Éco-Business

Entrepreneuriat : l’incroyable histoire de Mona, une jeune entrepreneuse de 22 ans

L’appétence des jeunes marocains pour l’entrepreneuriat n’a jamais été aussi grande que ces deux dernières années. Se lancer dans l’entrepreneuriat dès la sortie de l’école est devenu la mode chez cette catégorie de la population. Si le phénomène est plus visible dans les grandes villes, de plus en plus de jeunes du monde rural sont victimes de cette mode. C’est le cas de Mona Idrissi. L’entrepreneuse de 22 ans, qui dirige aujourd’hui une coopérative d’une vingtaine de membres, revient de loin. 

Au Maroc, nombreuses sont les filles qui quittent l’école avant même d’avoir leur baccalauréat. Les parents interrogés sur les raisons de la déscolarisation de leurs enfants invoquent souvent des questions d’argent. D’autres raisons poussent les petites marocaines à renoncer aux études prématurément, à savoir les mariages et les grossesses précoces. Si le Maroc n’est pas un cas isolé, les conséquences sont graves pour les filles qui abandonnent prématurément l’école.

Selon un rapport de la Banque mondiale, les pertes de productivité et de revenu, tout au long de la vie pour les filles n’ayant pas effectué 12 ans d’études, sont estimées entre 15.000 et 30.000 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Le phénomène touche particulièrement les familles pauvres. Heureusement, par miracle, certains enfants issus de familles modestes parviennent à déjouer le redoutable piège de la déscolarisation.

C’est le cas de Mona Idrissi. Agée de 22 ans et originaire d’Aghbala, dans la province de Béni-Mellal, la jeune femme a vécu son enfance dans un petit village avec ses frères et sœurs, sous l’œil bienveillant de leur père agriculteur. Ce n’est qu’à l’âge de 15 ans qu’elle et sa famille déménagent dans la ville précitée, située au centre du Maroc, au pied du Moyen-Atlas.

«C’était la meilleure décision que mon père ait prise pour moi. Cela a radicalement changé le cours de ma vie. J’étais à deux doigts de quitter l’école sans avoir le baccalauréat», explique la jeune dame qui a obtenu son diplôme en 2017.

Après ce premier sésame, elle s’offre des formations sur le tas dans les domaines du marketing digital, de la gestion d’entreprise, de l’économie solidaire et du développement personnel. Résolument déterminée à réussir afin de subvenir aux besoins de sa famille, la vraie petite curieuse s’invite aux séminaires, entres autres rencontres, pour se constituer un petit réseau tout en multipliant les stages.

En 2020, Mona obtient un diplôme de technicien spécialisé dans la transformation industrielle des produits du terroir. Sans perdre de temps, elle encadre sa petite sœur, Hanane, et forme une petite équipe de cinq personnes. Sa grande sœur, Hafida Idrissi, lui souffle l’idée du business de la transformation de la pomme locale. La coopérative de Mona est née.

Spécialisée dans la transformation de pomme en vinaigre bio, la coopérative passe rapidement de 5 à 18 membres. Ils s’approvisionnent directement des pomiculteurs de son village d’origine où seulement 45% des fruits  récoltés sont vendus sur le marché.

Aujourd’hui, Mona et son équipe travaillent actuellement dans l’unité de transformation de la pomme dans la région d’Aghbala. La coopérative, qui a été financée par le ministère de l’agriculture, possède des clients dans plusieurs villes du Maroc, notamment à Béni-Mellal, El Jadida, Settat, Agadir, Casablanca, Rabat, Fès, Kénitra.

«Notre souhaiterions avoir une certification de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour pouvoir décrocher de gros contrats. De nombreux clients ont besoin de nos produits en grande quantité», supplie Idrissi.

Au fur et à mesure que l’activité s’agrandit, la coopérative, dénommée «Timicha», diversifie ses produits qui vont du vinaigre de pomme au jus du même fruit en passant par la pectine poudre, la confiture, la pomme séchée et le composte bio.

Timicha, qui aide les femmes de la région à améliorer leurs pratiques agricoles à travers notamment des petites sessions de formation, a remporté en février 2021 le Prix Lalla Meryem pour l’innovation et l’excellence, organisé par l’Union nationale des femmes du Maroc. A cela s’ajoutent d’autres distinctions, telles que le Prix Gold, de la fondation Attijariwafa bank dans le cadre de la compétition «Ana Maak», le Prix Terre de femme, organisé par Yves Rocher, et le Prix du Programme 1000 Fikra, à l’initiative du groupe Afriquia.

La coopérative qui veut voir encore plus grand ambitionne de renforcer son offre de produits et souhaite investir davantage dans la publicité pour augmenter ses ventes, outre la création d’un site web en cours. Elle veut aussi se doter d’une unité de production plus grande pour pouvoir transformer au moins 55% de la production de la région avant de se tourner vers l’export.

Mona Idrissi
Présidente de la coopérative Timicha

« Je travaille sur tous les aspects de la transformation de la pomme au Maroc avec un état de conscience réel sur la responsabilité environnementale. J’ai consacré ma carrière à apprendre les différents aspects relatifs à toutes ces problématiques. Je jouis d’une expertise qui me permet aujourd’hui de sensibiliser d’autres personnes autour de moi. Nous formons des stagiaires et travaillons en étroite collaboration avec des chercheurs de certaines universités marocaines. J’ai à cœur de valoriser le travail des femmes rurales, ainsi que l’économie locale, à travers la coopérative Timicha».

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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