Maroc

Volaille : les prix flambent… la demande se maintient

Qui l’aurait cru ! La viande de poulet est devenue un luxe sur la table de nombreux ménages. Alors que les prix augmentent, les éleveurs peinent à se faire des marges. 

Dans les semaines à venir, manger du poulet, un produit largement démocratisé depuis que le Maroc est devenu autosuffisant en viande blanche, risque de devenir un luxe pour de nombreux Marocains. De 15,50 DH à 17,50 DH le kilo à la ferme, le poulet se vend à 20 DH le kilo au marché de détail.


Une importante hausse en l’espace de quelques semaines seulement et imputable à l’augmentation des prix des aliments. En réalité, la cherté de l’aliment n’est pas forcément la cause directe de la flambée des prix de la volaille.

«Nous obéissons aux lois de l’offre et de la demande et, aujourd’hui, la demande est plus importante que l’offre». Même si la filière est passée d’une production hebdomadaire de 10 millions de poussins avant la crise du Covid à 8 millions actuellement, soit une contraction de 20%.

Ces derniers jours, s’observe une légère correction, laquelle surfe sur la relance économique généralisée avec, notamment, l’ouverture des frontières, des restaurants et des hôtels puis l’arrivée de touristes étrangers, ainsi que la reprise de certaines activités festives comme les mariages, par exemple, explique Jerrari Chaouki, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc. De quoi titiller la demande avec l’arrivée des MRE et l’été qui se profile à l’horizon.

«Aujourd’hui, si vous appelez n’importe quel traiteur, il vous dira qu’il affiche plein»,  poursuit notre interlocuteur qui regrette toutefois que cette hausse de la demande ne puisse pas profiter aux producteurs de volaille. Une «anomalie» qui s’explique par le fait que le coût de production demeure très élevé alors que les capacités de production des éleveurs ont été durement affaiblies par la crise.

«Le coût moyen de production d’un poulet à la ferme est estimé à 15,50 voire 16 DH le kilo, coût transport non inclus, lequel a doublé», souligne Jerrari. Et d’ajouter qu’il arrive que des éleveurs perdent une partie importante de leurs productions à cause essentiellement des maladies.

Une demande plus forte que l’offre

Avec le prix de revient proposé sur le marché de détail, lequel est de 17 DH, rappelons-le, la marge paraît maigre voire inexistante ? Mais alors, qu’est-ce qui empêcherait les éleveurs d’accroître leur production afin de générer des revenus plus conséquents ?

«Nous ne sommes pas dans une usine où il suffit d’appuyer sur un bouton pour augmenter le volume de production, qui dans notre cas suit un cycle de 8 mois au minimum pour se réguler», répond Jerrari qui conteste toute hausse du prix du poulet à 25 DH/kg. Cependant, vu le contexte actuel marqué par la hausse généralisée des intrants, une flambée plus importante des prix du poulet au Maroc n’est pas à exclure.

«La Russie n’exporte quasiment plus alors que les pays d’Amérique Latine sont durement frappés par la sécheresse. Or, le Maroc importe de ces pays-là entre 98 % et 99% de son maïs et 100% de son soja», rappelle le secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc.

En ce qui concerne le tournesol, dont les graines ont une forte valeur nutritive pour les poules, la production locale couvre à peine une semaine de ravitaillement. Il faut noter que le royaume importe d’autres matières utilisées dans l’élevage de volaille, à savoir les minéraux et les vitamines, lesquels coûtent aujourd’hui excessivement cher.

Tous ces facteurs présagent une possible hausse plus importante du prix du poulet au Maroc, voire une pénurie. Si avant la hausse des matières premières sur le marché mondial, la production avait brièvement renoué avec la croissance, «les choses se sont tassées quelque peu» depuis l’éclatement du conflit russo-ukrainien, constatait Jerrari Chaouki dans une précédente édition.

Cette guerre a entraîné, poursuivait-il, une hausse successive des prix des matières premières, laquelle s’est répercutée sur celle des prix des aliments et des coûts de production.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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