Opinions

Journée mondiale de la schizophrénie : unanimité pour des protocoles thérapeutiques unifiés et standardisés

Dr Anwar Cherkaoui 
Responsable de la communication médicale au CHU de Rabat

La communauté internationale a célébré, en date du 24 mai, la Journée mondiale de la schizophrénie. Ce jour correspond à la date où un grand médecin français avait libéré, dans les années 1700, des patients atteints de maladies mentales et qui étaient, le plus souvent, enchaînés.


Néanmoins, ces malades sont, encore en 2022, cachés et gardés prisonniers dans des sociétés comme les nôtres.Le Congrès national de psychiatrie, qui se tiend à Marrakech les 27 et 28 mai, porte sur la schizophrénie, dans l’objectif de lever le voile sur une des pathologies mentales les plus graves et les plus complexes qui soient. Des psychiatres du secteur universitaire, public, privé et militaire ont pour mission d’élaborer les premiers protocoles nationaux de prise en charge de cette maladie.

On estime à 340.000 le nombre de Marocains qui souffrent de schizophrénie et on en compte 24 millions à travers le monde, soit une personne sur 300. C’est ce que révèle le Pr Abderrazzak Ouanass, président de la Société marocaine de psychiatrie et médecin directeur adjoint de l’hôpital universitaire psychiatrique du CHU de Rabat-Salé.

Le principal enjeu de cette rencontre de formation médicale continue en psychiatrie est l’élaboration de protocoles thérapeutiques de la schizophrénie, et ce, pour la première fois dans le Royaume, précise le Pr Ouanass.

Ces protocoles seront élaborés après des concertations approfondies et consensuelles entre les psychiatres marocains et étrangers, tous secteurs confondus, (universitaire, public, privé et militaire) et en se basant sur des recommandations internationales d’institutions comme l’OMS.

Par conséquent, ce guide thérapeutique constituera, dorénavant, une référence scientifique nationale pour toute prise en charge thérapeutique de la schizophrénie. De même, le respect de ces protocoles par les médecins prescripteurs sera le garant et la base sur lesquels les organismes de remboursement des frais de soins psychiatriques pourront accepter ou rejeter un dossier médical relevant de cette pathologie complexe et chronique.

Il faut rappeler que plusieurs études parcellaires, réalisées par le passé, montrent que 75% des familles marocaines vivant avec un malade schizophrène, ne comprennent pas cette maladie et beaucoup ont tendance à faire appel à la «sorcellerie» plutôt qu’à la médecine moderne.

Ces mêmes études rapportent que 70% des personnes souffrant de cette pathologie mentale sont passées par la case guérisseurs traditionnels, herboristes, fqihs ou d’autres formes de charlatanisme.

Toutes les rencontres scientifiques sur la psychiatrie, régionales ou nationales, évoquent cette réalité sociale, face à l’incompréhension de la maladie par les familles, regrette Pr Ouanass. À noter que la schizophrénie, qui touche 1% des Marocains, est une maladie caractérisée par la perte de contact avec la réalitén.

L’OMS classe cette psychose parmi les 10 maladies les plus handicapantes. Elle peut avoir des répercussions négatives sur tous les domaines de la vie, y compris le fonctionnement personnel, familial, social, éducatif et professionnel. Il s’agit d’une maladie qui reste méconnue, parfois des malades eux-mêmes.

Ainsi, environ un tiers des schizophrènes ne bénéficient pas du suivi médical qui pourrait améliorer considérablement leurs souffrances et leur existence. La maladie se caractérise par des manifestations qualifiées d’étranges (hallucinations auditives et visuelles, idées délirantes, propos incohérents), mais également par des symptômes tels que la dépression, l’apathie et des troubles cognitifs (troubles de la mémoire, de la motricité et de l’attention).

L’impact sur la vie quotidienne est important, et engendre bien souvent repli sur soi et désinsertion sociale, voire jusqu’à l’envie d’en finir : en effet, 40% des personnes qui en sont atteintes tentent de se suicider et 10% y parviennent. Jusqu’à récemment, on qualifiait cette pathologie mentale d’incurable. Mais, depuis, d’énormes progrès thérapeutiques ont été enregistrés et des innovations thérapeutiques seront présentées lors de ce congrès national de psychiatrie.

Pour le Pr Ouanass, il existe plusieurs options thérapeutiques efficaces contre cette maladie : les médicaments, la psychoéducation, les interventions familiales, la thérapie cognitivo-comportementale et la réadaptation psychosociale, par l’acquisition de nouvelles compétences pratiques.

Il rajoute que l’aide à la vie quotidienne, le logement avec services de soutien et l’emploi aidé sont des possibilités essentielles qui devraient être proposées aux personnes atteintes de schizophrénie. Des concepts nouveaux dans le contexte national… Enfin, une approche axée sur le rétablissement -visant à donner aux patients la possibilité de prendre des décisions au sujet de leur traitement- est essentielle pour les personnes atteintes de schizophrénie et pour les familles et/ou les aidants, insiste le président de la Société marocaine de psychiatrie.

Rappelons que l’objectif de cette dernière est, notamment, d’essayer d’éradiquer les mythes et les superstitions autour de la schizophrénie, lesquels retardent et bloquent une prise thérapeutique qui peut s’avérer efficace, si elle est faite selon les règles de l’art médical.


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