Société générale Maroc : transition maîtrisée et fondamentaux solides

En 2024, Société générale Maroc a opéré une transition historique avec son rachat par le groupe Saham. Loin de freiner ses performances, ce changement stratégique a été mené avec maîtrise, consolidant les fondamentaux financiers de la banque. Malgré un contexte marqué par des éléments exceptionnels, l’institution affiche une croissance commerciale soutenue et se projette avec confiance dans l’avenir.
En 2024, la cession de Société générale Maroc au Groupe Saham aurait pu marquer une période d’instabilité. Il n’en fut rien. Portée par une transition stratégique fluide, une dynamique commerciale soutenue et des ratios financiers solides, la banque s’impose aujourd’hui comme un acteur bancaire robuste, prêt à entamer un nouveau cycle de développement.
Une nouvelle ère sous le signe de la continuité
Le Conseil de Surveillance de Société générale Maroc, présidé par Moulay Hafid Elalamy, a arrêté les comptes de l’exercice clos au 31 décembre 2024. Ce bilan clôture une année charnière, marquée par un changement d’actionnaire de référence.
En cédant sa participation au Groupe Saham, le Groupe Société générale a passé le flambeau à un acteur marocain de premier plan, donnant ainsi une inflexion stratégique majeure à l’histoire de la banque.
Contrairement à nombre de transitions capitalistiques qui s’accompagnent de ruptures ou de désorganisations internes, celle opérée en 2024 s’est déroulée selon un plan d’exécution précis, garantissant la continuité opérationnelle. Déconnexion progressive des systèmes informatiques, coordination des équipes de transition, gestion des impacts réglementaires : chaque levier a été activé pour assurer une passation sans heurts.
À aucun moment, la qualité du service client n’a été compromise. En interne, cette réussite est perçue comme la première pierre d’un renouveau.
Une dynamique commerciale confirmée
Dans ce contexte, les indicateurs commerciaux témoignent d’une activité résiliente. Les dépôts de la clientèle ont progressé de 8,94%, atteignant 80,1 MMDH à fin 2024, confirmant la confiance renouvelée des clients particuliers et entreprises.
Les encours de crédits, quoique légèrement en retrait (-0,36%), s’établissent à 94 MMDH, traduisant une politique de crédit maîtrisée dans un environnement encore marqué par certaines tensions économiques. Le Produit Net Bancaire (PNB) consolidé s’élève quant à lui à 5,8 MMDH, en hausse de 4,17% sur un an.
Cette performance s’appuie sur une amélioration de la marge d’intérêt (+3,2%), mais aussi sur une progression des commissions et un bon comportement des activités de marché. Preuve que la banque, au-delà de la stabilité, a su retrouver de la vigueur.
Un résultat des bases saines
Le résultat net consolidé ressort à 795 millions de dirhams, en baisse notable (-41,6%). Cette évolution est avant tout imputable à deux éléments exceptionnels : une provision significative liée au programme d’autonomisation, et un redressement fiscal.
À eux deux, ces facteurs ont grevé les comptes à hauteur de 800 millions de dirhams. Corrigé de ces éléments, le résultat net social aurait atteint 1,2 milliard de dirhams, et le résultat net consolidé frôlé les 1,4 milliard, confirmant une performance sous-jacente solide. Pour les observateurs avertis, cet écart entre résultat comptable et résultat normatif témoigne d’une gestion prudente, orientée vers le long terme plutôt que vers le résultat immédiat.
Des ratios prudentiels confortables
Au-delà de la lecture conjoncturelle, les fondamentaux restent l’atout maître de Société générale Maroc. Les fonds propres atteignent 15,5 milliards de dirhams, avec un ratio de solvabilité à 14,61% et un Core Tier 1 à 13,86%.
Ces niveaux placent la banque parmi les établissements les mieux capitalisés du secteur bancaire, et bien au-dessus des exigences réglementaires de Bank Al-Maghrib. Cette solidité bilancielle constitue un rempart contre les chocs externes, mais aussi un levier de croissance pour les prochaines années.
Elle permet notamment à la banque d’envisager une politique d’investissement renouvelée, à la fois dans les infrastructures technologiques et dans le développement de nouvelles offres.
Un changement de culture en douceur
En s’inscrivant dans une logique d’»efficacité plutôt que de taille», Société générale Maroc entend désormais privilégier une croissance qualitative, recentrée sur l’expérience client, l’innovation de service et l’optimisation des processus internes.
Cette ambition s’appuie sur une culture d’entreprise repensée, portée par des équipes engagées et une volonté de renforcer les liens avec l’écosystème économique marocain. Dans un environnement où l’agilité et la proximité deviennent des atouts compétitifs majeurs, la banque semble avoir trouvé le ton juste.
Des perspectives placées sous le signe de la confiance
Avec des performances robustes, une gouvernance clarifiée et une assise financière renforcée, Société générale Maroc aborde l’année 2025 avec des perspectives favorables. Le nouveau cycle qui s’ouvre pourrait permettre de faire émerger une banque plus intégrée à l’économie nationale, mieux connectée à ses clients et davantage capable de répondre aux défis de digitalisation et d’inclusion financière.
À court terme, les priorités sont clairement identifiées : stabiliser les acquis, finaliser la séparation technique avec l’ex-groupe Société générale, et structurer les nouvelles ambitions sous l’égide du Groupe Saham. Sur le moyen terme, c’est la conquête de nouveaux relais de croissance, notamment dans les métiers spécialisés, les services aux PME et les solutions digitales, qui devraient rythmer l’agenda stratégique.
Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO