Maroc

Confinement de Shanghai : aperçu et répercussions de la situation sur le Maroc

Pénurie de conteneurs, perturbation de la logistique, énième tension sur les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe en raison du confinement de Shanghai… Plus que jamais, ces situations soulignent le caractère crucial de la logistique, souvent au cœur de tout métier ou industrie.

En cette date du lundi 16 mai, cela fait 46 jours que dure le confinement pour les 25 millions d’habitants de Shanghai. Si la presse internationale s’est fait l’écho de la dureté des mesures prises par les autorités chinoises dans le cadre de la lutte contre le Covid, notamment les descentes de police venant chercher les personnes contaminées pour les acheminer vers des centres de quarantaine, qu’en est-il de l’impact sur les chaînes d’approvisionnement ?


Sachant que le délai de transit entre les ports chinois et marocains varie entre 39 et 47 jours, voire plus en y ajoutant le temps de dédouanement ainsi que la livraison et les opérations annexes éventuelles. Le ferroviaire suit avec des délais de 20 à 25 jours. Le fret aérien prend environ une semaine, l’express moins d’une semaine en door to door avec des compagnies comme DHL, TNT, FedEx.

Dans une récente note d’information, le logisticien allemand Dachser dresse un aperçu de la situation actuelle en Chine et dans d’autres régions du monde, notamment en Europe du Nord, aux États-Unis et en Amérique du Sud. Pour le logisticien, «l’impact sur les chaînes d’approvisionnement mondiales dans les transports aériens, maritimes et terrestres se fait sentir».

«Les restrictions imposées par les confinements, les tests de masse quotidiens, puis les mesures de quarantaine étendues qui ont entraîné d’importantes pénuries de conducteurs dans les transports terrestres, restent des facteurs critiques. Bien que les exportations chinoises soient en baisse, en raison de l’arrêt de la production lié à la pandémie et aux récentes vacances de la fête du travail en Chine, les ports et aéroports alternatifs dans tout le nord de la Chine fonctionnent aux limites de leurs capacités».

Comment la situation à Shangaï affecte-t-elle les autres ports du nord du pays ?
Pour l’heure, le confinement ne concerne que Shanghai, alors en quoi la situation pourrait-elle affecter les autres ports de la région, pourrait-on rétorquer ? «La Chine dispose d’une multitude de ports. Les importateurs de la région de Shanghai, ou même de l’intérieur du pays, peuvent très bien router leurs volumes par ces ports», soutient Michael Duhamel, professionnel du shipping, contacté par Les Inspirations Éco.

Mais ce schéma semble ne pas être aussi simple à mettre en œuvre. «Bien que la plupart des ports chinois restent en activité régulière, la capacité limitée des camions continue de poser problème», relève Dachser. À Shanghai, la circulation interprovinciale des camions reste difficile, et nécessite une autorisation spéciale. On constate actuellement une amélioration de la situation par rapport aux semaines précédentes. Les entrepôts et dépôts de stations de fret de conteneurs (CFS) -pour le fret maritime- rouvrent lentement et davantage de permis de camionnage sont délivrés.

«La capacité CFS à Ningbo et Qingdao est actuellement sous pression car le flux de fret en provenance des provinces voisines a énormément augmenté. Les transporteurs maritimes font de plus en plus d’escales ponctuelles à Ningbo, ce qui affecte la productivité et la congestion du port car les navires sont ralentis». Il en résulte un manque de fiabilité des horaires des compagnies maritimes. En raison de la modification des escales, les services sont perturbés à plusieurs reprises.

Pour Duhamel, «il y a des perturbations, mais là encore les armateurs se sont habitués et montrent beaucoup de flexibilité, même si cela est coûteux. Depuis deux ans, tous les acteurs se sont habitués et ont trouvé des alternatives. L’impact est pour le coup assez limité, selon moi, même si les taux et prix de conteneurs restent élevés et les récents évènements de Shanghai n’encouragent pas à la baisse». Pour Dachser, cette perturbation s’avère actuellement être «l’un des plus grands défis pour tous les échanges mondiaux et aucune amélioration n’est en vue», relève la note.

Conséquence : «une fois les blocages levés, des pénuries d’équipements pourraient en résulter». Et le logisticien d’ajouter : «De façon générale, le secteur industriel doit se préparer à de nouveaux engorgements, et cela vaut pour toutes les activités dont les sources d’approvisionnement se trouvent en Chine.» Par ailleurs, «avec la reprise de la production en Chine, attendue pour fin mai ou début juin au plus tard, la situation de la manutention dans les ports et aéroports mondiaux va certainement s’intensifier. La pression sur la disponibilité des équipements et des capacités ainsi que sur les niveaux de tarifs pourrait alors augmenter à nouveau considérablement».

Les effets sur le Maroc
Mais qu’en est-il au Maroc, sachant qu’à la faveur des précédentes perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales depuis la Chine, plusieurs importateurs nationaux auraient commencé à diversifier leur sourcing, comme nous l’indique Duhamel. «Confrontés depuis plus de 2 ans à des problèmes logistiques, les importateurs ont d’ores et déjà repensé leur sourcing en Asie du Sud sur le Sous-continent indien ou même en Europe».

Au Maroc, le principal secteur d’activité touché est celui du textile et habillement. «Vu que les marchandises qui arrivent du port de Shanghai sont plus dans le textile et l’habillement, je dirais que ce secteur est le plus impacté. C’est l’information qui nous est surtout remontée, en discutant avec les importateurs», nous indique Rachid Tahri, vice-président de la Fédération du transport et de la logistique de la CGEM.

Du côté de Michael Duhamel, professionnel du shipping opérant pour un armateur chinois, c’est plutôt le calme plat. «Personne ne parle du confinement en Chine, et j’ai l’impression que cela n’a pas d’impact sur notre clientèle au Maroc. En tant que transporteur, je ne le ressens pas».

Pour lui, les événements récents à Shanghai, dont il entend peu parler au Maroc et pour cause, «ont un impact très limité». «Les industriels marocains ne seront pas plus touchés qu’ils l’ont été depuis plus de 2 ans. Malheureusement, le secteur logistique contribue aussi à l’inflation, par l’augmentation du coût de transport, et nul doute que les industriels répercuteront ces coûts sur le client final, le consommateur qui est en bout de chaîne».

Pour ce qui est des armateurs, il soutient qu’ils sont tous logés à la même enseigne, les Chinois comme ceux du Top 5. «À notre niveau au Maroc, nous ne sommes pas impactés. Nos volumes sont essentiellement, pour l’heure, des volumes intra Europe»

État des lieux dans le fret aérien

Les principaux aéroports chinois restent encombrés et surchargés, notamment dans le secteur de l’importation. L’aéroport PVG de Shanghai continue d’être affecté par des annulations de vols pendant le confinement, bien que l’on puisse observer une reprise progressive. De nombreux vols continuent d’être aiguillés vers d’autres aéroports, notamment Zhengzhou (CGO), Beijing (PEK), Shenzhen (SZX) et Hong Kong (HKG). Cette situation entraîne de plus en plus de retards et des délais d’exécution plus longs au terminal d’importation, en raison de la main-d’œuvre limitée.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO


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