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L’eau, une préoccupation majeure au Maroc

Le Maroc vit des cycles de sécheresse de plus en plus récurrents et rapprochés. Cette situation, induite par la hausse des températures et surtout par l’irrégularité des précipitations sous l’effet du changement climatique, occasionne des pénuries sévères d’eau qui, à la longue, peuvent menacer la sécurité alimentaire du pays. Cette année, les retenues des barrages sont à des niveaux tellement préoccupants que le Souverain s’est saisi de la question de l’eau et appelle à la mobilisation.

Le stress hydrique gagne du terrain au Maroc. Sous l’effet de sécheresses de plus en plus récurrentes, induites par la hausse des températures et l’irrégularité des précipitations, l’eau se fait désormais rare dans le pays. Cette année, les niveaux des retenues des barrages sont particulièrement bas. Le 17 octobre, à la faveur des récentes précipitations, le taux moyen de remplissage des barrages était juste de 25,5%. L’agriculture, qui accapare 83% de ces eaux à travers l’irrigation, est sous la menace. Les industriels et les populations, qui se partagent les 17% des ressources en eau restantes, aussi.

Une mobilisation générale
La situation est tellement préoccupante que le Souverain s’est saisi de la question pour appeler à la mobilisation générale autour de la préservation des ressources en eau. A cet effet, le ministre de l’Equipement et de l’eau, Nizar Baraka, a réuni, la semaine dernière, le Comité national chargé du suivi de l’état de l’approvisionnement en eau pour faire le point sur la situation de l’eau au niveau national, sur les mesures engagées pour faire face à la pénurie d’eau et pour préparer la mise en place du Comité de pilotage du programme national 2020-2027 d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation.

À cette occasion, le ministre a souligné l’impérieuse nécessité d’accélérer les chantiers déjà programmés et d’actualiser le programme national d’eau potable et d’irrigation 2020-27. Il a appelé à l’accélération des chantiers de construction de barrages en cours, des réseaux de raccordement à l’eau, des usines de dessalement d’eau de mer déjà programmées ainsi que des programmes visant la réutilisation des eaux usées. Ceci sans oublier la nécessité de lancer immédiatement des programmes d’économie d’eau au niveau des différents secteurs concernés.

Plusieurs recommandations de long terme
Ces mesures suffisent-elles à régler le problème de l’eau structurel au Maroc ? Peut-être oui temporairement, mais non à long terme. Le CESE, le Nouveau modèle de développement (NMD) et dernièrement la Banque mondiale sont unanimes (voir recommandations). Selon ces différentes institutions, le problème de l’eau au Maroc ne se situe pas au niveau de l’offre, mais plutôt à celui de la demande. C’est à ce niveau qu’il faut agir. «La sécurité hydrique du pays est précaire. Elle reflète la forte vulnérabilité du Maroc au changement climatique face à des usages de l’eau qui n’intègrent pas sa rareté.

La tarification de l’eau potable, industrielle ou d’irrigation ne traduit pas le coût réel de la ressource et ne favorise pas le recours aux ressources alternatives», remarque le NMD. Même son de cloche de la Banque mondiale qui va même plus loin en recommandant de mettre en place un système de quotas ; tandis que le CESE insiste sur la gouvernance par la gestion intégrée des ressources en eau (voir encadré). Ces institutions, qui recommandent des mesures à moyen et long termes, ont sans doute raison. Avec les risques de changement climatique qui se manifesteront chaque année un peu plus, le stress hydrique risque d’aller également crescendo.

En effet, le Maroc est particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique sur les ressources en eau et leurs usages à cause, notamment, d’une dégradation croissante de ces ressources. Une dégradation due à la surexploitation, la pollution, la salinisation et la diminution de la pluviométrie, ainsi qu’à l’accroissement de la demande agricole et urbaine… S’adapter aux effets du changement climatique sur les ressources en eau nécessitera des ajustements techniques, politiques, institutionnels et comportementaux à mettre en œuvre de manière dynamique.

Les reco’ du CESE

* Prendre des mesures de sensibilisation urgentes afin d’agir sur le comportement des usagers. Ceci, en mettant en œuvre une stratégie de communication pour sensibiliser les citoyens, les collectivités locales et les acteurs économiques… de l’importance capitale d’adopter des comportements écoresponsables à l’égard de l’eau. Et dans ce but, il faut rompre avec la pratique d’arrosage des espaces verts publics et des différentes structures sportives avec l’eau potable par un recours systématique à la réutilisation des eaux usées.

* Prendre des mesures d’ordre institutionnel et réglementaire en systématisant l’étude d’impact et d’efficacité hydrique pour les projets d’investissements, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme. Et instaurer, en plus, le recours à l’arbitrage du Chef du gouvernement dans ce domaine.

* Prendre des mesures d’ordre stratégique pour une meilleure allocation des investissements dans le domaine de l’eau. Et ceci, en accélérant le recours massif aux ressources hydriques non conventionnelles, notamment à travers la généralisation du dessalement de l’eau de mer pour les zones côtières et la réutilisation des eaux usées épurées.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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