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Gouvernance financière : clubs hors-la-loi

Said Naciri, président du WAC. Le club n’a pas publié ses rapports financiers pour les saisons 2014-2015 et 2015-2016.

Curieusement, ce sont les grands clubs censés être les locomotives du football national qui bafouent les règles de bonne gouvernance financière. Wydad, As FAR, Raja…

Énigmatique Naciri
Le comité du Wydad Club Athletic a décidé, encore une fois, de reporter son assemblée générale ordinaire qui était programmée la dernière semaine du mois de décembre. Il s’agit du énième report depuis six mois, pour des raisons non déclarées, sachant que la réglementation en vigueur est claire. Il est, en effet clairement stipulé que «le délai de rigueur pour tenir les assemblées générales des associations sportives du football d’élite est le 31 juillet de chaque année». Il faut rappeler que depuis que Saïd Naciri a pris les rênes du club, il n’a jamais produit de rapport financier. Résultat: à valeur d’aujourd’hui, le mystère demeure entier sur les finances du club. Pour trouver un semblant d’élèments chiffrés, il faut remonter à novembre 2015 quand Naciri avait tenu une assemblée générale pour le moins rocambolesque durant laquelle il s’était contenté de littérature avec quelques bribes de chiffres renvoyant le débat sur le bilan financier, et son approbation, aux calendes grecques.

Aujourd’hui, tous les observateurs savent que le club casablancais n’a apparemment pas de soucis de trésorerie mais son modus operandi pose problème car l’origine des fonds abondants demeure inconnue, en l’absence de livres comptables conformes, ce qui est interdit par la loi des associations. Interrogé quant à ce retard pris dans la déclinaison du bilan financier, Naciri déclarait sans détour, à nos confrères d’Al Ayam, que «le rapport est prêt depuis juin 2016, mais nous nous attelons à des questions de fond comme l’acquisition d’un lot de terrains et la préparation du statut de société anonyme». Et d’ajouter que «de toute façon, la FRMF a procédé à la rétention de nos droits TV mais que dès la tenue de l’assemblée générale, elle nous les rétrocèdera». «Faux», nous déclare un membre du comité directeur qui confirme que «ce retard est accusé suite à des difficultés rencontrées dans la justification de certaines dépenses». Curieux de la part de celui qui est le président de la Ligue nationale du football, LNF, et qui devrait donc donner l’exemple aux autres clubs au lieu de prendre à la légère ce fâcheux dysfonctionnement qu’est l’opacité des finances. Au 23 décembre 2016, les adhérents du WAC n’avaient pas encore reçu de convocation pour une éventuelle assemblée générale du 6 janvier 2017, comme Naciri l’a laissé entendre, ce qui met le club en porte-à-faux vis-à-vis de la réglementation des assemblées générales des associations. Ce texte stipule que 15 jours fermes devraient séparer la réception par les adhérents de la convocation, des rapports financiers et moral et la date de l’AG annoncée.

Hosni benslimane, président de l’As FAR. Le club n’a jamais publié de rapports financiers depuis sa création !

Le cas AS FAR
Depuis que l’association des FAR a intégré le football d’élite, il y a soixante ans, elle n’a jamais publié de bilan financier. Même les assemblées générales étaient tenues loin des radars des médias et rien, ou presque, n’en filtrait. On ne s’attardait pas trop sur cette opacité du temps de l’amateurisme où l’argent du football était limité et les joueurs de l’As FAR étaient tous des militaires affiliés au régime de travail de ce corps. Or, depuis que le football national s’est ouvert aux finances publiques avec subventions, droits TV…, les clubs (dont l’As FAR) ont lourdement investi le marché des transferts et les budgets ont triplé, voire quadruplé. Une situation qui requiert une tenue d’assemblées générales régulières selon le calendrier exigé par le ministère de la Jeunesse et des sports mais que l’As FAR continue à ignorer royalement ! Les présidents des différents clubs dénoncent tout bas l’inégalité des chances quant à l’utilisation de l’argent public. Aujourd’hui, au moment où la FRMF verrouille l’accès au marché des transferts de joueurs avec l’exigence de la transparence financière, l’As FAR décide de recourir -pour la première fois de son histoire- aux joueurs étrangers et devient ainsi un club comme les autres. Il y aurait déjà un joueur du Burkina Faso en test avant embauche alors que le club ne s’est pas encore conformé au cahier des charges de la FRMF quant aux finances et à la trésorerie ! L’As FAR continuera-t-elle d’ignorer les réglementations et les conditions de la FRMF ? C’est justement sur cette question que la Fédé sera attendue par tous les autres clubs.

Le lourd héritage des Verts
Quand le nouveau président, Said Hasbane, a lancé un pavé dans la mare en déclarant le club du Raja en quasi situation de cessation de paiement de par un passif d’endettement de plus de 160 MDH, le monde du football marocain est tombé sur la tête. Or, nonobstant la véracité ou non du chiffre contesté par le président sortant (Mohamed Boudrika), il était bien connu que le club dépensait l’argent qu’il n’avait pas au vu des chiffres hallucinants de dizaines de joueurs recrutés en quatre années, et dont plus de la moitié n’ont passé que quelques semaines dans les rangs du clubs. Pour régler ces cas, les gestionnaires du club recourru à des résiliations à l’amiable avec tantôt le déboursement de chèques conséquents, tantôt des traites qui s’avéraient par la suite impayées et qui sont encore objet de bien des litiges sur les bureaux de la FRMF, voire la FIFA. C’est justement ce cas qui a mis la puce à l’oreille de la FRMF, la poussant à mettre en place d’urgence les termes du fair-play financier. Ce que devait faire déjà le comité de Ali Fassi Fihri, alors président de la FRMF, au lancement du football professionnel il y a cinq années. Aujourd’hui, cette situation est doublement mise devant les tribunaux avec un recours du comité directeur actuel d’une part, et un recours de certains adhérents en quête de transparence par la revendication d’un audit judiciaire. Entre-temps, le Raja traîne encore bien des casseroles et se trouve assailli par des demandes de recouvrement pas toujours justifiées ! Une situation qui ne sera disséquée qu’après avoir levé le voile sur la rationalité ou non de tous les contrats signés depuis au moins trois saisons.


Lakjaa, impuissant ?

Fouzi Lakjaa, président de la FRMF, a hérité d’un pseudo-professionnalisme amputé des règles de base d’une gestion financière saine. On peut lui reprocher d’avoir tardé à mettre en place ces règles et d’être indulgent face aux dysfonctionnements constatés au niveau de grands clubs comme la non tenue des assemblées générales dans les délais et le manque de transparence dans les contrats de joueurs, source de tous les maux de clubs marocains. En effet, qu’est-ce qui empêcherait la FRMF de rendre publics les termes des contrats comme cela se fait ailleurs ?

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