Maroc

Salles de sport : le soutien du CVE suffira-t-il à sauver le secteur ?

Le soutien économique de l’État pour la relance des salles privées de sports a été diversement apprécié par les bénéficiaires. Si pour certains cette aide est arrivée à son heure, d’autres entrepreneurs minimisent et craignent pour l’avenir du secteur.

L’État porte secours des entreprises de fitness. L’objectif est de maintenir l’activité et les emplois. Le deal entre les entrepreneurs et l’Exécutif s’articule autour de six points. Pour le premier lot de mesures, il va de l’indemnité mensuelle nette forfaitaire égale à 100% des salaires déclarés à la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) au titre du mois de février 2020 plafonnée à 2.000 DH au report du paiement des cotisations sociales dues à la CNSS pour la période allant du 1er juillet 2020 au 31 mars 2021, avec remise gracieuse des majorations de retard au titre de la période précitée, à condition de régler le principal de la créance dans un délai maximum de dix-huit mois à compter du 1er avril 2021. À cela s’ajoute une exonération de l’assiette des cotisations de la CNSS du complément de la rémunération au profit des salariés et stagiaires sous contrat d’insertion jusqu’au 31 mars 2021. Concernant le deuxième lot des mesures prises par le Comité de veille économique (CVE) en faveur du secteur des salles de sports privées, il s’agit de la prolongation du délai de remboursement du découvert exceptionnel obtenu dans le cadre du produit “Damane Oxygène” jusqu’au 31 décembre 2021. Il est également question de faire bénéficier au secteur des deux produits de garantie “Relance TPE” et “Damane Relance”, ainsi que de la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et pour le remboursement des échéances des leasings jusqu’au 31 mars 2021 sans paiement de frais ni de pénalités pour les entreprises du secteur et leurs employés.


Les avis divergent
Cette batterie de mesures ne laisse pas indifférents les principaux “bénéficiaires”, lesquels ont réagi différemment. Déception pour les uns, ouf de soulagement pour les autres, c’est avec un sentiment mitigé que les propriétaires de salles de sports ont accueilli les toutes dernières mesures du Comité de veille économique. “En toute sincérité, en prenant le fait que de nombreux secteurs sont aujourd’hui très touchés et que face à cela l’État est en train de mettre en oeuvre des stratégies pour sauver tous les secteurs, je ne peux que m’en réjouir”, souligne Omar Reffad, directeur général de Passage Fitness Holding. Si pour l’entrepreneur le soutien du CVE est venu à son heure, c’est que jusqu’ici, les perspectives du secteur ont été plus que moroses. En effet, la crise sanitaire et économique a causé des dégâts énormes parmi les propriétaires d’établissements de fitness.

«Je suis extrêmement déçu»
En novembre dernier, près de 15% des 3.000 salles de sport que compte le pays ont été menacées de disparition entrainant des pertes d’emplois très importantes de l’ordre de 20%. “Personnellement j’ai dû fermer quatre salles à Casablanca et mettre au chômage une centaine d’employés.”, explique Omar Reffad pour qui, néanmoins, le plus dur du noyau de la conjoncture, et cela n’ a pas été pris en compte par le CVE dans sa batterie de mesures, a été le coût du loyer. “Nous espérons que l’État va faire des efforts dans ce sens“, poursuit notre interlocuteur avec un brin d’optimisme. Ce qui n’est pas le cas de cet autre acteur du secteur que nous avons joint au téléphone. “Si vous voulez mon avis, je suis extrêmement déçu par les mesures prises par le CVE en guise de soutien économique pour la relance”, dit-t-il, amer et sous couvert de l’anonymat. À propos de l’indemnité mensuelle nette forfaitaire au titre du mois de février 2020, le membre actif de l’Association marocaine des professionnels de l’industrie du fitness et de la remise en forme (AMPIF) minimise et s’interroge. “Qu’est-ce qu’on peut faire avec une indemnité 2000 DH pour quelqu’un qui a un salaire de 10.000 DH?”. Plus loin, le patron de salles de sports dans la capitale économique déplore le manque communication et d’ouverture du CVE.“Nous n’avons pas été consultés dans la préparation des décisions prises dans le cadre des nouveaux contrats-programmes qui ont été signés récemment ». Du coup, fustige-t-il, « les mesures ne bénéficient qu’aux employés. Les employeurs eux, n’en tirent aucun bénéfice. » Il faut noter, à ce propos, que ces derniers bénéficient d’une exonération de l’assiette des cotisations de la CNSS jusqu’au 31 mars 2021 ainsi qu’une prolongation du délai de remboursement du découvert exceptionnel obtenu dans le cadre du produit “Daman Oxygène” jusqu’au 31 décembre 2021, entre autres cadeaux de fin d’année. «En France, les entrepreneurs peuvent obtenir des aides allant jusqu’à 10.000 euros», se défend-t-il. Rappelons que le secteur des salles privées n’est pas l’unique bénéficiaire des nouveaux contrats-programmes, signés, le 6 janvier dernier, lors de la 11ème réunion du Comité de Veille Économique (CVE). Ils bénéficient également aux industries culturelles et créatives, aux restaurateurs et aux crèches.

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco

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