Opinions

Travailleurs domestiques: grande loi, infimes acquis

Au Maroc, c’est une population qu’aucune organisation ne représente. Et si, depuis l’avènement de la crise sanitaire, nombreuses sont les activités à avoir pressé le bouton rouge pour alerter sur leur situation économique et l’appauvrissement de leurs travailleurs, les travailleurs domestiques, eux, ont eu à se contenter des indemnités exceptionnelles accordées au secteur informel, sans plus ! Or, nous avons tendance à l’oublier, le travail domestique n’est plus une activité informelle depuis qu’une loi en bonne et due forme est entrée en vigueur pour réglementer ce périmètre. Un cadre législatif qui a fait beaucoup de bruit et suscité bien des tiraillements afin, disait-on, de protéger cette catégorie d’actifs et de préserver ses droits.

L’instauration de l’obligation d’un contrat de travail, avec les obligations mais surtout les droits qui en découlent, a été brandie comme une grande avancée au profit des travailleurs domestiques. Mais aujourd’hui, combien sont-ils, ces ménages qui déclarent leur personnel domestique ? Quid, alors, du volet coercitif prévu par cette «grande» loi ? De récentes données de l’Organisation internationale du travail viennent nous confirmer à quel point cette population, précaire dans sa grande majorité, a été violemment malmenée par les effets de la pandémie. Un rapport publié hier, dix ans après l’adoption d’une convention historique de l’OIT sur leurs droits, annonce que les employés de maison, dont 61,4 millions évoluent au sein de l’économie informelle, sont les plus touchés par les répercussions de la crise sanitaire. Autres constats : un peu plus d’un tiers de ces travailleurs (36%) demeurent totalement exclus du périmètre d’application du Code du travail, en particulier en Asie et dans le Pacifique ainsi que dans les États arabes.


D’ailleurs, même lorsqu’ils sont couverts par la législation concernant le travail et la sécurité sociale, la question de la mise en œuvre de ces droits reste une importante source d’exclusion et de travail informel.

Selon le rapport, seul un employé à domicile sur cinq (18,8%) bénéficie d’une couverture sociale effective liée à son travail. Au Maroc, où le chantier de généralisation de la protection sociale est désormais amorcé, la situation de cette catégorie professionnelle demeure une équation cruciale à résoudre. Et, hélas, elle est loin d’être la seule concernée. 

Meriem Allam / Les Inspirations Éco

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