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Vaccination au Maroc : un retour à la normale en mai ?

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Si la campagne de vaccination se déroule comme prévu, le retour à la normale au Maroc est espéré à partir du mois de mai. Il faudra compter douze semaines de vaccination plus vingt-huit jours après la fin de cette opération pour atteindre le seuil d’immunité collective. Mais cet objectif est tributaire de l’adhésion des citoyens.

Contre la Covid-19, la vaccination est la seule alternative ! Le Maroc entamera, dans les prochains jours, l’opération de vaccination après que le ministère de la Santé, sur avis de la commission nationale consultative, ait donné son feu vert au vaccin d’AstraZeneca/Oxford, commercialisé sous le nom «Covidshield». Quant à celui de Sinopharm, l’autorisation temporaire du département de Khalid Ait Taleb ne tardera pas à suivre. En tout, le Maroc devra recevoir quelque 66 millions de doses de vaccins. Dès le lancement de la vaccination, il faudra compter quatre mois pour atteindre l’immunité collective escomptée. Après les 12 semaines de vaccination, vingt-huit jours sont en effet nécessaires pour que les dernières doses de vaccins administrées donnent l’effet souhaité. Le retour à la normale est espéré à partir du mois de mai, comme l’a souligné mercredi le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb lors de sa sortie médiatique sur 2M.


Mobilisation générale
Pour atteindre cet objectif, la mobilisation collective est de mise. Les citoyens sont appelés à adhérer massivement à la campagne de vaccination. Scientifiquement, c’est l’immunité collective qui permet de casser la chaîne de transmission d’un virus et, ainsi, d’éteindre une épidémie, soit en laissant les gens s’exposer, soit en les vaccinant. Dans le cas de la Covid-19, la première solution s’avère dangereuse en raison du nombre des décès qu’elle risque d’engendrer. D’ailleurs, l’organisation mondiale de la santé a mis en garde contre toute tentative de parvenir à l’«immunité collective» en laissant se propager librement le virus car ce serait «problématique du point de vue scientifique et contraire à l’éthique». Mais quel seuil d’immunité doit-on atteindre ?
Selon l’OMS, le pourcentage de personnes qui doivent posséder des anticorps pour parvenir à l’immunité collective contre une maladie donnée dépend de chaque maladie. À titre d’exemple, l’immunité collective contre la rougeole est obtenue «quand environ 95 % d’une -population est vaccinée. Les 5 % restants sont protégés du fait que la rougeole ne se propagera pas -parmi les personnes vaccinées. Pour la poliomyélite, le seuil est d’environ 80 %».

S’agissant du nouveau coronavirus, les spécialistes estiment ce seuil à 50 ou 60 %. Le Maroc, lui, veut atteindre un taux d’immunité de 80 % en vaccinant quelque 25 millions de Marocains de plus de 18 ans. Parviendra-t-on à atteindre cet objectif ? Vu que la vaccination n’est pas obligatoire, le gouvernement mise sur la sensibilisation pour inciter les citoyens à se vacciner et à sauver des vies. Il faudra en effet dissiper les inquiétudes autour de la fiabilité des deux vaccins choisis par le Maroc. Le ministre de la Santé et les membres de la commission scientifique de vaccination rassurent quant à l’innocuité de ces deux vaccins bien qu’ils soient développés et validés en un temps record à l’instar des autres vaccins anti-covid qui ont vu le jour dans l’urgence. Les résultats des essais cliniques sont en effet rassurants, du moins jusque-là. Les autorités comptent rester aux aguets durant l’opération de vaccination pour détecter et traiter tout éventuel effet secondaire des deux vaccins.

Réussir l’opération de vaccination
Le Maroc est très attendu sur cette opération de vaccination d’envergure qui n’est pas facile à mener. L’enjeu est de taille. Certains pays ont eu du mal à bien démarrer la campagne de vaccination anti-covid malgré les moyens logistiques dont ils disposent. Du côté du gouvernement marocain, on estime que le Maroc est capable de relever le défi, car il est expérimenté en matière d’organisation des opérations de vaccination qui ont permis de mettre fin à nombre de maladies dans les quatre coins du Maroc. En 2013, une campagne nationale de vaccination contre la rougeole et la rubéole a touché 11 millions de personnes âgées de neuf mois à 19 ans. Pour la campagne contre la pandémie de la Covid-19, les préparatifs vont bon train depuis des semaines. Et tout est fin prêt pour entamer la campagne de vaccination. En coopération avec le ministère de l’Intérieur, tout le volet logistique a été mis en place tant sur le plan national que régional et local. Plus de 25.000 professionnels du secteur de la santé sont mobilisés en vue de mener à bien cette opération dont 11.000 en milieu urbain. En cas de besoin, ils seront épaulés par d’autres équipes (militaires, secteur privé, croissant rouge, étudiants en médecine…). Épuisé par la gestion de la pandémie depuis plus de 10 mois, le personnel de la santé attend avec impatience le démarrage de cette opération, afin de retrouver le rythme de travail d’antan. Certains d’entre eux se déplaceront dans des unités mobiles pour atteindre toutes les régions, même les plus reculées et difficiles d’accès. La priorité sera donnée aux personnels de première ligne, en l’occurrence le personnel de Santé, les autorités publiques, les forces de sécurité et le personnel de l’Éducation nationale, ainsi qu’aux personnes âgées et aux personnes vulnérables au virus; et ce avant de l’élargir la vaccination au reste de la population.

Modus operandi
Rappelons qu’un système informatique a été développé pour assurer la bonne gestion de la campagne de vaccination (acheminement des vaccins, gestion sur le terrain, suivi d’éventuels effets secondaires…). Tous les centres de santé concernés et les unités mobiles mobilisées à cette fin sont équipés en tablettes connectées pour introduire dans le système toutes les informations nécessaires qui serviront non seulement pendant l’opération de vaccination, mais aussi pour la période post-vaccination. Une grande partie des rendez-vous sera gérée en se basant sur les données de la carte d’identité nationale (CIN). Les personnes concernées recevront un SMS les informant du rendez-vous et du lieu de la vaccination. Les personnes qui n’ont pas de CIN devront s’inscrire auprès des autorités locales de leur lieu de résidence pour bénéficier de la vaccination. En attendant, les citoyens sont appelés à ne pas baisser la garde. Tant que l’immunité collective n’est pas encore atteinte, il faut respecter les gestes barrières. Tout relâchement risque de saper les efforts déployés.

Pourquoi deux vaccins ?

Depuis avril dernier, le Maroc était en quête d’acquisition du vaccin anti-Covid-19. Il fallait être proactif car les capacités de production des vaccins au niveau international ne peuvent pas répondre aux besoins de tous les pays. Des contacts ont eu lieu avec plusieurs sociétés de recherche et il a été, enfin, décidé d’opter pour le vaccin chinois de Sinopharm et celui d’Astra-Zeneca/Oxford. Principal avantage de ces deux vaccins : leur stockage ne nécessite qu’une température entre 2 et 8 degrés alors que d’autres vaccins nécessitent une conservation à – 70 voire 80 degrés, comme celui de Pfizer. Pour une large campagne de vaccination, le Maroc n’a pas les moyens logistiques pour assurer le stockage des vaccins qui nécessitent des températures très basses. Par ailleurs, l’accord avec Sinopharm porte sur le transfert de technologie de la Chine vers le Maroc en matière de production de vaccins. Dans ce cadre, une plateforme de production vaccinale de haute technologie sera créée à Tanger. S’agissant du vaccin d’Astra-Zeneca/Oxford, l’accord commercial conclu est avantageux pour le Maroc, selon le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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