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Croissance 2021. Les prévisions supérieures à 5% plus crédibles

Depuis le début de l’année, les prévisions de croissance économique au Maroc, pour l’année en cours, et même pour 2022, pleuvent. Localement, il y a celles du Haut commissariat au plan (HCP), du ministère de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration ainsi que celle de Bank Al Maghrib (BAM) ; tandis qu’à l’international, la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds monétaire internationale (FMI) et le cabinet britannique Global Data Plc se sont également prêtés au jeu, pour ne citer que trois exemples.

C’est connu, ces prévisions sont toujours classées en trois paliers, notamment un palier optimiste, un palier médian et un palier pessimiste. Si l’on considère que le scénario médian de ces différentes prévisions de croissance se situe, à juste titre, à 4,8%, qui est le taux sur lequel s’est fondé le Département de Mohamed Benchaaboun pour bâtir la loi de Finances 2021 en cours d’exécution, aucun de ces projectionnistes n’a avancé ce taux de croissance du PIB réel du Maroc en 2021. Et si l‘on regarde ceux qui s’en rapprochent le plus, il y a la BAD et le FMI.


Deux hypothéses pessimistes

En effet, dans son rapport annuel «Perspectives économiques en Afrique», publié en mars dernier, l’institution panafricaine estimait que la croissance du PIB réel du Maroc devrait rebondir à 4,5 % en 2021 «à mesure que l’économie se remettra d’une importante récession et que l’agriculture retrouvera une bonne croissance».

Selon la banque, au cours du troisième trimestre de 2020, les exportations de pièces automobiles ainsi que de phosphate et dérivés ont rebondi, et devraient se renforcer davantage à court terme, avec l’augmentation de la demande mondiale.

Ce rebond compensera, probablement, la morosité des secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration qui devrait perdurer».

Beaucoup plus récent, le FMI a prédit, début août 2021, que la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel du Royaume augmenterait d’environ 4,5% en 2021, tandis que les prix à la consommation ne devraient croître que de 0,8%. Le taux d’inflation du pays devrait, également, augmenter légèrement au cours de la prochaine année, mais devrait rester parmi les plus bas de ces six dernières années.

L’institution de Bretton Woods justifie ses propos par les développements récents dans les secteurs de l’automobile et de l’énergie qui continuent de soutenir la reprise post-Covid du royaume. Les autorités indiquent que les exportations automobiles marocaines ont atteint 4,76 milliards de dollars au mois de juin de cette année. Il s’agit de la poursuite d’une tendance de croissance positive de l’industrie automobile, une source clé de revenus pour le pays.

De même, le gouvernement marocain a annoncé, pour cette saison, une récolte plus élevée que la moyenne des cinq dernières années. Alors que les prix alimentaires mondiaux continuent leur envol, les projections indiquent que la saison agricole exceptionnelle du pays lui conférera un levier économique accru. Ceci étant, si l’on considère le classement des taux par palier, la BAD et le FMI figurent dans le camp des pessimistes.

Quatre hypothéses optimistes

Selon l’économiste Ahmed Azirar, «il faudrait s’attendre, cette année, à un taux de croissance d’au moins 5%. Et donc les hypothèses de croissance qui se situent au-delà de 5% sont même les plus crédibles».

Ces hypothèses optimistes, considérées une fois n’est pas coutume, comme les plus réalistes, sont notamment, dans l’ordre croissant, celles avancées par le cabinet britannique Global Data Plc, le ministère de l’Économie et des finances, BAM et le HCP.

Selon les experts du cabinet britannique, le Maroc finira l’année 2021 avec un taux de croissance de 5,19%, qui le placera sur le toit de l’Afrique, devant le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud et le Nigéria. Les analystes de Global Data Plc attribuent ces performances à la très bonne campagne agricole qui générera une production céréalière estimée à près de 103,2 millions de quintaux en 2020-2021, contre 32,1 millions de quintaux en 2019-2020, soit une hausse de 221%.

Ce n’est pas tout, disent-ils : la croissance de l’économie marocaine sera également tirée par les mesures prises par les autorités pour faire face à la propagation de la pandémie de la Covid-19 via une campagne de vaccination efficace, des politiques monétaires accommodantes et une politique de relance qui a fortement contribué à la résilience et à la reprise de l’économie marocaine, mentionne le rapport. En effet, rappelons que le Maroc a mis en place un plan de relance de 120 MMDH (plus de 13,5 milliards de dollars) pour faire face aux effets directs et collatéraux de la crise sanitaire.

Le pays a rapidement obtenu des fonds d’urgence de la part des donateurs, dont 3 milliards de dollars US du Fonds monétaire international et 460 millions de dollars US de la Banque africaine de développement, pour atténuer l’impact de la pandémie. En septembre 2020, le Maroc a, également, émis des obligations d’un milliard d’euros.

Ces apports financiers ont permis de renforcer les réserves de change, représentant environ 8,1 mois d’importations et trois fois la dette due à court terme. En 2019, la dette totale du trésor s’élevait à 650 MMDH (environ 73,1 milliards de dollars US) et la dette publique extérieure, à 346 MMDH (environ 39 milliards de dollars US).

La dette des administrations publiques se caractérise par une échéance de plus de six ans et plus de la moitié de la dette extérieure du Maroc est due à des institutions multilatérales. En conséquence, le risque de refinancement du royaume est minime et, à partir de 2021, le ratio dette-PIB devrait diminuer régulièrement pour atteindre 70% en 2025. Le ministère de l’Économie et des finances table sur un taux légèrement plus élevé. Mohamed Benchâaboun, qui s’exprimait lors de la 12e réunion de travail du Comité de veille économique (CVE), avait, en effet, déclaré que l’examen de la situation économique et financière, début 2021, augurait d’une évolution positive de l’activité économique.

C’est ce dont témoigne l’orientation favorable des principaux indicateurs conjoncturels (hausse prévisible du PIB trimestriel de 0,5% au T1-2021, rebond des ventes de ciments de 3,9% au T1- 2021, hausse des recettes MRE de 22% à fin février…), même si certains secteurs d’activité demeurent encore en proie à des tensions récessives dont le tourisme (baisse des arrivées touristiques de 81% à fin février), l’aéronautique (baisse des exportations de 22,7% à fin février) et certaines activités tertiaires.

Benchâaboun avait également noté que certains secteurs orientés vers l’export, particulièrement l’automobile et le textile-habillement, montraient des signes d’essoufflement, en lien avec la situation des marchés européens, sévèrement affectés par la nouvelle vague de la pandémie. Mais, se basant sur les perspectives favorables de la campagne agricole et le déroulement exemplaire de l’opération de vaccination, il avait annoncé que l’économie marocaine enregistrerait un taux de croissance de 5,2%, soit 0,4% de plus par rapport aux prévisions de la loi de Finances 2021. De l’avis de BAM, le Maroc fera mieux. Le royaume pourrait enregistrer un taux de croissance de 5,3% en 2021. L’annonce a été faite par le Gouverneur de la banque centrale lors du dernier conseil de cette institution, le 23 mars 2021.

À cette occasion, Abdellatif Jouahri déclarait que «la reprise de l’activité économique devrait se poursuivre, soutenue notamment par le plan de relance de 120 MMDH, l’orientation accommodante de la politique monétaire et un certain regain de confiance, au regard de l’avancement de la campagne de vaccination et des conditions climatiques favorables qui caractérisent l’actuelle saison agricole.

Ainsi, selon les dernières prévisions de BAM, la valeur ajoutée des activités non agricoles progresserait de 3,5% et, tenant compte d’une production céréalière estimée aux alentours de 95 millions de quintaux, celle du secteur agricole rebondirait de 17,6%, portant ainsi la croissance de l’économie nationale à 5,3%». De l’avis d’Ahmed Azirar, «ces deux institutions seront probablement appelées à revoir leurs prévisions à la hausse».

Pour le Département de Benchaaboun, on en saura plus lors de la prochaine réunion du Comité de veille alors que pour BAM, il faudra, pour cela, attendre fin septembre, à l’occasion de la réunion de son conseil.

L’hypothèse du HCP,  la plus probable

En attendant, Azirar déclare que l’hypothèse du HCP, qui table sur une croissance de 5,8%, serait la plus probable. «Parce que le HCP est une institution spécialisée et la seule à livrer des taux trimestriels», a-t-il soutenu.

En tous cas, l’équipe d’Ahmed Lahlimi a justifié son hypothèse par plusieurs éléments : d’abord, la très bonne tenue du secteur primaire qui devrait enregistrer un rebond de l’ordre de 17,5% en 2021, contribuant ainsi positivement à la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) de 2 points. Ensuite, par des activités non agricoles qui devraient aussi afficher une croissance positive de l’ordre de 4,1%.

Et enfin par les activités touristiques et de transport qui devraient connaître un redressement, sous l’effet de l’ouverture progressive et de l’assouplissement des mesures restrictives.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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