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Sécurité alimentaire : le conflit russo-ukrainien accentue la menace

Alors qu’aucun signe ne semble indiquer une sortie rapide du conflit russo-ukrainien, la menace sur la sécurité alimentaire se renforce, mettant de nombreux gouvernements sous pression. Malgré les progrès significatifs dans la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim chronique, l’insécurité alimentaire, y compris le manque d’accès à une bonne nutrition, guette des millions de Marocains, relèvent les économistes du Policy center for the new south.

En mars dernier, l’inflation des prix des produits alimentaires était en augmentation de 9,1% sur un an. Il faut dire que le Maroc est doublement pénalisé, d’une part par la sécheresse (la récolte céréalière étant de seulement 25 millions de quintaux selon les estimations de Bank Al-Maghrib) et l’envolée des prix des matières premières agricoles et de l’énergie, d’autre part. Et pour ne rien arranger, la hausse des prix, qui était déjà vigoureuse avant la guerre en Ukraine, s’est accélérée ensuite.

L’exposition du Royaume au conflit russo-ukrainien découle, notamment, du poids de ces deux pays dans ses importations de blé. Bien qu’il ait pris soin de diversifier ses sources, l’Ukraine et la Russie assurent toujours la moitié des approvisionnements du Royaume, selon une récente analyse du Policy center for the new south.

Aujourd’hui, alors qu’aucun signe ne semble indiquer une sortie rapide de ce conflit géopolitique, la menace sur la sécurité alimentaire se renforce, mettant de nombreux gouvernements sous pression.

17 millions de personnes pauvres et vulnérables ?
Au Maroc, les produits alimentaires pèsent pour 37,5% dans le panier de l’indice des prix à la consommation devant les rubriques «Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles» (14,6%), «Transports» (10%) et «Santé» (7,7%).

Cette structure des dépenses varie selon les couches de la population. Les ménages pauvres et vulnérables consacrent environ 40 à 50% de leurs revenus à l’achat de blé tendre et d’autres produits de consommation essentiels, selon le Policy center for the new south. C’est cela qui rend donc ces populations très sensibles aux aléas de la conjoncture. Dans ce cadre, la charge de compensation -qui pourrait atteindre 2,6% du PIB cette année selon les estimations des économistes-, joue un rôle essentiel pour atténuer l’impact des chocs exogènes sur le pouvoir d’achat et assurer la stabilité sociale.

Cependant, «la politique visant à assurer un approvisionnement adéquat en blé/pain aux pauvres et aux vulnérables ne peut pas fournir un accès adéquat à des régimes alimentaires, une dimension essentielle de la sécurité alimentaire», estiment les rédacteurs de la note. Malgré les progrès significatifs dans la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim chronique, «l’insécurité alimentaire, y compris le manque d’accès à une bonne nutrition, guette des millions de personnes en incluant les groupes qui n’ont pas accès aux services sociaux de base et à un logement adéquat», alertent les économistes.

Pour eux, la définition des pauvres et des vulnérables devrait être élargie aux pauvres «subjectifs» c’est-à-dire ceux qui se considèrent comme pauvres, y compris de nombreux travailleurs salariés informels, les jeunes chômeurs et les citadins, principalement.

Sur cette base, les pauvres et les vulnérables représenteraient 45% de la population, soit environ 17 millions de personnes. L’extrême pauvreté toucherait 0,8% de la population. «Avec des ressources fiscales et des mécanismes de distribution adéquats, le gouvernement pourrait être en mesure de fournir suffisamment de nourriture pour éviter des difficultés extrêmes et maintenir la stabilité sociale. Cependant, le défi de parvenir à une bonne nutrition pour de larges pans de la population marocaine demeure».

Les recommandations émises dans le cadre du Nouveau modèle de développement

Le conflit russo-ukrainien va influencer le calendrier de la réforme des produits de base. La protection contre la hausse des prix internationaux coûte cher. De plus, «cette approche n’est ni suffisante ni durable pour atteindre la sécurité alimentaire», notent les économistes. Celle-ci doit être ancrée sur des bases plus solides de productivité et de revenus, estiment-ils.

Le Nouveau modèle de développement trace la voie en accordant la priorité à l’augmentation de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de valeur agro-industrielle, de la production à la consommation. Les solutions préconisées par l’équipe dirigée par Chakib Benmoussa reposent, notamment, sur la réaffectation des investissements publics vers la recherche, le développement et les services de vulgarisation agricole dans le blé pluvial et d’autres cultures plus tolérantes à la sécheresse et résilientes au climat.

Elles recommandent aussi l’usage des technologies numériques, entre autres, pour une utilisation plus efficiente de l’eau rare, quelle qu’en soit la source, le développement des énergies renouvelables pour dessaler l’eau ainsi que le traitement et la réutilisation des eaux usées.

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO

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