Retour des pluies : vers la baisse des importations de fourrage

Chez les éleveurs, les dernières pluies constituent une véritable source de soulagement et d’espoir quant à la baisse des charges pour l’alimentation du bétail. Pour le gouvernement également, une baisse des importations de blé de fourrage est espérée.
«Les récentes pluies sont arrivées à un moment crucial pour l’élevage. Elles constituent un grand soulagement pour les éleveurs après plusieurs années de sécheresse très dures. Ces pluies vont certainement contribuer à l’amélioration du couvert végétal ainsi qu’à la réduction des charges d’alimentation et d’entretien des animaux.» C’est Said Chatibi, directeur général de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), qui répond ainsi à une question relative à l’impact des dernières précipitations sur le cheptel national.
Pour le monde de l’élevage, on ne pouvait mieux espérer, après six années d’une sécheresse qui a largement contribué à réduire ce cheptel (-38% par rapport au dernier recensement de 2016).
«C’est donc une bouffée d’oxygène pour les éleveurs, et il y aura certainement un impact positif sur l’évolution du cheptel l’année prochaine», poursuit Chatibi, rappelant que 70% de l’alimentation du bétail au Maroc est fournie par cette couverture végétale.
Ce qui en dit long sur la disette vécue dans le monde pastoral au cours de ces années de forte sécheresse.
42% de hausse
Là, c’est donc un très beau rattrapage qui est en cours, comme on le fait savoir à l’ANOC. C’est un facteur décisif pour la reconstitution rapide du cheptel, surtout avec la décision d’interdire, depuis un bon moment, l’abattage des femelles. Reconstitution du cheptel oui, mais on se dirige surtout vers une baisse sensible des importations d’aliments de bétail.
Car, il faut le rappeler, face à la sécheresse persistante, le gouvernement était obligé d’intervenir en satisfaisant certains besoins des éleveurs. Cela, dans le cadre du programme global de soutien à la production animale, avec la fourniture de 18 millions de quintaux d’aliments pour le bétail.
À titre d’illustration, rien qu’en 2024, les importations de blé fourrager ont progressé de 42% par rapport à l’année précédente, qui elle-même fut une autre année très difficile marquée par le manque de précipitations. C’est dire que pour entretenir le cheptel national, il fallait dépenser au-delà des 30% de besoins habituels pour nourrir le bétail.
D’ailleurs, cette forte hausse des besoins de blé fourrager, depuis l’étranger, a contribué à augmenter le volume global des importations de céréales et de légumineuses au Maroc, qui ont totalisé plus de 12,6 millions de tonnes en 2024, soit un accroissement de 9%.
Évolution
Ce recours forcé au fourrage a fortement augmenté les coûts de production et, par conséquent, les prix de la viande. C’est l’une des raisons qui explique la flambée historique connue ces derniers temps, et qui commence à se tasser depuis la décision royale de suspendre le sacrifice de Aïd Al Adha. Une mesure destinée, pour rappel, à permettre au cheptel de se reconstituer.
Au niveau de l’ANONC, on fait savoir que cela va effectivement faciliter l’atteinte de cet objectif, avec un cheptel beaucoup plus conséquent dès l’année prochaine, si la situation pluviométrique ne s’aggrave pas. Il faut noter que depuis le début de l’année, le gouvernement a opté pour l’importation massive de bêtes vivantes et de viandes rouges, avec des exonérations fiscales à la clé : 218.000 bovins, 124.000 ovins et 704 tonnes de viande rouge.
La sécheresse a considérablement réduit le nombre de têtes abattues annuellement, lequel a baissé de 230.000 à environ 130.000. Et rien que pendant l’Aid Al Adha, ce chiffre dépasse les cinq millions de têtes.
Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO