Opinions

Vaccin anti-Covid-19 : que fait le Maroc ?

Par Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales 

Toutes les prévisions de la croissance pour 2021, tablant sur un rebond rapide et vigoureux de l’économie, prenaient en considération la mise en œuvre du vaccin seul, à même de contenir la propagation du virus, d’assurer l’immunité collective et de retrouver une vie normale. Des déclarations rassurantes ont été faites dans ce sens. Il a été annoncé que le Maroc sera parmi les premiers pays à procéder au vaccin de sa population qui devrait normalement commencer bien avant la fin de l’année 2020. Bien sûr, les citoyens ne pouvaient que croire à la parole de leurs dirigeants et se réjouir de ces bonnes nouvelles. Malheureusement, les jours passent et aucun vaccin ne se profile à l’horizon. Nous assistons au contraire à une série de spéculations et de déclarations contradictoires de certains milieux non officiels, voire à des échanges polémiques entre des spécialistes de la santé. Du côté du gouvernement, et en premier lieu du ministre de tutelle, c’est «silence radio», malgré les diverses interpellations des parlementaires. Ce silence est pour le moins inadmissible. Il constitue un mépris pour le peuple marocain qui a le droit de savoir et de se tenir régulièrement informé sur tout ce qui se passe dans le pays, surtout sur un domaine qui a trait à la santé des citoyens.


Reconquérir la confiance des citoyens
Par un tel comportement, le gouvernement contribue à alimenter la défiance et le développement de la rumeur, ainsi qu’à conforter les thèses pessimistes et conspirationnistes en tous genres qui sont, par définition, hostiles à tout vaccin. Ce faisant, le gouvernement est en train de saper la confiance, considérée comme une condition fondamentale à la croissance économique comme l’ont très bien démontré plusieurs économistes depuis Adam Smith. Car si le peuple ne retrouve pas la confiance nécessaire, n’a pas de visibilité sur son avenir immédiat (pour ne pas parler du moyen terme), on ne peut pas obtenir son engagement : l’engagement d’entreprendre qui nécessite une vision sur au moins une année ; l’engagement de consommer et de puiser, pour certains, dans leur modeste épargne ; l’engagement d’être un citoyen pleinement mobilisé au service de la patrie… C’est pour cela que le gouvernement est appelé à sortir de son silence et à s’expliquer pour convaincre et rassurer. Personne n’exigera de lui l’impossible, mais juste qu’il nous parle, qu’il nous dise la vérité, qu’il nous donne un horizon et nous permette enfin d’espérer et de respirer.

Loi de Finances 2021: les engagements seront-ils tenus ?
Notre pays a engagé des efforts louables pour faire face à la pandémie et réduire son impact sur les plans économique et social. Ces efforts ont été couronnés par l’adoption d’un plan de relance jugé ambitieux de 120 MMDH, soit 11% du PIB, même s’il reste encore à en préciser l’affectation par secteur et sa déclinaison territoriale. Ce plan, qui est préparé dans l’hypothèse d’un retour progressif à la normale suite à une vaccination massive de la population contre la Covid-19, risque bien de trébucher si les marges d’incertitude ne font que s’élargir. Les hypothèses de la loi de Finances 2021 commencent à montrer leurs limites. Par conséquent, les prévisions économiques élaborées sur la base de telles hypothèses sont devenues plus vulnérables que les prévisions climatiques. Le dernier rapport du Haut-commissariat au plan (HCP) sur le budget prévisionnel 2021 est rédigé, à juste titre, de bout en bout à la forme conditionnelle. C’est dire le flou dans lequel le monde et le Maroc évoluent. Et d’après les données du HCP qui sont légèrement différentes de celles fournies par le ministère des Finances, le Maroc ne retrouverait le niveau de sa richesse de 2019 que vers la fin 2022. Dans ces conditions, aucun atermoiement et perte de temps ne seront tolérés. Tout doit être fait pour maintenir la mobilisation du pays autour des objectifs formulés et annoncés clairement. La mobilisation exige bien évidemment un minimum de confiance, laquelle exige à son tour plus de transparence dans la gestion des affaires publiques. À commencer par le respect de la parole donnée. 

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