Maroc

Ciment : 2022 démarre mieux que 2021, mais…

Après l’effondrement des cours, dans le sillage du choc de la demande en 2020, les matières premières se sont envolées vers des sommets avec la reprise économique. Comment des produits comme le ciment et le bois se comportent-ils dans ce contexte ?

La nouvelle année démarre avec des ventes de ciment plus importantes qu’à la même période en 2021, année de relance des économies. Mais en comparaison avec 2019, année de référence pour les économistes, et 2020, année particulièrement sinistrée par la crise sanitaire, les livraisons de ciment entament l’année sur un rythme moins soutenu. Il faudrait tout de même garder à l’esprit que le Covid-19 n’a commencé à paralyser les activités économiques au Maroc qu’à partir de mars 2020. Au finish, les volumes de ciment livrés en 2021 se sont retrouvés en progression de 14% par rapport à 2020, une année particulièrement sinistrée où les volumes ont baissé de 10%. En janvier 2022, les livraisons de ciment des membres de l’APC Maroc ont atteint 1.128.579 tonnes, contre 1.037.006 tonnes pour le même mois de 2021, soit une hausse de 8,83%, révèlent les statistiques publiées par l’association professionnelle des cimentiers (APC) et le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville. En dépit de ce qui précède, le secteur du ciment est soumis à deux grandes menaces, souligne Khalid Cheddadi, président de LafargeHolcim Maroc et membre du bureau de l’association professionnelle des cimentiers (APC).

Les épineux problèmes de la surcapacité et des importations de clinker.
Pour Cheddadi, le secteur du ciment est soumis à deux grandes menaces : la surcapacité et les importations de clinker, un produit intermédiaire entre le ciment et la roche de calcaire, alors que le calcaire est disponible en grande quantité au Maroc. «Le secteur connaît une surcapacité de 100% par rapport à la taille du marché. Et il est assez curieux que des investissements continuent à y être faits, alors que notre économie a besoin de capitaux pour s’investir dans d’autres secteurs». Selon Khalid Cheddadi, l’autre menace pour le secteur réside dans l’import de clinker. Étrange coïncidence, la sortie de Cheddadi intervient quelques jours après l’annonce de la mise en service prochaine d’un centre de broyage de Ciments du Maroc, à Nador. En effet, d’ici juillet 2022 environ, le nouveau centre, situé à 18 km de Nador dans la commune de Ouled Settout, sera opérationnel. Doté d’une capacité de production de 700.000 tonnes de ciment par an, il permettra d’accompagner le développement des Régions du Nord et de l’Oriental, et de répondre à la demande croissante en ciment, tout en optimisant l’utilisation domestique de la capacité clinker de Ciments du Maroc.

Il a mobilisé un investissement de 330 MDH. Le centre de broyage devrait générer pas moins de 200 emplois directs et indirects dès son démarrage. Soulignant que le clinker constitue 80% de la valeur ajoutée du secteur du ciment, Cheddadi déplore une «prolifération» des stations de broyage. «Ces dernières années, l’on assiste à une prolifération de stations de broyage de clinker, qui peuvent en importer. Sachant que le calcaire est disponible en grande quantité au Maroc, importer du clinker, c’est exporter 80% de la valeur ajoutée du Maroc, c’est également épuiser les réserves en devises du pays, ou encore affaiblir l’outil industriel marocain. C’est une problématique lourde à laquelle il faudra qu’on s’attaque et qu’on traite», indique Cheddadi au Chef du gouvernement et aux cinq ministres l’accompagnant, lors de sa rencontre avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), tenue le 2 février 2022.

Bois : 2022 commence mal
2022 ne commence pas très bien pour les spécialistes du bois, pas si bien lotis que les cimentiers. Et, à en croire Ali Fassi Fihri, directeur général de Cema-bois de l’Atlas, la tension inflationniste sur les prix, peu importe l’essence, risque de durer toute l’année ! «C’est pour cela que les gens qui sont engagés ne doivent pas perdre trop de temps à négocier les prix, mais plutôt confirmer leurs commandes rapidement car la crise ne fait que se compliquer et s’aggraver», conseille le dirigeant aux utilisateurs de bois. À l’instar d’autres secteurs d’activité, la hausse des prix continue dans celui du bois, ce qui exacerbe les incertitudes. Il y a beaucoup d’aléas, liés à la baisse d’activité chez les opérateurs européens et américains, combinés à ceux relatifs au transit et problèmes observés dans le transport maritime. Aucune essence de bois n’échappe à la hausse inflationniste. «Les hausses de prix sont pratiquement uniformes, de 5% en moyenne tous les trimestres». Comparé à 2019, nous ne sommes pas loin de 50 à 80% d’augmentation du prix, sachant que, l’an dernier, les augmentations étaient très élevées. «En tant que Cema bois de l’Atlas, nous maintenons notre activité et avons pris la décision d’anticiper ces fluctuations en constituant les stocks nécessaires pour satisfaire les besoins du marché», explique Ali Fassi Fihri. À chaque fois que le prix d’une essence augmente, il finit par être rattrapé par les autres à cause des effets de substitution d’une essence par une autre. C’est la règle, que ce soit pour le bois en provenance des États-Unis ou d’Europe. Conséquence : pas de visibilité ni de signaux d’amélioration. «À chaque fois que nous avons de tels signes, nous anticipons en augmentant nos stocks de matières premières de façon à, surtout, éviter des ruptures de stocks», explique le dirigeant.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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