Maroc

Réouverture des frontières : « une bonne nouvelle, mais… »

Entretien avec Rkia Alaoui, Présidente du Conseil régional du tourisme (CRT) de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima

Tanger et la région du Nord souffrent énormément de la fermeture des frontières en cours depuis deux mois. Après l’annonce de la reprise des vols aériens à partir du 7 février prochain, les professionnels locaux du tourisme se disent soulagés. Toutefois, ils souhaitent également la reprise des liaisons maritimes, autre source d’opportunités pour l’industrie touristique des villes méditerranéennes  du Maroc.

Comment accueillez-vous l’annonce de la réouverture des frontières ?
Avec soulagement et inquiétude. Soulagement, puisque les frontières rouvrent et les liaisons aériennes pourront reprendre finalement, après plus de deux mois d’interruption. Avec inquiétude, pour deux raisons : la première étant le fait que les liaisons maritimes, importantes pour Tanger et Al Hoceima, sont toujours suspendues. Deuxièmement, parce qu’on est dans l’expectative par rapport aux conditions d’entrée qui seront fixées. Nous espérons que ces conditions ne seront pas draconiennes, autrement l’ouverture des frontières ne servira à rien.

Comment le CRT a anticipé cette réouverture pour mieux en tirer profit ?
Nous étions confiants qu’une réouverture et une reprise adviendront, tôt ou tard. C’est pourquoi, durant ces derniers mois, notre Conseil s’est activé sur plusieurs fronts. Tout d’abord, avec toutes les restrictions, les opérateurs n’ont pas participé à des salons et foires qui leur permettaient de prospecter de nouveaux clients. Pour surmonter cette difficulté, nous avons organisé une première au Maroc, qui est la Bourse du Tourisme de Tanger, en sa version virtuelle. Ce salon nous a permis de faciliter l’organisation de 500 réunions entre plus de 150 opérateurs marocains et étrangers de 19 différents pays. Nous avons aussi continué à faire évoluer nos communautés sur les réseaux sociaux, en offrant continuellement du contenu de qualité, grâce à la production continuelle d’outils de communication (réalisation de photothèques, vidéothèques, de documentation touristique, etc.), qui sont utilisés dans plusieurs de nos campagnes, dont nos deux dernières campagnes de promotion du tourisme interne réalisées en 2021 et 2020.

Vous avez aussi récemment lancé la marque  «Chamal». En quoi consiste-t-elle ?
Le CRT a aussi anticipé cette ouverture en réalisant un chantier structurant qu’est le lancement de la nouvelle marque touristique, «Chamal», dédiée à la promotion de la région du Nord. Cette nouvelle identité nous permettra d’arriver sur le marché revigorés, prêts à inspirer, attirer et faire voyager nos publics. D’ailleurs, dès ce mois de février, nous comptons enchaîner les actions promotionnelles pour accompagner l’ouverture. Tout d’abord, ceci se fera à travers notre présence aux côtés de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et de l’Office national des aéroports (ONDA), au Salon Connect, à Tampere, en Finlande. A cette occasion, il y sera annoncé que l’édition prochaine de cet important événement, dédié au développement des routes aériennes, se tiendra à Tanger. Par la suite, nous procéderons au lancement d’une campagne de communication digitale à l’international, puis une autre dédiée au marché national, où le focus sera sur le rallongement de la saison estivale et la promotion des diverses possibilités de destinations et de produits qu’offre notre région. Nous continuerons à capitaliser sur le digital, mais aussi sur la documentation touristique et les outils audiovisuels (vidéos, photos, podcasts), afin de communiquer «Chamal» dans toute sa splendeur et partager les belles histoires qu’elle recèle.

L’année 2021 a été très difficile pour les opérateurs de la région. Quelle est leur situation actuelle ?
C’était l’année de l’espoir, puisqu’on l’a commencé avec les multiples annonces de découverte de vaccins. Bien heureusement, ces derniers nous ont permis de réduire les risques de la maladie, mais à cause des variants qui se sont manifestés, l’objectif d’une immunité de groupe est devenu quasi impossible à atteindre, ce qui est venu doucher les espoirs des opérateurs de voir une sortie définitive de la crise en 2021. Une année 2021, où, il faut le rappeler, les performances internationales n’étaient pas au beau fixe et les événements et manifestations qui permettaient de lutter contre la saisonnalité se faisaient rares, vu les restrictions et la réticence. La fermeture des frontières a porté le coup de grâce. Finalement, nous avons terminé 2021 comme nous l’avons entamée : un secteur en détresse, des dizaines de milliers d’emplois perdus et une visibilité qui tarde à venir.

Est-ce que le tourisme interne a permis de limiter l’impact de la fermeture des frontières ?
Le tourisme interne a toujours été d’une grande importance dans les flux touristiques de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Mais pour répondre exactement à votre question, la réponse est non, puisque la période de fermeture des frontières ne coïncidait pas avec une période où le tourisme interne est dynamique. Au contraire, c’est une basse saison de ce point de vue, surtout que même les fêtes de fin d’année étaient interdites. Ce qui fait que les opérateurs n’ont pu compter ni sur les arrivées internationales ni sur les arrivées locales.

Selon vous, de quoi sera faite l’année 2022 ? Comment l’envisagez-vous ?
Avec un esprit positif. Mais si nous avons appris une chose avec ce virus, c’est qu’on peut diagnostiquer, mais rarement pronostiquer. Je ne peux même pas vous dire ce qui va se passer d’ici 2 semaines. Nous nous préparons pour des scénarios positifs de reprise graduelle, mais nous gardons en tête des scénarios moins reluisants et tout à fait possibles, parce que nous ne savons pas ce qui se cache au-delà du variant Omicron. Cela dit, une chose est de plus en plus certaine : nous ne sommes plus en mars 2020. Nous sommes mieux outillés contre ce virus et nous continuerons à l’être jusqu’à avoir gain de cause.

propos recueillis par Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO

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