Éco-Business

Filière avicole : les producteurs marchent sur des œufs

Après deux ans de Covid-19, les producteurs avicoles, qui s’attendaient à un répit, doivent faire face à la hausse des matières premières sur le marché mondial, laquelle influe sur leurs coûts de production. Aujourd’hui, ils disent vendre quasiment  à perte.

La filière avicole a connu un développement important ces dernière années, couvrant désormais 100% des besoins en viandes de volailles et en œufs de consommation, mais son élan a été brutalement freiné par la crise du Covid-19.

Adossée à l’activité touristique et à la restauration, deux secteurs durement impactés par la pandémie, cette activité a été confrontée à une baisse drastique de la demande. Ceci s’est traduit par une chute des prix de vente et des pertes globales évaluées à plus de 4 milliards DH (MMDH) pour l’ensemble de la filière.

Aujourd’hui, malgré la relance économique généralisée avec, notamment, l’ouverture des frontières, celle des restaurants et hôtels et l’arrivée de touristes étrangers, les producteurs avicoles marchent encore sur des œufs. Si, avant la hausse des matières premières sur le marché mondial, la production avait brièvement renoué avec la croissance, «les choses se sont tassées quelque peu» depuis l’éclatement du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, constate Jerrari Chaouki, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc.

Cette guerre a entrainé, en effet, une hausse successive des prix des matières premières, laquelle s’est répercutée sur celle des prix des aliments et des coûts de production, explique notre interlocuteur.

Actuellement, ces derniers tutoient les 15,5 DH/kg alors que les producteurs sont obligés de vendre leurs poulets quasiment au même prix. «Même si les éleveurs augmentent le prix de vente de leur production, ils n’arriveront pas à compenser la hausse des prix des matières premières», ajoute Jerrari qui espère une aide significative de la part de l’État pour la filière car, selon lui, la production continue à baisser, malgré la relance économique, alors que les aliments sont hors de prix pour les éleveurs.

La filière est passée d’une production hebdomadaire de 10 millions de poussins avant la crise du Covid à 8 millions actuellement, soit une contraction de 20%, regrette le SG de la FISA qui reste cependant optimiste, notamment avec la fête de l’Aïd el-Fitr où le poulet est très prisé par les consommateurs. Seulement voilà, la fête ne dure que deux jours alors que le secteur fait face à des goulots d’ordre structurel.

Pour rappel, la filière avicole avait enregistré des performances impressionnantes entre 2000 et 2019 avec un accroissement moyen annuel de 6,5% des viandes de volailles (poulet de chair et dinde), de 5% de la production d’œufs et de 3,8% de la consommation d’œufs, selon le tout dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Le document pointe du doigt, notamment, le segment de la commercialisation qui demeure le point faible de la filière en raison de l’importance de l’informel au niveau de l’abattage, avec une prédominance des tueries. Ces dernières ne répondent pas aux normes sanitaires et mettent en danger la santé du consommateur, souligne le CESE. Et d’ajouter que plusieurs indicateurs témoignent de cette situation, à savoir que seulement 20% des ventes de volailles à la ferme s’orientent vers les circuits modernes contre 80% qui empruntent le circuit traditionnel.

Notons que le circuit moderne est composé uniquement de 27 abattoirs avicoles agréés et contrôlés par l’ONSSA, contre 15.000 unités d’abattage traditionnelles (ryachates), principalement alimentées par le marché de gros aux volailles vivantes. À cela s’ajoutent les mauvaises conditions de travail dans les tueries, avec des espaces qui regorgent de facteurs de contamination (sang, viscères abandonnés, plumes éparpillés), impactant la santé du citoyen, poursuit le CESE pour qui cette situation entraine des effets néfastes sur l’environnement avec une quantité importante de déchets générés.

Toujours selon ce même rapport, une partie de ces déchets est déversée dans les canaux d’assainissement et l’autre, abandonnée généralement dans les décharges publiques sans traitement préalable. Ce qui met en péril la nappe phréatique.

En amont de l’activité, la situation est meilleure, le poulet produit à la ferme étant suivi et contrôlé par l’ONSA, se défendent les professionnels qui reconnaissent, cependant, que des efforts restent à faire sur le plan de la commercialisation.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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