Maroc

Casablanca : De la viande avariée saisie !

À Casablanca, le phénomène de l’abattage clandestin continue de plomber le business et menace la sécurité des consommateurs. Le syndicat national des commerçants et des professionnels tire la sonnette et  compte monter au créneau dans les prochains jours. Deux tonnes de viande viennent d’être saisies. 


Deux tonnes ! C’est la quantité de viandes impropres à la consommation qui a été saisie, jeudi dernier, par les autorités casablancaises après des informations parvenues aux éléments sécuritaires de la préfecture d’Aïn Sebaâ, selon lesquelles 2.000 kg de viandes présentant de graves anomalies allaient être livrés à un hypermarché situé dans cet arrondissement. Le fournisseur serait originaire de Meknès et aurait l’habitude d’approvisionner plusieurs clients à Casablanca. Selon des sources bien informées, les viandes incriminées étaient impropres à la consommation, selon les services vétérinaires qui  ont procédé à la destruction du stock avarié  dans les abattoirs de Casablanca.

Le fournisseur mis en cause, qui avait pourtant un agrément sanitaire délivré à Fès, avait l’habitude de livrer sa marchandise dans ce même centre commercial. Concernant le management de l’hypermarché, des sources proches de la direction soulignent que les responsables de ce centre commercial «ne savaient pas que leur fournisseur allait leur vendre une viande impropre à la consommation». «Dès que nous avons été informés de l’état de cette viande, dont la qualité ne garantissait pas la sécurité des consommateurs, nous en avons informé, à notre tour, les éléments sécuritaires», soutiennent des sources au sein de cet hypermarché.

Avant de poursuivre : «Nous avons décidé de suspendre nos achats auprès de ce fournisseur». Cet hypermarché était-il le seul client de ce fournisseur ? Était-ce la première fois que celui-ci allait livrer sa marchandise douteuse à cet hypermarché ?   Bref, autant de questions qui restent en tout cas soulevées. Des professionnels du secteur de la distribution à Casablanca ne mâchent pas leurs mots.

Tout le monde profite du business
Ils dénoncent les pratiques malhonnêtes de certains fournisseurs qui seraient nombreux et qui compteraient parmi leurs clients des restaurants, des supermarchés et même des hôtels de la place. Pour ces mêmes professionnels, les hypermarchés et les chaînes de restaurants, qu’ils disent avoir avertis plusieurs fois, seraient, selon les dires de nos sources, «plus complices que victimes» car, poursuit-on, ils ferment les yeux sur les pratiques de leurs fournisseurs afin d’obtenir les prix les plus bas. Pour sa part, Jamal Farhane, SG du Syndicat national des commerçants et des professionnels (section du transport des viandes à Casablanca) n’y va pas par quatre chemins.

Cette nouvelle opération prouve ce que «nous avons toujours dénoncé quant aux quantités énormes, d’origines douteuses, qui inondent le marché casablancais. Faut-il  signaler que près de 70% des viandes vendues sur le marché casablancais sont issues du circuit clandestin ?», souligne le SG. Plusieurs mouvements de colère étaient, d’ailleurs, organisé par les professionnels pour amener les autorités locales casablancaises à mettre fin à ces opérations douteuses et à l’abattage clandestin, qui depuis plusieurs années, plombent le business et menacent la sécurité des consommateurs.

Et le SG d’ajouter : «Nous avons déjà interpellé les autorités casablancaises sur ce phénomène d’abattage clandestin, qui prend de l’ampleur ainsi que sur les dérives de certains fournisseurs qui ont pour clients de grandes enseignes de la distribution et des chaînes de restauration. Des quantités importantes douteuses et d’origine inconnue sont commercialisées sur les marchés».

Le syndicat avait aussi lancé des alertes concernant des bouchers, notamment dans certains quartiers casablancais, qui sont approvisionnés par une viande issue de l’abattage clandestin. «Malgré les nombreuses plaintes et les communiqués diffusés par les professionnels pour interpeller les autorités sur cette situation grave, qui menace la santé des gens, rien n’est malheureusement fait pour y remédier», précise le SG du syndicat, qui, dans les prochains jours, compte monter au créneau en diffusant un communiqué à ce sujet. Jamal Farhane, qui déplore surtout «ces pratiques de tromperies répétées», évoque certains points noirs qui prospèrent à Casablanca et sont connus pour être une plaque tournante de viandes issues de l’abattage  clandestin.

Ce professionnel dit avoir été témoin de ces pratiques dans plusieurs quartiers casablancais. À Sidi Bernoussi, Derb Sultan El Fidaa, Derb Ghallef, Hay Hassani ou encore Aïn Chock, bref dans tous ces quartiers, le phénomène continue de persister, poursuit ce même professionnel. «Les mêmes fournisseurs connus pour ce problème de viandes issues d’abattages clandestins n’ont pas cessé leurs approvisionnements depuis plusieurs années, et le phénomène semble croître, surtout après la libéralisation du secteur de la distribution», lance le SG du syndicat, qui pointe l’insuffisance des contrôles de la part des services vétérinaires. Une chose est sûre. À en croire d’autres professionnels de la corporation des chevillards, la situation serait très inquiétante.    

Résaux organisés
Auprès de ces mêmes sources, on ne décolère pas en tout cas. On parle d’un réseau de commerçants de viandes impropres à la consommation, qui opérerait à travers tout le pays. Nos sources ne manqueront pas d’ailleurs d’évoquer l’arrestation, en juin dernier d’un réseau de bouchers qui commercialisaient des viandes en provenance de Melilla. Au cours d’une opération des services de l’ONSSA effectuée en juin dernier, des quantités importantes originaires de l’Amérique latine ont été interceptées sur la zone mitoyenne avec Melilla, par laquelle des stocks importants peuvent être, selon nos sources, introduites en échappant facilement au contrôle. «Cette cargaison douteuse a transité par le préside occupé de Melilla avant d’inonder les marchés de Nador et les autres régions. Le prix  très bon marché de ces viandes serait derrière le commerce de ces trafiquants, lesquels n’hésitent pas à transporter ladite viande à bord de véhicules dans des conditions déplorables pour les écouler à Casablanca», indique-t-on.

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