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Informel : l’économie souterraine recule, mais inquiète toujours

Les spécialistes de Bank Al-Maghrib viennent de rendre publique une étude sur le secteur informel au Maroc. Les résultats de l’enquête montrent, certes, une baisse du poids des activités souterraines, mais un pan important de notre économie échappe au regard et à la régulation de l’État.

Le contrôle de l’État sur les activités productrices de biens et services s’est considérablement accru ces dernières années, en témoigne une étude de Bank Al-Maghrib (BAM). Le document de 40 pages n’a rien d’inédit, car il y a eu d’autres études similaires. Le HCP et le FMI, par exemple, se sont livrés à cet exercice par le passé. L’étude de BAM, réalisée par Kamal Lahlou, Hicham Doghmi et Friedrich Schneider, réactualise le sujet toujours aussi clivant de l’économie souterraine. Les résultats montrent que la part de l’économie informelle se situe en dessous de 30% du produit intérieur brut (PIB) entre 2009 et 2018. Mais, avant cette phase, les enquêteurs ont également constaté qu’au cours de la période 1989-1998, l’économie informelle a quasiment stagné à environ 40% du PIB, avant de chuter à 32%-34% du PIB au cours de la période 1999-2008.


Une batterie de mesures
Cette même tendance à la baisse se poursuit, mais à un rythme plus modéré, selon les auteurs de ce document de recherche. Ils ne se sont pas limités à ces constats qu’ils attribuent aux stratégies mises en œuvre depuis le début des années 2000 pour améliorer l’environnement institutionnel, économique et financier. Les chercheurs ont formulé une batterie de mesures à même de permettre l’intégration de l’informel, dont notamment le renforcement de la coordination et le suivi des politiques qui ciblent l’économie de l’ombre, l’évaluation continue de l’évolution de cette économie et le renforcement du système de détection, grâce à l’échange d’informations entre les différentes institutions. De même, ils préconisent le développement des capacités et processus de l’administration fiscale pour des contrôles fiscaux plus ciblés, la perception des impôts et cotisations sociales par une seule administration et la mise en place de mesures d’incitation fiscale, et ce, à travers de larges consultations entre les différents acteurs. Il s’agit également de mettre en place des campagnes de sensibilisation du public aux avantages du travail déclaré, du renforcement de la digitalisation de l’administration publique, ainsi que du développement de l’utilisation des paiements électroniques dans le cadre de la stratégie nationale d’inclusion financière. La persistance d’importantes activités informelles nécessite des réformes structurelles supplémentaires, notamment celles liées à l’éducation, au système judiciaire, à la politique fiscale et au marché du travail, estiment ces chercheurs.

«Ne rien faire» ou «éradiquer l’informel»
Concrètement, pour couper la tête du serpent, Kamal Lahlou et ses confrères mettent en avant trois modi operandi. Dans un premier temps, la parade consiste à «ne rien faire». Car pour les chercheurs, l’informel est source de création de nouvelles entreprises, lesquelles peuvent devenir des entreprises émergentes. Ensuite, ils proposent d’agir, mais avec beaucoup de pédagogie, en rendant la procédure plus attractive. Enfin, ils recommandent d’«éradiquer l’informel». Un choix lourd de conséquences qui nécessite une certaine retenue. «Lorsqu’une telle politique est mise en œuvre de manière accélérée et sans identifier les raisons qui poussent les gens à aller vers l’informel, cela peut conduire au chômage, à la pauvreté et aux tensions sociales», nuancent les experts. Dans tous les cas, si la vigilance de l’État s’est accrue ces dernières années, un pan important de l’économie nationale échappe encore au contrôle du fisc, et l’évolution du poids de l’informel dans l’économie a connu des pics significatifs entre 1990 et 2019, selon les trois chercheurs. Or, la persistance de l’informel dans une économie accable son potentiel de croissance. À cela il faut ajouter la fragilité de l’emploi, la précarité des travailleurs, l’absence de filet ou de protection sociale, et l’évasion fiscale sachant que le manque à gagner se situe à 6,7% d’écart par rapport au PIB entre 2013 et 2017. En comparaison des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Maroc est encore loin du compte. En effet, la moyenne des pays de l’OCDE est de 17,2%, alors que dans la région Mena, le poids de l’économie souterraine est estimé à 25%. 

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco

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