Maroc

Sociétés de financement : entre interrogations et actions

La crise sanitaire a-t-elle ouvert des opportunités ou, au contraire, a-t-elle précisé, voire exacerbé certaines menaces pour les métiers de financement ? A-t-elle révélé des insuffisances dans la capacité intrinsèque de certains métiers à accompagner la clientèle en temps de crise ? Chez les sociétés de financement, l’ambiance qui a caractérisé la gestion de la crise était tendue, avec en toile de fond les débats nés autour des décisions du Comité de veille économique.

Récriminations, interrogations et hésitations, empressement à obtenir certaines décisions, ou encore prise en compte de menaces nouvelles (mais aussi leur satisfaction) a marqué l’année 2020 des sociétés de financement. À l’issue de son assemblée générale annuelle tenue le 18 décembre dernier, l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) a fait le point sur ses activités. Parmi les récriminations, la non-prise en compte des spécificités du métier de leasing dans les décisions du CVE, et partant, la non-représentation de l’APSF au sein des instances habilitées. D’un côté, la mise en œuvre du moratoire à accorder aux clients a suscité des interrogations sur des aspects pratiques. D’un autre côté, les menaces et risques liés au débat sur le coût des reports d’échéance, et sur le «doute sur le réel effort de solidarité» exprimé par certains clients à l’endroit des sociétés de leasing, ont fait émerger des menaces nouvelles pour les sociétés de financement, en termes d’image et de réputation. Par ailleurs, les professionnels du secteur se disent satisfaits d’avoir été entendus sur la proposition inédite, au Maroc et ailleurs, de suspendre les amortissements des biens donnés en crédit-bail.


Application des moratoires à fin juin : 1,3 MMDH concrétisés Le moratoire accordé par les sociétés de leasing, à fin juin 2020, a concerné 13,5 MMDH sur un encours global de 50,1 MMDH que portent les sociétés de leasing, et a totalisé 1,3 MMDH. La Section crédit-bail a convenu de réaménager les loyers des contrats en cours avec la clientèle, en décidant de proposer à ceux qui en font la demande des avenants à ces contrats avec capitalisation des intérêts… Il y a lieu de souligner que des clients n’ont pas demandé de moratoire pour plusieurs raisons. La Section crédit-bail a finalement tenu une rencontre, le vendredi 2 octobre 2020 au siège de l’APSF, avec la Fédération nationale du transport touristique (FNTT). Lors de cette rencontre, les échanges ont porté sur le moratoire des échéances de leasing à fin décembre 2020 et les perspectives du secteur touristique à fin mars 2021… La section a expliqué les conditions de refinancement et qu’en fait de coût de report appliqué à la clientèle, il s’agit non pas d’une majoration ou de l’application de loyers complémentaires, mais d’un re-calcul des échéances sur la base des conditions du contrat. De ce fait, la «gratuité» des reports pour les clients n’est pas envisageable. À cette occasion, les représentants de la FNTT ont exprimé le souhait de s’entretenir également avec les sociétés de crédit à la consommation qui financent des véhicules «professionnels». Accédant à ce souhait, la délégation de l’APSF a promis d’organiser, dans les plus brefs délais, une rencontre.

Moratoire «bis» à fin décembre pour le secteur touristique.
L’impact estimé de la crise pour l’année 2020 est de -69% sur les arrivées touristiques, -60% sur les recettes en devises et environ 50% de perte d’emplois par rapport à 2019. Selon Bank Al-Maghrib (BAM), les recettes de voyage ressortiraient en forte diminution, passant de 78,8 MMDH en 2019 à 23,9 MMDH en 2020 et rebondiraient à 49,1 MMDH en 2021. En l’absence d’un accompagnement spécifique du secteur, les impacts de cette crise continueront à se faire sentir au moins jusqu’à fin 2023. Pour limiter ces impacts, un contrat-programme 2020-2022 relatif à la «relance du secteur touristique en phase post Covid-19» a été adopté. Selon celui-ci, les mesures prévues permettront de renouer avec les performances de 2019 dès 2022, et ainsi récupérer plus de 5 millions de touristes, 28 MMDH de recettes de voyages en devises et assurer le maintien d’au moins 80% des emplois stables sur la période 2020-2022. Parmi les mesures financières de soutien au secteur figure la «mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et pour le remboursement des échéances des leasings jusqu’au 31 décembre 2020 sans paiement de frais, ni de pénalités pour les entreprises touristiques et leurs employés» (mesure 7). La section a échangé sur l’application de la mesure 7 du contrat-programme et s’est interrogée sur le fait de savoir si Bank Al-Maghrib allait reconduire l’autorisation concernant le premier moratoire. Après échanges avec la Direction de la supervision bancaire de BAM, cette dernière a signifié son accord à l’Association professionnelle des sociétés de financement. Sur le plan de l’activité, à fin septembre, les sociétés de financement ont ressenti les effets de la crise de Covid-19, diversement appréciés.

Crédit-bail.
Le marché du crédit-bail a enregistré une nette baisse d’activité durant les neuf premiers mois de l’année 2020, avec un recul de 3,6 MMDH ou 32,7% des financements par rapport à la même période de 2019. La production sur les neuf premiers mois de l’année 2020 s’est établie à 11,1 MMDH contre 16,7 MMDH un an plus tôt. L’encours à fin septembre 2020 a reculé, par rapport à fin décembre 2019, de 1,9 MMDH ou 3,9% pour l’encours comptable, et de 1,6 MMDH ou 3,2% pour l’encours financier.

Crédit à la consommation.
Le marché du crédit à la consommation a enregistré une nette baisse d’activité durant les neuf premiers mois de l’année 2020, avec un recul de 3,4 MMDH ou 24,7% des financements par rapport à la même période de 2019. La production de la période s’est établie à 10,3 MMDH contre 13,7 MMDH un an plus tôt. À fin septembre 2020, l’encours brut s’est établi à 55,6 MMDH, en hausse de 315 MDH ou 1,2%. La part des créances en souffrance dans l’encours brut ressort à 13,1% à fin juin 2020 au lieu de 10,4% un an plus tôt.

Factoring.
Avec une enveloppe des remises de créances de l’exercice de 11,6 MMDH, l’activité factoring des trois sociétés membres de l’APSF a reculé de 1,3 MMDH ou 10,6% par rapport aux neuf premiers mois de 2019. L’encours des remises de créances à fin septembre 2020 a atteint 3,5 MMDH, en hausse de 428 MDH ou 13,9% par rapport à fin décembre 2019.q

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page