Maroc

Infertilité : le parent pauvre du Plan Santé 2025

Abonnez vous pour lire tout le contenu de votre quotidien Les Inspirations Eco

L’infertilité fait l’objet d’un débat et d’un combat de longue date au Maroc. Toujours considérée comme taboue par les patients, la pathologie est aussi vue comme le parent pauvre du Plan Santé 2025. Le think tank Radius a réalisé, en partenariat avec l’Association MAPA, une étude sur la perception de l’infertilité par les pouvoirs publics et les professionnels de la santé.

Sujet tabou pour les patients, problème de santé publique pour les praticiens et «pathologie» pour les autorités, l’infertilité constitue une véritable problématique sociétale sur laquelle le think tank Radius, à travers son laboratoire Global Santé, s’est penché depuis quelques mois.


«Nous souhaitions mettre en lumière un sujet qui touche de nombreuses familles marocaines, souvent en souffrance, non pas seulement pour des raisons médicales mais aussi sociales et psychologiques. Le sujet préoccupe aussi bien les autorités que les praticiens. Avoir leurs avis et leurs recommandations est une manière de mettre un peu ce sujet tabou sous les projecteurs», précise Hatim Benjelloun, fondateur du think tank Radius.

Sensibiliser et inciter
L’étude intitulée «Les pouvoirs publics et les professionnels de la santé face à l’infertilité» a été réalisée durant la période allant du 2 février au 24 novembre 2020. Global Santé a mené, dans ce cadre, des entretiens individuels avec l’ensemble des parties prenantes concernées par le sujet (médecins, CHU, agences de régulation, ministère, association de patients, etc.). L’objectif était de recueillir l’avis des répondants sur la prise en charge de l’infertilité au Maroc et de collecter leurs principales recommandations pour améliorer la prise en charge de cette maladie sur les plans médical, sanitaire, social et économique.

Dans le préambule de l’étude, Aziza Ghallam, présidente de l’Association marocaine des aspirants à la maternité et à la paternité (MAPA), n’hésite pas à rappeler que «l’effort de lever le voile sur la détresse vécue par les couples infertiles et la mise en exergue des aspirations des professionnels de la santé, en lien avec l’exercice de l’assistance médicale à la procréation (AMP) au Maroc, est une nouvelle tentative pour rappeler, sensibiliser, encourager, inviter et inciter les pouvoirs publics à revoir leur contribution».

15% des Marocains concernés
Les résultats de l’étude ont démontré qu’une grande majorité des couples marocains perçoit l’infertilité et l’AMP comme un sujet tabou, qui se heurte souvent aux valeurs religieuses et culturelles. Pour cela, «les professionnels de la santé suggèrent d’inscrire l’infertilité parmi les priorités médicales, en associant systématiquement le ministère des Affaires islamiques et celui de la Solidarité, du développement social, de l’égalité et de la famille pour éclairer, sensibiliser et guider les couples dans le cadre de l’AMP», explique-t-on dans l’étude.

En effet, de nombreux préjugés et travers de perception façonnent l’imaginaire collectif autour de cette maladie qui touche pourtant près de 15% de la population marocaine. L’étude s’attaque également à certains préjugés. Par exemple, les femmes sont considérées -à tort- comme seules responsables en cas d’infertilité dans le couple, mais les hommes sont autant impliqués qu’elles dans ce problème. Aussi, la virilité et la fertilité sont deux notions différentes à ne pas confondre. Par ailleurs, l’étude déconseille vivement le recours à la médecine traditionnelle, qui ne fait que retarder le diagnostic et la prise en charge.

De lourdes conséquences socio-économiques
Dans son étude, Global Santé souligne l’importance des conséquences économiques et sociales de l’infertilité. Les professionnels de santé estiment que l’infertilité devrait être considérée comme un véritable problème de santé publique. Sur le plan économique, en particulier, le coût élevé des traitements et des solutions thérapeutiques impacte les couples souffrant d’infertilité. À titre d’illustration, l’accès à l’AMP demeure très coûteux (entre 25.000 DH et 45.000 DH).

Sur le plan psychologique aussi, les femmes infertiles sont culturellement victimes de discrimination et stigmatisées par leur propre famille. Pour les hommes, l’impact psychologique est également considérable, créant souvent un amalgame entre «virilité» et «fertilité». «Afin de surmonter les différentes problématiques rencontrées par les patients et les professionnels de la santé, les autorités gagneraient à démocratiser l’accès aux soins relatifs à l’infertilité et à l’AMP à tous les couples marocains, dans l’ensemble des régions du royaume», affirme-t-on au niveau de l’étude.

Encore du chemin à parcourir
Selon plusieurs études réalisées par les professionnels de la santé et les sociétés savantes, plus de 850.000 couples souffrent d’infertilité au Maroc. Pendant longtemps, les professionnels de la santé et les acteurs de la société civile ont plaidé pour un cadre réglementaire qui permettrait d’étendre le champ des services de santé dédiés au traitement de cette maladie. Leurs requêtes n’ont pas été vaines. En 2017, le ministère de la Santé a initié la préparation de la loi n° 47-14 relative à l’assistance médicale à la procréation. Votée le 12 février 2019 et publiée au Bulletin officiel le 4 avril 2019, ce texte constitue une importante avancée pour le système sanitaire national. De plus, le Plan Santé 2025 représente le lancement, pour la première fois au Maroc, d’un plan national d’assistance médicale à la procréation. L’objectif est d’améliorer la qualité et l’accessibilité aux services de prise en charge de l’infertilité du couple, notamment l’AMP.

Cependant, malgré la reconnaissance de l’infertilité comme «pathologie» par les pouvoirs publics, les professionnels de la santé jugent le plan encore perfectible. En effet, l’étude explique que «ce dernier ne tient pas nécessairement compte de tous les éléments pour réglementer les pratiques et surmonter les limites et problèmes que rencontrent la majorité des praticiens, gynécologues et biologistes, dans la gestion quotidienne, dans le traitement et le suivi des couples souffrant d’infertilité». Néanmoins, en novembre 2020, le gouvernement a annoncé l’intégration de certains traitements de l’infertilité à la liste des médicaments remboursables. Une décision qui a apporté une lueur d’espoir aux couples marocains souffrant de troubles de la fertilité et désireux d’avoir des enfants. 

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page