Maroc

Philippe Chalmin : “L’arrêt du sourcing de la mer Noire, une vraie équation ! ”

Philippe Chalmin
Professeur à l’université Paris-Dauphine

Quelles conséquences voyez-vous de la guerre en Ukraine sur le risque d’insécurité alimentaire ? Le Fonds mondial pour l’alimentation (FAO) se montre très alarmant pour les pays africains.
L’arrêt des exportations du blé de la mer Noire est un coup dur pour les pays pauvres et les grands importateurs, de manière générale. En Afrique, les situations ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas d’inquiétude particulière pour les pays du Maghreb. En revanche, plus vous descendez dans le continent, plus le risque d’insécurité alimentaire augmente.
Au Sahel et en Afrique de l’Ouest par exemple, les États n’ont pas assez de ressources budgétaires pour absorber la forte hausse des cours du blé. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est venue accentuer des tensions sur un marché du blé qui était déjà sous pression en 2021 du fait de l’explosion des achats chinois.
À l’exception du riz, dont les cours étaient orientés à la baisse, tous les compartiments céréaliers étaient tendus. Selon les estimations de traders et de spécialistes, la guerre en Ukraine a impacté la tonne du blé entre 100 et 250 dollars de plus. C’est purement intenable pour beaucoup de pays africains.
D’où l’inquiétude du FAO qui estime que jusqu’à 38 millions de personnes pourraient être menacées d’ici juin par l’insécurité alimentaire au Sahel et en Afrique de l’Ouest. La sécheresse qui a sévi dans la région et la réduction des terres cultivables ont aggravé la situation en faisant chuter les récoltes.

Quelle est la part imputable à la spéculation dans la forte hausse du prix du blé ?
Au risque de vous surprendre, je n’en vois aucune, du moins dans le sens où ce terme est souvent présenté dans certains discours politiques. Les cours actuels de la tonne de blé découlent de facteurs liés à la demande, du contexte géopolitique, mais ils sont aussi la résultante des anticipations des agents économiques.
Une anticipation est, par nature, une forme de spéculation. Et comme sur tous les marchés des biens et services, il s’agit d’une technique de régulation. Cela n’a rien à voir avec le sens erroné que certains ont souvent tendance à lui associer.

La décision de l’Inde de suspendre ses exportations de blé est un nouveau coup dur…
Je n’en dirais pas autant. Il me semble que le gouvernement de New Delhi a agi dans la précipitation, et de manière excessive, par crainte des conséquences, sur les récoltes céréalières, des fortes chaleurs qui traversent actuellement ce pays.
L’Inde est, certes, un exportateur de blé, mais très peu de pays s’y fournissent en raison d’un problème lié à l’homogénéité de la qualité. En ce moment-même, 1,4 million de tonnes de blé sont stockés dans les ports indiens et n’ont pas encore réussi à avoir des lettres de crédit.
Par contre, l’appréciation du dollar face à l’euro renchérit davantage la facture pour les pays africains utilisant le franc CFA, le cours de cette monnaie étant corrélé à la devise européenne.

Abashi Shamamba / Les Inspirations ÉCO



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