Maroc

Gestion de syndic au Maroc: Dalila Ennaciri nous dit tout

Dalila Ennaciri.
Directrice générale de Gestis

Dalila Ennaciri, directrice générale de Gestis, spécialiste de la gestion professionnelle de syndic, explique ses orientations stratégiques et ses ambitions. C’est également l’occasion d’expliquer comment l’opérateur gère la crise sanitaire.


Quel bilan faites-vous de la présence de Gestis au Maroc ?
Gestis opère sur le marché marocain depuis six années en proposant des prestations de gestion professionnelle de syndic de copropriété. En plus de la grande connaissance du marché et l’expertise métier développées, notre groupe gère aujourd’hui plus de 9.000 lots répartis sur plus de 40 copropriétés à Casablanca, Marrakech, Rabat et Tanger, ce qui en fait un acteur de référence dans le secteur au Maroc.

Comment avez-vous géré la crise sanitaire ?
La gestion professionnelle de syndic est un des secteurs qui ne pouvait pas se permettre de simplement subir la crise. Bien au contraire, nous devions nous mobiliser davantage pour rester au plus près des copropriétaires. L’importance de notre rôle durant cette crise a dépassé la simple gestion de la copropriété, et nous avions surtout un devoir de rassurer les copropriétaires, qui passaient plus de temps chez eux, que l’ensemble des services dont ils ont besoin au quotidien continueront d’être fournis dans les meilleures conditions. D’un autre côté, le syndic étant réglementé par des dispositions légales, les copropriétaires ont, en général, continué à payer leurs cotisations de syndic en dépit de l’impact économique car il en va de la sauvegarde du patrimoine immobilier de tout un chacun.

Comment avez-vous géré la situation auprès des copropriétaires, surtout en cette période de crise ?
La communication et l’échange ont été les maîtres mots de cette période. D’abord, avec nos collaboratrices et collaborateurs, qui ont fait preuve d’implication et d’engagement et sur qui nous avons su compter pour continuer à servir nos copropriétaires et assumer notre responsabilité auprès de nos clients. Ensuite, avec nos clients, qui ont compris, surtout en temps de crise, que le syndic est bien plus qu’une obligation légale. C’est une continuité de la maison et un élément fondamental du bien-être. La crise sanitaire a provoqué des difficultés financières pour certains copropriétaires, des situations que nous avons gérées en concertation avec nos conseils syndicaux ou conseils de surveillance, en accordant des facilités de paiement ou des délais supplémentaires. Sur le plan opérationnel, nous avons renforcé nos dispositifs en consolidant nos prestations de nettoyage, de sécurisation, de désinfection et d’entretien des parties communes des copropriétés, pour rassurer et protéger encore plus nos clients.

Quel est le modèle de développement de Gestis ?
Nous avons choisi pour Gestis un modèle de développement interne afin de capitaliser sur la croissance organique et naturelle que l’entreprise connaît depuis sa création. Notre expertise et notre réputation nous ont permis d’évoluer qualitativement et quantitativement, en élargissant notre portefeuille de prestations et en décrochant des projets de plus en plus grands et importants. Bien sûr, d’autres modèles de croissance s’offrent à nous, notamment à travers une ouverture de capital ou l’adossement à des grandes structures existantes. Nous pourrons les considérer à l’avenir, mais à la seule condition de ne pas compromettre l’ADN de Gestis et les valeurs de l’entreprise, basées sur la transparence, l’indépendance, la proximité, la personnalisation et la maîtrise.

Quelle est la composition du portefeuille de Gestis dans ses différentes villes de présence ?
Gestis opère aujourd’hui dans les villes de Casablanca, Marrakech, Rabat et Tanger. Le portefeuille clients est assez diversifié, ce qui nous apporte une grande richesse d’expérience. Gestis gère aussi bien des copropriétés verticales (immeubles) que des copropriétés horizontales (villas), mais aussi des villages touristiques, variant du moyen au très haut standing. Nos équipes sont déployées dans des copropriétés destinées au logement principal, essentiellement dans les centres-villes, et d’autres balnéaires comme celles que nous gérons à Dar Bouazza, Bouznika, Marrakech et Tanger. Ces deux types de biens imposent une gestion différenciée qui répond aux spécificités de l’usage et de la fréquentation des ensembles résidentiels et aux attentes des copropriétaires, que nous avons pu comprendre et développer sur les dernières années.

Comment jugez-vous le marché de la gestion de syndic au Maroc ? Ses forces et faiblesses ?
Le marché de la gestion professionnelle de syndic au Maroc est assez jeune et régi par une loi jeune aussi, compte tenu des habitudes de vie des Marocains. Habiter en copropriété et dans des complexes immobiliers, avec des équipements de plus en plus importants, est une tendance récente, ce qui présente une grande opportunité de professionnalisation et de développement du métier. Mais pour saisir cette opportunité, il est nécessaire de mener une profonde réflexion sur le secteur pour combler certaines faiblesses comme les failles de l’arsenal juridique et le vide réglementaires sur certaines questions, le modèle économique des syndics de copropriétés qui reste fragile, les honoraires anormalement bas proposés par les nouveaux entrants et qui déstructurent le marché en l’absence de réglementations du métier…

Le secteur a-t-il été également impacté par les effets de la crise sanitaire ?
Le marché dans son business model n’a pas été affecté car, comme expliqué auparavant, payer le syndic est une obligation légale. Toutefois, le rythme de collecte des cotisations a connu une légère baisse et il a fallu doubler d’efforts et proposer des solutions à chaque situation difficile afin de parvenir à recouvrer les mensualités. Mais une des principales difficultés que nous vivons depuis le déclenchement de la crise est la grande difficulté, voire l’impossibilité, de tenir nos assemblées générales à cause de la décision d’interdiction des rassemblements et l’état d’urgence sanitaire toujours en vigueur. Certains pays ont légiféré pour l’organisation d’assemblées générales digitales afin de débloquer la situation et permettre d’ouvrir un nouvel exercice. Nous espérons que le Maroc trouvera également des solutions.

Justement, en termes de réglementation, qu’est-ce qui manque pour le développement de cette profession au Maroc ?
Ce qui manque à la profession, c’est la réglementation de la profession elle-même. Aujourd’hui, pour créer une société de gestion professionnelle de syndic de copropriété, il suffit de créer une SARL sans même avoir l’obligation de posséder un siège social; une domiciliation suffit. Ce qui est dangereux dans ce dispositif peu contraignant, c’est que les sociétés de syndic gèrent parfois des millions de dirhams de budget, en plus des parties et équipements communs des copropriétés, et font le recouvrement pour elles. Aucune caution n’est demandée, aucun diplôme de gérant n’est requis et aucun ordre pour gérer la profession n’a été créé. Une sorte d’anarchie organisée, dont les conséquences peuvent être graves.

Gestis œuvre également à la valorisation du patrimoine. Quel est votre business model dans ce sens ?
Ce volet est très complémentaire à la gestion professionnelle de syndic. Le syndic est le responsable de l’entretien des parties et des équipements communs, il veille ainsi à la préservation du commun, sachant que la valorisation d’un lot privatif, appartement ou villa, ne peut se faire sans la valorisation de son environnement. Quand vous achetez un appartement, vous achetez aussi la résidence et même la ruelle/le boulevard où il est situé. Si vous refaites à neuf un appartement de 2e main et que la façade est délabrée, votre appartement perd certainement de sa valeur. Gestis valorise l’actif de ses clients en prenant soin des parties et des équipements communs. Notre valeur ajoutée est encore plus importante dans les cas de projets neufs livrés non finis ou avec des réserves, et où le maître d’ouvrage ne lève pas ses réserves ou tarde à le faire.

Est-ce que le copropriétaire marocain est preneur du syndic digitalisé ?
La copropriété marocaine est non seulement prête pour le digital, mais en plus, les copropriétaires commencent à exiger un outil de travail digitalisé. La crise liée à la Covid-19 nous a donné une belle leçon, une nouvelle manière d’appréhender le travail. Je pense au télétravail, l’école à distance, la vente en ligne… Les copropriétaires sont aussi des parents, des salariés et des chefs d’entreprise qui ont l’habitude de la digitalisation et de la dématérialisation dans le travail. Fort heureusement, chez Gestis , nous n’avons pas attendu la crise sanitaire pour nous mettre au digital. Nous avions initié cette démarche bien avant, notamment à travers notre application.

Quelles sont vos perspectives pour l’avenir ?
L’ambition de Gestis pour les deux prochaines années est d’investir massivement dans la digitalisation avec une approche de business intelligence. Connaître mieux nos copropriétaires et anticiper leurs demandes, gérer les problématiques de locations courte durée, les objets connectés dans une copropriété, permettre un vote ou sondage électronique instantané… Autant de possibilités d’interactions et d’analyses de données que le vrai syndic digital pourra proposer pour améliorer la vie de la copropriété.

Vers la création d’un second hub régional

Les opérations de Gestis dans les différentes villes marocaines se font à travers son siège social situé à Casablanca dans le quartier d’affaire Abdelmoumen et ses bureaux à Marrakech. Néanmoins, l’opérateur finalise l’ouverture de son 2e hub régional à Rabat, prévue d’ici fin 2021, afin de mieux servir l’axe Rabat-Tanger, qui représente un potentiel important en termes de clients. D’ailleurs, Gestis a signé un nouveau contrat en début d’année pour la gestion d’un grand projet résidentiel dans la capitale, ce qui accélérera son développement et lui permettra une meilleure visibilité sur cette ville.

Le syndic 2.0 déjà opérationnel

En plus des investissements en recrutement et en formation, Gestis a pris, il y a plus de 4 ans, le virage du numérique en étant une des premières entreprises de gestion professionnelle de syndic au Maroc à avoir développé sa propre application mobile de gestion appelée MYGESTIS. Aujourd’hui, ses copropriétaires ont tous des accès personnalisés à son application téléchargeable sur Play Store. Cet espace particulier leur donne accès à l’ensemble des informations sur leur copropriété, leurs documents légaux et administratifs ainsi que leur situation financière individuelle. La digitalisation est au cœur des plans d’évolution de l’opérateur, car elle permet une plus grande transparence, nécessaire pour un développement sain du métier.

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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