Maroc

Séisme d’Agadir : la mémoire collective va être préservée

62 ans après le drame du tremblement d’Agadir de 1960, la ville est en passe de sauvegarder et préserver sa mémoire collective pour les générations futures grâce à plusieurs projets culturels et patrimoniaux, fruit d’une collaboration entre la société civile, les institutions publiques et les autorités locales.

«…Si le destin a décidé de la destruction d’Agadir, sa reconstruction dépendra de notre foi et de notre volonté…», c’est la déclaration faite par le Roi Mohammed V le lendemain du séisme qui a frappé Agadir, le lundi 29 février 1960. Elle est inscrite sur le mur du souvenir de la ville. Plus de six décennies après ce drame, une nouvelle Agadir a été reconstruite et elle commémore chaque année cet anniversaire tragique.

Dans ce sens, le 62e anniversaire de la reconstruction d’Agadir, qui est célébré cette année du 28 février au 18 mars 2022 par le Forum Izorane N’Agadir (FINA), n’a pas dérogé à cette règle. À la nécropole d’Ihchach (fosse commune) qui abrite les disparus et victimes de la nuit du 29 février 1960, une cérémonie de recueillement, sous forme de rituel collectif, a été initiée dans une atmosphère de tolérance avec la participation, comme à l’accoutumée, d’un imam, d’un curé et d’un rabbin en présence de Gadiris de toutes confessions.

Mais s’il y a un fait méritant d’être relevé lors de cet anniversaire, c’est que les rescapés du séisme peuvent être rassurés concernant la sauvegarde et la préservation de la mémoire collective de cette tragédie, pour les générations futures, grâce à la collaboration entre la société civile, notamment le FINA, avec les institutions publiques et les autorités locales. Partant de ce constat, le programme de développement urbain d’Agadir a consacré tout un volet à la promotion culturelle et à la mise en valeur du patrimoine et des lieux de culte dans le cadre de la protection et valorisation de cet aspect.

Mise en valeur de la Kasbah d’Agadir Oufella et ses abords

Le lieu le plus porteur d’histoire et de mémoire ancestrale de la ville est, sans nul doute, la Kasbah d’Agadir Oufella (Agadir Ighir). Les travaux de mise en valeur de ce site historique se poursuivent, notamment à travers la réhabilitation de l’ensemble du site et ses abords dans le cadre d’une vision de mise en patrimoine. À noter que la Kasbah d’Agadir Oufella, classée monument historique par deux Dahirs, en date, respectivement, du 30 juillet 1932 et du 23 mars 1944, est le site patrimonial le plus emblématique de la ville. Faisant partie des sites médiévaux majeurs du Maroc avec ceux de Sijilmâsa, Igîlîz, Tazagourt, Tamdoult, Nul Lamta et bien d’autres, la forteresse de Santa Cruz (Agadir Ighir) a été reprise aux Portugais en 1541 grâce à Mohammed Cheikh Saâdi et aux tribus du Souss.

Cette victoire a précédé la bataille des Trois Rois (bataille de Oued Al-Makhazin) en 1578, d’où la célébration de ce tournant historique à l’occasion de ce 62e anniversaire. La structure urbaine de la Kasbah et ses murailles ont été endommagées par des séismes au 18e siècle et plus fortement par celui de 1960. Elles continuent, cependant, à témoigner de la période faste de la dynastie Saadienne, ainsi que de toutes les communautés qui s’y sont succédées depuis. Elle est aujourd’hui un lieu de convergence de la mémoire locale. C’est la raison pour laquelle la réhabilitation de cette Kasbah constitue une composante majeure des projets de mise en valeur du patrimoine culturel de la Région Souss-Massa.

Outre la mise en valeur de ce site historique, l’emblème national portant la devise nationale «Dieu, La Patrie, Le Roi» en langue arabe, sur la colline d’Agadir Oufella (Agadir Ighir), sera aussi bientôt mis en valeur dans le même souci de protection et de valorisation du patrimoine de la ville.

«La forêt du souvenir» et le musée de la  mémoire

Parmi les projets les plus attendus, figure l’aménagement de «La forêt du souvenir» sous forme d’une promenade qui englobera une partie de la zone non aedificandi couvrant l’ancien quartier de talborjt d’avant le séisme à travers la valorisation historique de cette zone dans le cadre du PDU d’Agadir. Couvrant environ 50 ha, ce projet vise, selon le FINA, à réhabiliter le vallon d’oued Tildi et à en faire un espace végétal, contemplatif et récréatif au vu des récents aménagements dans cette zone. Il s’agit aussi de connecter la ville actuelle à l’ancienne ville d’avant le séisme.

La date de démarrage de ce projet, qui est en cours d’étude, est prévue fin 2022. Au total, le projet nécessitera un investissement d’environ 20,5 MDH. Ce n’est pas tout : la création du Musée de la reconstruction et de la mémoire de la ville d’Agadir permettra aussi de préserver cette mémoire. Le choix du lieu abritant ce musée s’est porté sur l’ancien siège de Bank Al-Maghrib, un bâtiment de 1950 construit par l’Architecte François Louis Lemarié (1902-1996), qui est demeuré quasiment intact lors du séisme du 29 février 1960 grâce à des fondations s’apparentant à des structures parasismiques. Après avoir abrité les services de la Banque centrale dans le passé, il est en cours de réhabilitation selon sa typologie initiale, tout en lui donnant une nouvelle vocation muséale.

Le parcours de visite comportera plusieurs sections consacrées au choc du séisme et à la reconstruction de la ville puisque le musée mettra aussi en valeur le défi, relevé avec succès, de la reconstruction de la ville d’Agadir. À noter que les travaux de reconversion et de réhabilitation de l’édifice nécessiteront un investissement global de 41,5 MDH.

Un parc miniature à la mémoire de la ville

Parmi les autres projets qui ambitionnent d’entretenir la mémoire de l’ancienne ville d’Agadir, disparue et effacée de la carte, figure le parc mémorial, sous forme de Mémoiroscope. Selon l’Association Mémorial Agadir 1960, ce projet, dédié à la mémoire de la ville, reproduit en miniature et à l’identique les quartiers disparus lors de ce séisme ainsi que les immeubles qui ont résisté afin d’en reconstituer et d’en préserver, à la fois, la mémoire et le patrimoine national sur les plans historique, urbanistique, architectural, sociologique et culturel. Ce sera aussi un projet pédagogique de l’histoire d’Agadir à travers l’institution de visites guidées à l’intention des élèves des écoles primaires et des collèges, de la ville et la région.

Ce projet permettra, aussi, de rendre hommage aux pays amis qui ont participé, d’une part, au sauvetage des victimes et pris en charge et soigné des blessés, et d’autre part, à la reconstruction de plusieurs quartiers de la ville avec le Haut-Commissariat à la Reconstruction d’Agadir (HCRA). Dans le détail, la zone originale, à reproduire en miniature et à l’identique dans le projet, couvre près de 385 ha. Cette zone englobe le port d’Agadir et la zone côtière, les anciens quartiers de la Kasbah d’Agadir Oufella, du Founti, de Talborjt, d’Ichchach et une partie de l’ancienne ville nouvelle.

Il y a lieu de noter que ce projet se distingue par son originalité dans la mesure où il est l’unique projet miniature qui reconstruit des quartiers effacés de la carte par un tremblement de terre. Par ailleurs, le plan d’aménagement sectoriel et de sauvegarde du Centre urbain et du secteur touristique et balnéaire d’Agadir a dépassé le stade de l’enquête publique. Il permettra de protéger le patrimoine architectural d’avant et après le séisme de la multiplication des actes de défiguration architecturale, principalement les bâtiments construits à l’époque du Haut-commissariat à la reconstruction d’Agadir.

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO

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