalité contribué qu’à affecter le pouvoir d’achat des ménages.

C’est le cas de la levée partielle et progressive des subventions sur le gaz, qui affecte négativement l’évolution des prix, avec une inflation que le HCP a récemment, encore une fois, revue à la hausse, en la calculant à 2,6% en février dernier.

En dehors du pouvoir d’achat, les lancinantes questions liées au fameux dossier sur la réforme des retraites ne manqueront pas de s’inviter aux débats. Là aussi, on craint fort un nouveau forcing du gouvernement pour obtenir gain de cause, avec un passage en force d’une nouvelle augmentation de l’âge de départ à la retraite pour le porter à 65 ans.

Younes Sekkouri
Ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences

«À la faveur de l’adoption de la loi sur la grève par les deux chambres du Parlement et sa validation par la Cour constitutionnelle, le Maroc a franchi une étape importante dans la régulation des relations entre la classe ouvrière et les employeurs.»

Gilbert F. Houngbo
Directeur général de l’Organisation internationale du travail

«L’adoption de la loi régissant la question de la grève et surtout sa validation par la Cour constitutionnelle, le 25 mars dernier, était une très bonne nouvelle pour nous.»

Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO



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