Éco-Business

Le HCP voit rouge pour 2018

La croissance économique devrait s’établir à 4% en 2017 et à 2,9% en 2018 perpétuant ainsi la tradition du zig zag imposé par les caprices du secteur agricole. Dans ces conditions, le HCP appelle à un véritable chantier de réanimation de l’activité non agricole grâce à l’instauration de nouveaux écosystèmes capitalisant sur les secteurs à haute valeur ajoutée.


Chaque présentation annuelle des perspectives de croissance économiques par le Haut-commissariat au Plan (HCP) sonne comme un rappel de la dure réalité de l’économie marocaine. Le constat est de nouveau sans appel : «En attendant que les réformes de structure donnent leur plein effet pour une diversification des activités non agricoles, le niveau de croissance de l’économie nationale continuerait à rester dépendant de la pluviométrie tournant autour de 2% en cas de mauvaises années agricoles et de 4% dans les cas contraires», souligne Ahmed Lahlimi Alami, Haut-commissaire au Plan à l’occasion d’une conférence tenue mercredi dernier à Casablanca.

Fatalité
Cette fatalité se retrouve quasi identiquement reproduite à la lecture des prévisions de croissance de l’année 2017. La croissance devrait s’établir à 4% en 2017 au lieu de 1,2% en 2016. En 2018, la croissance économique devrait s’établir à 2,9%. Des perspectives qui se basent sur les hypothèses d’une campagne agricole 2016-2017 moyenne, les dispositions du projet de la loi de Finances 2017, un cours de pétrole de 56 dollars en 2018 et une amélioration attendue de la demande mondiale adressée au Maroc. Le secteur primaire a sauvé une nouvelle fois l’année en cours avec une valeur ajoutée en hausse de 13,9% au lieu d’une baisse de 11,3% en 2016. «Le secteur agricole a profité durant la campagne 2016-2017 d’une répartition relativement favorable dans le temps et l’espace de la pluviométrie, d’une disponibilité coordonnée des facteurs de production et d’une bonne gestion de leur utilisation», commente le Haut-commissaire au Plan.

Pendant ce temps, les activités non agricoles ne progressent que faiblement avec une amélioration de la valeur ajoutée de 2,5% au lieu de 2,2% en 2016. Ce sont les activités secondaires qui connaissent une véritable embellie avec une amélioration de 2,4% au lieu de 1,2% en 2016. Les activités tertiaires connaissent une amélioration de 2,6% en 2017 au lieu de 2,7% en 2016. «Avec une part du secteur secondaire restée pratiquement stable à 35% de la valeur ajoutée non agricole, dénotant leur faible diversification, les activités non agricoles constituent le véritable talon d’Achille de l’économie nationale», souligne Lahlimi.

Automobile, aéronautique : «C’est insuffisant !»
Pour le HCP, la clé de voûte demeure la diversification du secteur non agricole qui tend à trop s’appuyer sur des activités de délocalisation, notamment dans le secteur automobile et aéronautique. «Ce genre d’investissements peut certes améliorer les exportations mais sa part dans la valeur ajoutée n’est pas importante. Il ne crée pas autour de lui suffisamment d’activités pour permettre de tirer l’économie vers le haut», critique Lahlimi. Dans ce sens, le Haut-commissariat au Plan annonce travailler sur une étude des capacités de diversification du secteur non agricole. «Nous cherchons à cibler les écosystèmes autour de secteurs qui permettront d’améliorer la valeur ajoutée», annonce Ahmed Lahlimi Alami.

Déficits sociaux
Le faible niveau de diversification et de compétitivité de l’offre nationale se retrouve au cœur des fragilités de la demande, laquelle continuerait à être le moteur de la croissance économique nationale. La demande intérieure a connu un accroissement de 3,9% au lieu de 5,5% en 2016 avec une consommation finale nationale en amélioration de 3,3% au lieu de 3,1% en 2016. La consommation des ménages s’est établie à 3,7 au lieu de 3,6 en 2016 et la consommation des administrations publiques à 1,9 au lieu de 2,1%. L’investissement brut de son côté a connu une croissance de 5,2% au lieu de 11,6% en 2016. «Une situation qui continuera à réduire par ses effets les opportunités d’emplois et de revenus, accentuerait la dépendance de la demande intérieure vis-à-vis des importations et constituerait, en définitive, l’une des sources dont s’alimentent les équilibres intérieurs et extérieurs de notre pays et l’un des facteurs à l’origine de la persistance de ses déficits sociaux», tranche Lahlimi.

Inquiétudes
Selon Ahmed Lahlimi, la faiblesse de la compétitivité de l’économie nationale est la principale cause du déficit structurel de la balance commerciale, lui-même à l’origine de l’accentuation devenue structurelle, depuis 2010, du besoin de financement de l’économie nationale. «C’est l’un des points stratégiques où se joue le pari de la durabilité de la croissance, de la préservation du libre arbitre, de notre souveraineté sur la scène internationale et de la pérennité d’une sécurisation globale de l’intégrité et de l’unité de notre pays», tempête Lahlimi qui appelle à s’attaquer aux menaces latentes marquant le tissu économique et les finances publiques.


Flexibilité du dirham : Le HCP botte en touche

Pour sa dernière présentation sur la situation économique nationale, Ahmed Lahlimi Alami a préféré ne pas prendre de position concernant la réforme du régime de changes. «Je ne suis pas dans le secret des dieux et je ne suis pas partie prenante de cette réflexion», a précisé le Haut-commissaire au Plan. Lahlimi affirme toutefois avoir foi en la compétence, la clairvoyance et l’expertise du ministère de l’Économie et des finances et de Bank Al-Maghrib. «Il s’agit d’une donnée sérieuse et sensible qui nécessite un accompagnement pédagogique. Le succès de cette réforme en dépendra grandement. J’attends maintenant de voir comment cette question sera expliquée».

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