Maroc

Test PCR : un parcours du combattant pour de nombreux Marocains

Les temps sont durs pour les Marocains amenés à quitter le territoire en pleine pandémie. La fermeture temporaire des frontières est une des mesures adoptées pour ralentir la propagation, mais comment gérer les vols spéciaux et les cas particuliers ? Les Inspirations ÉCO a suivi durant une semaine les citoyens, de la demande d’autorisation à la wilaya au fameux test PCR à effectuer avant le départ. Les coulisses de l’incompréhension.

Depuis le 6 août dernier et dans le cadre des mesures de prévention prises pour contrer la propagation de la Covid-19, les nationaux (détenteurs d’un passeport marocain et non-résidents à l’étranger) ne sont pas habilités à quitter le territoire, si ce n’est pour des raisons médicales, scolaires ou professionnelles. «Ce n’est pas stipulé dans le communiqué de presse, ce n’est qu’en venant demander à la municipalité que je me suis rendu compte que je pouvais me déplacer pour des raisons liées à mon travail, mais il faut un dossier en béton», confie Mohamed qui travaille entre la France et le Maroc et qui n’a pas pu honorer ses obligations depuis mars dernier. «Je comprend tout à fait que nous sommes toujours en état d’urgence, mais pourquoi compliquer autant les choses si je m’engage à faire un test avant d’y aller et en rentrant ? Pourquoi ne pas nous laisser travailler ?», s’interroge la même source. Des questions que se posent tous les Marocains venus faire la queue, lundi dernier, très tôt dans la matinée devant la wilaya de Rabat, afin de demander une autorisation dérogatoire de déplacement à l’étranger.

Parmi eux, Hind de Salé, qui vient d’être admise à Nantes pour ses études, et qui doit s’y rendre pour finaliser son inscription et s’installer. Elle est accompagnée de sa mère, une femme âgée et fatiguée. «Nous faisons la queue depuis des heures et nous en sommes à notre troisième tentative. À chaque fois, on nous demande de nouveaux documents», précise la jeune étudiante censée vivre les meilleurs moments de sa vie, après avoir décroché le baccalauréat haut la main avec 17 de moyenne. «Il n’y a aucune information nulle part, nous devons rédiger des demandes d’autorisation. Pourquoi ne pas mettre tout cela sur Internet ? Ce serait plus facile», se demande la jeune femme. Des allers-retours incessants, des refus, du stress, le tout pour se voir dire depuis un petit bureau: «Laissez-nous votre numéro de téléphone, on vous rappellera». «Quand ? On ne nous dit rien, on joue sur nos nerfs. J’ai mon vol demain et je n’ai pas encore mon autorisation», se plaint Majd, également étudiant, qui a passé une semaine à effectuer des allers-aretours pour suivre son dossier. «On vient de me dire que ce n’était pas par ordre de dépôt de dossier, mais par date de vol ! On m’a assuré que les autorisations étaient délivrées la veille de chaque vol. Comment préparer un voyage dans ces conditions ?». Une question existentielle pour les voyageurs en ces temps de pandémie. Un responsable à la wilaya confirme que les attestations sont remises la veille du départ et pas avant. Pour quelles raisons ? L’interlocuteur reste de marbre. Et à la question, «il faut laisser du temps pour faire le test, non ?», le responsable répond avec assurance : «vous n’avez pas besoin de test, on ne vous le demande jamais, croyez-moi !» Autant d’approximations que de questionnements sans réponse. «Cela nous fatigue, je suis malade, je dois me faire opérer, je ne peux pas attendre toutes ces heures, et revenir à chaque fois. On joue sur nos nerfs et personne n’a de réponse», confie Mustapha, son dossier médical à la main. Ce que ce citoyen ne sait probablement pas, c’est que l’étape d’après -celle du test-, peut s’avérer encore plus éprouvante.

Le test de la patience
À Rabat, les deux sites habilités à proposer le test PCR et sérologique sont l’hôpital Cheikh Zayd et un laboratoire d’analyses médicales privé. «On m’a conseillé ce labo à la wilaya parce qu’à Cheikh Zayd, ils peuvent avoir du retard. De plus, il faut se déplacer pour prendre rendez-vous alors que pour le laboratoire, il suffit juste de se présenter tôt», raconte Asmaa, son billet d’avion à la main. Jeudi matin à 10h, elle sort de la wilaya où elle a demandé des nouvelles de son autorisation de déplacement pour la deuxième fois. «Ils m’ont dit qu’ils m’appelleraient, j’ai peur qu’ils aient perdu mon dossier», s’inquiète la jeune fille, dont le vol pour Francfort est prévu samedi matin au départ de Casablanca.

«Je veux juste partir étudier!», confie la jeune femme éprouvée. Arrivée au laboratoire, la jeune femme déchante. Une file d’attente énorme, quelques chaises et un chapiteau blanc, des gens qui patientent à l’entrée sans forcément respecter la distanciation sociale exigée. Elle se dirige vers un vigile qui lui attribue un numéro et lui conseille de revenir trois heures plus tard. Asmaa est soulagée. Enfin un semblant d’organisation! 13h: la jeune femme est de retour. Certains attendent là depuis des heures, comme Fatiha de Temara. «Il n’y a pas de laboratoire près de chez moi, je suis là depuis quatre heures, je ne peux pas faire l’aller-retour».

L’étudiante de Francfort commence à s’inquiéter. Mais ce n’est rien en regard de ce qui l’attend. Le vigile convoque dix personnes. Et ensuite, plus rien. D’autres personnes se joignent aux présents. Les clans se forment entre ceux qui attendent de passer le test et les personnes venues récupérer les résultats. Le chaos s’installe. Coups de gueule, insultes, rassemblements… les nerfs à vifs, les gens piétinent d’impatience. Un jeune homme crie à qui veut l’entendre que son vol est prévu le soir même et qu’il n’a toujours pas ses résultats.

«Nous sommes venus passer le test ou choper le virus?», insiste une voix à l’arrière. Les deux seuls vigiles sont dépassés. Ils travaillent depuis 7h du matin tous les jours. Ils finissent à 21h. «Ce ne sont pas des conditions pour travailler. Nous sommes debout des heures d’affilée, pas le temps de manger ou de prendre une pause et nous sommes agressés toute la journée», confie l’un des vigiles. Et pour cause, Asmaa, qui était censée passer à 13h, ne voit son tour arriver qu’à 20h. Une seule standardiste s’occupe des dossiers dans un espace exigu. Elle décide de prendre une pause au moment où vient le tour de l’étudiante qui ne pipe pas mot, puisqu’elle a besoin de ce document indispensable. Elle présente sa carte d’identité, son billet d’avion et ses 700 DH quand, soudain, la standardiste lui annonce que les résultats ne seront jamais prêts à temps. «Il fallait venir le matin mademoiselle. Vos résultats ne seront pas prêts demain!». Scandalisée, la jeune fille se voit calmer par un responsable qui lui certifie que les résultats seront prêts en 24 heures. «J’ai attendu 7 heures pour un test qui a duré 1 minute. C’est ridicule. Pourquoi prennent-ils autant de temps ?» Certains s’insurgent pour rappeler qu’en Europe, le test et la paperasse prennent 5 minutes, qu’ils protègent les gens en évitant les rassemblements. Asmaa réussira néanmoins à récupérer son test le lendemain à 18h, après une heure d’attente.

Un parcours du combattant pour de nombreux Marocains qui s’exposent au danger, faute d’organisation. «Pourquoi ne pas prévoir deux files ? Pourquoi ne pas proposer un accès pour ceux qui passent le test et une autre pour récupérer les résultats ? C’est tellement simple, cela irait plus vite», se demande Ahmed qui attend son test depuis 48 heures. «Notre pays a été exemplaire et l’est encore en matière de dépistage, mais il faudrait mieux gérer le terrain» Un SOS est lancé.

Jihane Bougrine / Les Inspirations Éco

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