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Pesticides à usage agricole : CropLife désapprouve le réexamen en 2021

Dans une réclamation adressée par CropLife Maroc à la direction générale de l’ONSSA, l’association fait part de ses craintes liées au programme de réexamen au titre de l’année 2021 des pesticides à usage agricole. En effet, avec un total de 60 matières actives concernées, 458 produits commerciaux pourraient être retirés du marché phytosanitaire marocain.

Quatre jours après la publication du programme de réexamen des pesticides à usage agricole au titre de l’année 2021 par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), l’association CropLife Maroc, qui représente l’industrie phytopharmaceutique avec plus de 23 sociétés commercialisant environ 90% des produits utilisés par le secteur agricole, a désapprouvé le contenu de la dernière note de la Direction des intrants et laboratoires relevant de l’ONSSA. Rendue publique le 28 décembre 2020, ladite note (référence n°GU 2831/ONSSA/DIL/DIC) a porté à la connaissance des sociétés agréées pour l’importation ou la fabrication des produits de pesticides à usage agricole que, suite à l’avis de la commission interministérielle, tenue le 22 décembre 2020, l’ONSSA a déclenché le réexamen de 31 matières actives sur le marché des pesticides à usage agricole. Cette décision a déclenché une réunion d’urgence du bureau de l’association CropLife Maroc, le mardi 29 décembre 2020, à l’issue de laquelle une réclamation a été adressée à la Direction générale de l’ONSSA. Dans ce courrier, CropLife Maroc a exprimé sa surprise au sujet de «la note qui n’a même pas été adressée aux sociétés concernées et à la profession, mais tout simplement déposée sur le site web de l’ONSSA. Pourtant, nous étions en pleine concertation avec la Direction des intrants et laboratoires pour essayer de solutionner les doléances, objet de notre lettre du 29 septembre 2020», souligne la réclamation adressée le 31 décembre 2020, à la Direction générale de l’ONSSA.


Marché des phytosanitaires : 45% de rétrécissement d’ici quatre ans
L’association a fait part de son étonnement en attirant l’attention sur les conséquences et les effets qu’une telle décision risque d’avoir sur l’approvisionnement du marché marocain en produits phytosanitaires et, par conséquent, sur la sécurité alimentaire du royaume. Selon Croplife Maroc, cette note mentionne déjà un nombre important de matières actives, plus exactement 31, soit l’équivalent de 301 produits commerciaux qui seront révisés en 2021. Auxquels il faut ajouter les autres matières actives ayant fait l’objet d’un réexamen en 2018, 2019 et 2020, ce qui donne un total de 60 matières actives correspondant à pas moins de 458 produits commerciaux qui risqueraient d’être retirés du marché phytosanitaire marocain. «Ces différents retraits, et notamment ceux programmés en 2021, vont contracter le marché des phytosanitaires de 45% en moins de 4 ans, sans que ni les sociétés importatrices, ni le réseau de distribution, ni les agriculteurs eux-mêmes n’y soient préparés», indique la lettre de réclamation. Par ailleurs, l’entité a fait savoir que la plupart de ces matières actives entrent dans la composition de produits à usage agricole qui sont utilisés au Maroc depuis des décennies. Elles constituent, en fait, selon CropLife Maroc, la base des programmes de traitement dont disposent les agriculteurs, plus particulièrement les plus petits d’entre eux, pour la protection de leurs récoltes. «À l’issue d’une telle décision, ils vont se retrouver, du jour au lendemain, démunis face à cette absence de produits et devront acquérir d’autres solutions alternatives, encore faut-il qu’elles existent», ajoute la réclamation.

Un avis fondé sur les décisions de la Commission de l’UE ?
Selon CropLife Maroc, cette note est vraisemblablement fondée sur les décisions de la Commission de l’Union européenne, plus exactement sur celles de la France, alors que les caractéristiques de l’agriculture marocaine sont complètement différentes. À noter que, selon CropLife Maroc, certaines matières actives ayant été retirées de l’UE sont encore autorisées avec dérogations spéciales dans quelques pays de la communauté et de l’OCDE, dans l’attente de trouver des solutions alternatives. En outre, si une matière active est enregistrée localement et inscrite pour révision sur la liste de la Commission européenne, cela ne signifie pas pour autant qu’elle sera retirée. Dès lors, l’association ne comprend pas pourquoi les nouvelles demandes d’homologation devraient être suspendues au Maroc. En effet, selon l’avis de réexamen des pesticides à usage agricole publié par l’ONSSA, le processus d’homologation des produits contenant l’une des matières actives mentionnées est gelé pendant toute la période de réexamen. Quant à la décision afférente au nouveau statut des matières actives au Maroc, elle sera prise après avis de la commission interministérielle qui tiendra ses réunions en juin, septembre et décembre 2021. Par ailleurs, l’Office continue à examiner les modifications d’ordre administratif et les renouvellements des produits expirant pendant la période de réexamen.

CropLife demande la révision du planning de retrait
Partant de ce constat, CropLife Maroc a demandé à la Direction de l’ONSSA de reconsidérer cette décision en révisant le planning du retrait de ces produits et de leur remplacement, en prenant le temps et le recul nécessaires afin de ne pas créer de perturbations majeures dans l’approvisionnement du marché, en concertation avec la profession et les agriculteurs, à l’instar de ce qui a été fait lors de la décision de retrait du Bromure de Methyl. L’association CropLife Maroc a fait également part de ses craintes par rapport aux pertes financières importantes que vont subir les sociétés importatrices de produits phytosanitaires, à cause de cette décision. Elle a informait l’ONSSA qu’elle se réservait le droit de recourir à tous les moyens légaux afin de défendre les positions et les intérêts de ses membres. Dans le détail, 11 matières actives sont programmées pour réexamen en juin, 9 en septembre et 11 autres en décembre. Par ailleurs, à l’issue de la commission interministérielle du 22 et 23 juillet 2020, une autre liste contenant 10 matières avait été soumise au réexamen, ce qui porte le nombre à un total de 41 matières. Rappelons que dans le cadre de sa mission régulière de réexamen des matières actives qui entrent dans la composition des pesticides à usage agricole, l’ONSSA se base sur l’article 5 de la loi n°42-95 relative au contrôle et à l’organisation du commerce des produits pesticides à usage agricole qui stipule que «lorsqu’à la suite d’un fait nouveau ou en raison de son utilisation ou, éventuellement, après un nouvel examen, un produit ne satisfait plus aux conditions d’efficacité et d’innocuité à l’égard de l’homme, des animaux ou de leur environnement, l’homologation ou l’autorisation de vente est retirée». C’est aussi sur la base cet article que l’ONSSA établit chaque année la liste des substances actives qui feront l’objet d’une réévaluation.

Yassine Saber / Les Inspirations Éco

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