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Bachir Baddou, DG de la Fédération des sociétés d’assurances: « La reprise sera lente »

Entretien avec Bachir Baddou. Directeur général de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance.

Comment s’est comporté le secteur des assurances face à la crise sanitaire ?
Les sociétés d’assurances ont fait preuve d’une grande agilité et beaucoup de flexibilité, en mettant très rapidement en télétravail plus de 60% de leurs ressources avec une priorité absolue à leur sécurité et celle de leurs clients et leurs réseaux de distribution. Il s’agit d’un véritable challenge pour maintenir la continuité des activités, puisque les équipes travaillent sur des applicatifs métiers et doivent avoir accès à des dossiers physiques pour pouvoir servir au mieux la clientèle. En parallèle, les entreprises d’assurances ont été à l’écoute de leurs assurés, notamment les plus impactés par la crise en les accompagnant pour les aider à traverser au mieux cette période difficile. Les mesures prises ont été nombreuses et concernent plusieurs aspects. Je ne peux pas toutes les citer, mais je tiens à souligner, particulièrement, celle liée au rabais de prime en assurance automobile équivalent à 30% de la prime relative à la période de confinement. Les agents et les courtiers ont également été fortement soutenus par les entreprises d’assurances puisque les plus impactés par la crise ont reçu un don pour leur permettre de couvrir une partie de leurs frais fixes alors que d’autres ont bénéficié d’un prêt à taux bonifié.


Les primes émises par le secteur sont en baisse de 17% par rapport à août 2019. Qu’en pensez-vous ?
La comparaison entre août 2020 et août 2019 n’est pas pertinente. Il faut comparer l’évolution sur les huit premiers mois de l’année. Cette démarche permet de constater que les primes émises ont stagné en comparaison avec 2019 et les primes RC automobile ont connu une baisse de 2%. Il n’est pas exclu que la baisse soit plus prononcée d’ici la fin de l’année puisque des ajustements sur certains contrats sont attendus, notamment en assurance santé et accident du travail, pour des entreprises qui ont fortement réduit le nombre de leurs salariés ou encore certaines sociétés qui ont retiré un nombre important de véhicules de leurs flottes automobile. Nul ne peut aujourd’hui s’avancer sur l’évolution des primes au 31 décembre 2020, mais il est acquis que la croissance sera lente.

Quelles sont les actions de la FMSAR pour accompagner les compagnies d’assurances dans le contexte actuel ?
Le rôle de la fédération est de créer les conditions nécessaires pour que nos membres puissent interagir et partager les sujets d’intérêts communs. Par la suite, la fédération les structure en échangeant notamment avec notre autorité de supervision lorsqu’il s’agit de questions techniques liées à notre solvabilité, à nos règles de provisionnement de gouvernance ou autre. La fédération agit également pour le compte du secteur auprès des différents ministères et essentiellement celui de l’Économie et des finances en fonction des thématiques.

Comment jugez-vous l’avenir du secteur ?
La dynamique de notre secteur est intimement liée à celle de l’économie nationale. Ceci-dit, notre activité a fait preuve de résilience et elle continuera à jouer son rôle de protection des biens et des individus et à accompagner le développement économique et social par la collecte de l’épargne et sa réallocation dans des investissements productifs. Ce n’est pas tant le rythme de croissance qui importe, mais bien l’évolution équilibrée des différentes familles de produits au bénéfice des assurés.

En termes d’innovation, quels sont les axes essentiels pour assurer une meilleure reprise du secteur ?
Nous avons deux axes essentiels sur lesquels nos membres ont beaucoup travaillé depuis le mois de mars de cette année. Le premier concerne la digitalisation pour laquelle une étude stratégique est en cours avec notre autorité de supervision. Il s’agit d’accélérer leur transformation digitale sur toute la chaîne de valeurs et non pas exclusivement sur la distribution. Le deuxième point est celui de l’inclusion financière pour laquelle nous disposons d’une feuille de route tracée avec notre autorité de supervision en lien avec la stratégie nationale de l’inclusion financière qui devrait permettre, à terme, d’améliorer sensiblement le taux de pénétration de l’assurance.

Selon vous, quels seraient donc les enjeux actuels du secteur des assurances ?
L’un des enjeux majeurs est de maintenir une croissance rentable dans un contexte hyper concurrentiel. Par ailleurs, de nouveaux risques apparaissent et nécessitent la mise en place de couverture spécifiques par les assureurs. Ce n’est pas toujours facile et la pandémie liée à la Covid-19 en est un exemple édifiant. Parmi les nouveaux risques figure celui lié à la cybersécurité. Il est difficile à cerner et à modéliser, mais les assureurs sont tenus d’y apporter des réponses. Deux autres enjeux me viennent en tête. Le premier est lié au changement climatique, notamment pour la partie inondation, pour lequel un dispositif de couverture a vu le jour à compter du 1er janvier 2020. Le deuxième est lié à la baisse de la courbe des taux qui menace le rendement des contrats de retraite et d’épargne par capitalisation. Nous travaillons beaucoup sur l’ensemble de ces sujets à la fédération avec nos membres.

Quelles lacunes reste-t-il à combler en termes de réglementation ?
Notre secteur dispose d’un cadre moderne, mais toujours en mouvement pour converger vers les meilleurs standards édictés par l’Association internationale des contrôleurs d’assurance. Nous poursuivons les travaux avec l’ACAPS pour implémenter la nouvelle norme de solvabilité basée sur les risques. Nous serons ainsi l’un des rares pays arabes et africains à disposer d’une réglementation aussi aboutie.

Sanae Raqui / Les Inspirations éco Docs

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