Maroc

Cannabis médical : quelles opportunités pour le Maroc ?

Le Conseil de gouvernement, réuni ce jeudi 11 mars, a adopté le projet de loi n°13.21 portant sur les usages licites du cannabis. Le texte sera présenté au Parlement dès la semaine prochaine. Les 1re et 2e Chambres sont également appelées à accélérer l’entrée en vigueur de ce texte prometteur.

C’est fait : le Conseil de gouvernement, réuni ce jeudi 11 mars, par visioconférence, sous la présidence du chef de gouvernement, Saad Dine El Otmani, a adopté le projet de loi n°13.21 portant sur les usages licites du cannabis. L’annonce a été faite par le porte-parole du gouvernement, Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, dans un communiqué lu lors d’un point de presse à l’issue du conseil.


Le texte au Parlement dès la semaine prochaine
Le texte devrait donc être présenté au Parlement dès la semaine prochaine. Les première et deuxième Chambres sont également appelées à speeder pour accélérer l’entrée en vigueur de ce texte prometteur. El Otmani et son équipe ont en effet mis les bouchées doubles sur ce dossier.

Depuis le 25 février, le texte figure en bonne place dans l’ordre du jour du Conseil de gouvernement. C’est-à-dire qu’il ne s’est pas passé une semaine sans que le projet de loi sur les usages licites du cannabis ne soit examiné par l’équipe gouvernementale. C’est ainsi qu’en l’espace de trois semaines, soit moins d’un mois, le gouvernement a bouclé la première étape du circuit d’adoption d’un texte d’une très grande importance à la fois économique, sociale et sanitaire. Une importance économique, parce que le développement du cannabis médical va passer par l’installation de grands opérateurs internationaux (industrie de la transformation) et par le développement d’une filière industrielle nationale dédiée, génératrice d’emplois et de richesse (voir encadré sur les dix opportunités). Au niveau social, le projet de loi sur les usages licites du cannabis va instaurer des cultures licites qui amélioreront le bien-être des populations, qui demeurent actuellement pénalisées par le climat de peur généralisée des poursuites judiciaires, et par l’oisiveté des jeunes, corollaire de l’échec scolaire. Alors qu’au niveau sanitaire, l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques aiderait dans beaucoup de maladies. «Le cannabis contient beaucoup de substances «bienfaitrices», en particulier le cannabidiol (CBD), susceptible d’aider un certain nombre de personnes souffrant, par exemple, de sclérose en plaques, d’épilepsie résistante à tout traitement ou encore de cancer en stade
terminal», est-il expliqué.

Tous les ingrédients sont réunis
En attendant, il faut donc légiférer pour démarrer sur les «chapeaux de roue» cette activité pour laquelle le Maroc a toutes les dotations factorielles nécessaires. Les terres de culture sont nombreuses et à perte de vue sur le territoire national. Les cultivateurs, qui jouent actuellement au chat et à la souris avec les agents de la répression des fraudes sont également présents dans les quatre coins du pays. Et le marché à l’export, le principal, en l’occurrence celui de l’Union européenne, est tout proche. Le projet de loi sur les usages licites du cannabis va donc s’employer à réglementer tous ces aspects et bien d’autres. Pour rappel, il prévoit la création d’une agence nationale chargée de l’exécution de la stratégie de l’État en matière de culture, de production, de transformation et de commercialisation du cannabis destiné aux usages médical, cosmétique et industriel.

Il faut aller vite
Baptisée «Agence de régulation des activités du cannabis», cette nouvelle structure aura pour mission d’assurer le suivi du cannabis licite dans toutes les étapes de sa chaîne de production, transformation, importation, exportation et commercialisation, notamment dans le but de garantir qu’il n’est pas utilisé dans une activité illégale et que le cannabis illicite ne soit pas utilisé dans des activités légales. Accorder, renouveler et retirer les autorisations conformément aux dispositions du projet de loi, et assurer le suivi sur le terrain de toutes les opérations relatives au cannabis licite et du stock du cannabis licite, figurent également parmi les missions principales de cette agence. Ce n’est pas tout ! La future agence fournira également à l’organisme international compétent les évaluations et informations demandées conformément aux obligations internationales du Maroc, et ce, après consultation des différentes autorités gouvernementales compétentes.

Outre la participation à l’encadrement des producteurs de cannabis autorisés et au développement d’activités alternatives au profit de la population engagée dans le cannabis illicite, l’Agence de régulation des activités du cannabis mènera et publiera des études et recherches liées au cannabis et contribuera à faire connaître les efforts du royaume dans le domaine du cannabis licite et de ses dérivés et à renforcer la coopération bilatérale, régionale et internationale dans ce contexte.

La future agence aura également pour missions d’élaborer, en concertation avec les départements ministériels concernés, les cahiers des charges des bonnes pratiques de production, devant être respectés par les opérateurs de chaque activité de la filière, et contrôler leur respect par lesdits opérateurs. Ces cahiers concernent les règles et les bonnes pratiques de culture, de production, de transformation, d’industrialisation, de préparation et de stockage du chanvre indien selon les normes en vigueur; les normes à respecter pour le transport du chanvre indien et de ses dérivés ; les opérations autorisées pour sa transformation; les normes techniques et celles liées au contrôle de la qualité et de l’efficacité de la production ; les contraintes environnementales; les techniques d’emballage du produit, de stockage et du maintien de la qualité ; et les procédures à suivre pour le traçage des quantités de cannabis reçues et celles qui ont été transférées et fabriquées.

Ce sera rapide pour les normes
Bref, ces cahiers auront un double objectif : arrêter les bonnes pratiques de culture, de production et de fabrication devant être respectées sur toute la chaîne de valeur afin d’assurer la conformité des produits nationaux avec les exigences internationales en la matière, et notamment celles en vigueur dans les marchés cibles (Europe essentiellement), et garantir la transparence et l’équité en matière de contrôle des conditions à respecter pour chaque type d’activité (culture, transport, transformation, etc.). Concernant les normes, «elles se feront, bien entendu, après l’entrée en vigueur de la loi. Mais, je peux vous dire que cela va aller très vite, parce que nous y avons déjà réfléchi. C’est simple, nous allons agir dans le cadre de la coopération internationale avec les instituts de normalisation des États-Unis ou du Canada», précise Abderrahim Taïbi, le directeur de l’Institut marocain de normalisation (IMANOR). 

Quid du défi chimique?

Selon le professeur de psychiatrie et ancien directeur du Centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd, Driss Moussaoui, le cannabis contient beaucoup de substances «bienfaitrices», en particulier le cannabidiol (CBD), susceptible d’aider un certain nombre de personnes souffrant par exemple de sclérose en plaques, d’épilepsie résistante à tout traitement ou encore dans des stades terminaux de cancer etc. Selon lui, «il faut distinguer le CBD du delta-9-tetrahydrocannabinol (THC), car ce dernier pose problème parce qu’il a une action à la fois sur le mental et le psychique. C’est notamment lui qui provoque la baisse de concentration et des facultés cognitives et qui augmente le risque de tomber dans la schizophrénie chez des personnes à vulnérabilité génétique. Concernant l’extraction du CBD, seule substance providentielle du cannabis, Moussaoui affirme n’avoir «aucun doute que nous avons des chimistes et des pharmacologues de qualité qui pourront s’occuper de ce type de travail». «Les gens qui cultivent le cannabis vont devoir le faire de manière légale, sous contrôle du gouvernement et des services de sécurité, et il y aura, bien entendu, des usines d’extraction du CBD pour le donner de manière médicalement contrôlée à ceux qui en ont besoin». « Dès lors, il n’y a aucune raison de ne pas rajouter le CBD dans la pharmacopée» marocaine, a-t-il conclu.

Dix principales opportunités offertes par le développement du cannabis licite au Maroc

1- Le marché mondial du cannabis médical connaît un développement soutenu : les prévisions de croissance moyenne annuelle sont de l’ordre de 30% à l’échelle internationale et de 60% au niveau européen.

2- Un grand nombre de pays et notamment européens a légalisé le cannabis médical, voire récréatif pour la plupart d’entre eux: 30 États américains, Canada, Australie, Espagne, Portugal, Italie, Suisse, Pays-Bas, Pologne, Suède, République Tchèque, Danemark, Croatie, Grèce, Chypre, Brésil, Honduras, Chili, Colombie, Pérou, Uruguay, Inde, Chine, Liban, Malawi, Zimbabwe, Zambie, Afrique du Sud, Lesotho, Ghana, etc…

3- Les opportunités de développement du cannabis médical, cosmétique et industriel au Maroc sont réelles et prometteuses, compte tenu des atouts dont dispose le Royaume (écosystème : sol et climat propices, proximité
du marché européen en plein essor, savoir-faire ancestral des agriculteurs traditionnels, etc…).

4- Ces opportunités devraient être saisies rapidement vu la forte tendance actuelle de légalisation du cannabis médical et récréatif dans le monde en général et en Europe en particulier.

5- La concrétisation rapide de ces opportunités passe d’abord par l’installation au Maroc de grands opérateurs internationaux (industrie de la transformation) et ensuite par le développement d’une filière industrielle nationale.

6- Les cultures licites du cannabis constitueront un élément fédérateur des populations engagées dans la culture illicite.

7- Elles les extirperont progressivement de l’emprise des trafiquants et leur permettront d’intégrer le tissu économique national.

8- Ces cultures licites amélioreront également le bien-être des populations, qui demeure pénalisé par le climat de peur généralisée des poursuites judiciaires, et par l’oisiveté des jeunes, corollaire de l’échec scolaire.

9- Ces cultures licites permettront également d’atténuer les conséquences néfastes des cultures illégales sur l’environnement (déforestation, épuisement des sols et des ressources hydriques, pollution des nappes phréatiques, etc.) et sur la santé publique.

10- La création d’un cadre légal adéquat constitue le principal préalable au développement des activités du cannabis licite. (MAP)Dix principales opportunités offertes par le développement du cannabis licite au Maroc.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page