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Mesures de soutien: les opérateurs en veulent plus

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Les textiliens qui s’estiment sinistrés exigent un accompagnement adapté jusqu’à fin 2022 pour sortir la tête de l’eau. Les exportateurs, eux, veulent être représentés au sein du Comité de veille économique pour leur importance en matière d’entrée de devises. Enfin, les technologies de l’information ressortiront gagnants de cette crise à condition de recevoir l’aide nécessaire.

Après les dernières tractations sur les mesures à même de soutenir l’entreprise et les ménages face à la crise du Covid-19, la Banque centrale vient d’annoncer un certain nombre de mesures. Dans son dernier communiqué, Bank Al-Maghrib a mis en exergue de nouvelles mesures de politique monétaire et prudentielles pour soutenir l’accès au crédit bancaire. Le nouveau dispositif permettra, est-il expliqué, de tripler la capacité de refinancement des banques auprès de BAM et ceci à travers quatre principales mesures. Primo, la possibilité de recours par les banques à l’ensemble des instruments de refinancement disponibles en dirham et en devise. Secundo, l’extension à un très large éventail de titres et effets acceptés par la Banque centrale en contrepartie des refinancements accordés aux banques. Tertio, l’allongement de la durée de ces refinancements et enfin le renforcement de son programme de refinancement spécifique au profit de la TPME, en y intégrant, en plus des crédits d’investissement, les crédits de fonctionnement et en augmentant la fréquence de leur refinancement. Plus encore, est-il indiqué dans le communiqué, BAM prend également des mesures d’accompagnement des établissements de crédit au plan prudentiel couvrant les exigences en matière de liquidité, fonds propres et de provisionnement des créances à même de renforcer la capacité de ces établissements à soutenir les ménages et les entreprises en pareilles circonstances. Ce sont en effet des annonces qui apporteront du baume au cœur à des milliers d’entreprises qui n’ont plus aucune garantie sur leur survie. Mais sont-elles suffisantes ?


Textile : de l’aide jusqu’en 2022 ?
Contacté, Mohamed Boubouh, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), a tenu d’abord à saluer Chakib Laalej, président de la CGEM, «grâce à la démarche duquel les banques se sont mobilisées». Quant au secteur du textile et de l’habillement en soi, Boubouh estime qu’il est profondément touché par cette crise du Covid-19. En effet, des annulations de commandes ont été constatées juste après la propagation de la pandémie prenant de court les opérateurs. Selon Boubouh, plus de 90% des entreprises du secteur sont actuellement à l’arrêt. Ceci étant, il faut savoir que le secteur peut rapidement ramener des devises dès son redémarrage. Ce qui l’érige en tant que pan crucial de l’économie. D’où le fait que les mesures prises sont pour Boubouh bonnes mais insuffisantes. Le responsable dresse un tableau assez complexe où les entreprises du textile avaient acheté du tissu alors que, du jour au lendemain, les clients ont annulé leurs commandes. «Le problème, c’est qu’après la reprise, l’on n’a pas de visibilité sur la saison que l’on va travailler. Est-ce le printemps-été ou celle de l’automne-hiver ?», s’interroge-t-il car si l’entreprise passe à une autre saison, tous les tissus achetés ne serviront à rien. Du coup, si les usines passent directement à la seconde saison, ce qui est très probable selon Boubouh, les unités n’auront pas de quoi acheter les nouveaux tissus. Sans fonds de roulement, tout le BFR étant bloqué, il va falloir attendre un an. «Certes, BAM a pris des mesures mais elles sont uniquement valables pour ce qui nous concerne jusqu’à fin décembre. Ce n’est pas suffisant», regrette Boubouh. L’AMITH demande une aide plus pointue pour le secteur du textile dans son ensemble et non au cas par cas comme les banques n’ont eu de cesse de le répéter. Le premier employeur avec 190.000 emplois directs et le deuxième en termes de devises, est un secteur qui se considère aujourd’hui sinistré. Il demande un dispositif adapté avec un crédit à taux très réduit jusqu’à fin 2022 car pour la première commande, les entreprises du textile ne seront payées qu’après six mois. Ceci étant, Boubouh tient à remercier les pouvoirs publics pour les mesures prises au profit de la main d’œuvre. Le responsable souhaite, par ailleurs, qu’à la sortie de cette crise, l’on ne se retrouve pas avec une crise sociale. «Mais si les banques ne jouent pas le jeu, beaucoup d’entreprises ne vont pas remonter la cote», a-t-il ajouté.

Asmex : les exportateurs veulent être membre du CVE
Les exportateurs ne sont pas non plus en meilleure situation eux qui mettent en avant l’importance de leur secteur en matière d’entrée de devises. C’est la raison pour laquelle le président de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) avait demandé que son association soit partie prenante du Comité de veille économique (CVE). Interrogé par «Les Inspirations ÉCO», Hassan Sentissi, a expliqué que l’Asmex a été la première à avoir demandé la baisse du taux d’escompte à BAM ainsi que l’intervention de la Caisse centrale de garantie. En effet, selon lui, la plupart des opérateurs, pris de court, avaient déjà consommé leurs fonds de roulement que ce soit dans les stocks, les impayés ou dans le personnel. À l’instar de Boubouh, Sentissi préfère aussi que les banques traitent les dossiers secteur par secteur et non entreprise par entreprise. Mais pour Sentissi, la TPME doit être inscrite au sommet des priorités car, selon lui, sur les 2,4 millions d’entités qui paient l’impôt, 550.000 sont sous formes d’entreprises (SARL, SA, etc) mais 1,2 million sont des entreprises personnelles. Et surtout entre 7.000 (selon l’Asmex) et 11.000 (selon les Finances) opérateurs à l’export sans lesquels, les rentrées de devises seraient compromises. Contrairement à d’autres, Sentissi déclare n’avoir jamais eu de problème avec les banques et qu’au contraire, il les félicite pour les mesures prises pour accompagner l’entreprise. Ceci ne l’empêche pas de demander un traitement spécial pour les exportateurs car, selon lui, les exportations du Maroc ne dépassent pas 0,14% des exportations mondiales. Plus encore, le Maroc n’exporte que vers un tiers du globe, ce qui laisse beaucoup de marge pour diversifier et augmenter la part du royaume dans le commerce mondial. Dans ce sens, l’Asmex avait lancé une étude sur l’offre exportable du Maroc en partenariat avec le ministère du Commerce et de l’industrie.

Technologies de l’information : un boom attendu après la crise
Pour Mehdi Alaoui, vice-président de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (Apebi), les mesures prises jusqu’ici par le secteur bancaire sont excellentes avec à leur tête le fait de décaler les mensualités au titre des crédits au profit des ménages et des entreprises. Pour lui, la mise en œuvre de ce mécanisme va rassurer les entreprises qui ont pris des crédits pour développer leurs activités. Ce qui est en soi un facteur fort pour débrider la situation et juguler la tension qui existe. Comme pour d’autres secteurs, celui des technologies de l’information a subi l’onde de choc du Covid-19 et plusieurs contrats ont été annulés. «En fait, le secteur des IT sortira parmi ceux qui seront gagnants de cette crise car l’on prendra conscience de l’importance de prioriser la digitalisation», a-t-il souligné. Ceci n’empêche que dès la première semaine de la pandémie des annulations de commandes ont été constatées chez les opérateurs des IT. Pour Alaoui, si les mesures prises sont excellentes, il va falloir aussi trouver des solutions pour les loyers qui restent une charge considérable pour un grand nombre d’opérateurs.


Abdellah El Fergui
Président de la Confédération des TPE-PME

Ces mesures concernent les moyennes et grandes entreprises et non pas les TPE. Par exemple, celles-ci prévoient des crédits d’investissement et des crédits de fonctionnement, mais lorsque les TPE vont voir les banques ces dernières exigent des conditions draconiennes. Ces décisions prises ne concernent que les entreprises qui sont toujours en activité. Nous avons lancé une étude pour connaitre l’impact de la crise sur les TPME et selon les premiers résultats, plus de 83% de ces petites structures, qui sont au nombre de 5 millions, sont en arrêts d’activité même avant l’entrée en vigueur du confinement. Comment peut-on alors parler de crédit de fonctionnement? Nous demandons depuis des années la création d’une banque d’État dédiée aux TPME comme cela a été fait en France. Nous n’avons cessé de contacter le chef de gouvernement et les différents partenaires mais en vain. Cela dit, nous sommes d’accord pour la première fois avec la CGEM lorsque son président a dit que les banques doivent faire plus d’effort. Dans cette crise, tout le monde va sortir perdant, mais il faudra minimiser et partager les pertes. Nous estimons que les TPME sont exclues des grandes décisions. Par ailleurs, l’étude que nous menons actuellement a révélé que 60,3% des entreprises sondées affirment ne pas être au courant des mesures prises par le gouvernement contre près de 17% qui en ont une idée. Plus de 92% des structurées sondées n’ont contacté aucun organisme car elles n’en connaissent pas. Sur un autre registre, on parle de report de crédit de trois mois. Cette mesure ne nous convient pas. Supposons que les TPME arrivent à relancer leur activité après la pandémie, est-ce qu’elles auront une trésorerie qui leur permettra de payer leurs crédits bancaires dès juin ? C’est impossible. Aussi nous avons demandé un report de 18 mois des crédits bancaires. Nous avons également réclamé un fonds spécial dédié aux TPE.

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