Maroc

Myriam Lahlou-Filali: “Nous sommes en pole position pour la fabrication de vaccins au Maroc!”

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Entretien avec Myriam Lahlou-Filali. Directrice Générale de Pharma 5.

La Commission européenne a annoncé, le 18 février, être prête à accompagner la naissance d’une filière de fabrication de vaccins, si le Maroc décidait de prendre ce cap. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?
Il s’agit là d’une excellente nouvelle pour notre continent. Nous avons les moyens de notre ambition. Cela étant, ce n’est malheureusement pas suffisant. Car au-delà du besoin en financement et en expertise pour voir naître une unité de production de vaccins, il faut surtout assurer sa pérennité. Compte tenu de l’étroitesse et de la fragmentation du marché marocain de vaccins, cela impose donc d’instaurer la Préférence nationale et régionale comme l’ont fait, par exemple, les Indiens pour construire leur indépendance en la matière.


Notre continent est à l’heure actuelle encore totalement dépendant des autres pour les vaccins. Inspirons-nous donc de l’Inde qui est devenu le principal fournisseur de vaccins au monde grâce à ses énormes capacités de production. Sa population sera donc prioritaire pour l’accès à la vaccination. Cela a été rendu possible grâce à une politique volontariste de l’État indien depuis les années 90, avec la mise en place de la préférence nationale, lui assurant la totalité d’un marché de plus d’un milliard d’habitants, mais aussi grâce à des subventions et autres mécanismes qui ont permis la création d’une industrie indienne forte, faisant de ce pays le 1er laboratoire de production de médicaments et vaccins dans le monde.

Notre continent africain bénéficie d’atouts stratégiques en matière d’installations industrielles, d’expertise et de compétences humaines. Ceci lui confère toute la légitimité pour relever ce défi dans un avenir proche, sous certaines conditions. Le Sénégal fabrique actuellement le vaccin contre la fièvre jaune. Le Maroc a aussi fabriqué, par le passé, des sérums et vaccins à travers l’Institut Pasteur. Certains laboratoires maîtrisent déjà la technologie de l’injectable stérile, préalable indispensable à la fabrication des vaccins. Notre pays est donc en mesure de fabriquer rapidement des vaccins, moyennant quelques adaptations des installations existantes.

Quels seraient alors les éventuels blocages ?
Les principales barrières au développement de cette technologie sur notre continent sont le coût très élevé de l’investissement qui est non flexible car les unités doivent être dédiées aux vaccins pour des raisons de risques de contamination, ainsi que l’étroitesse du marché. En effet, les marchés nationaux sont très limités à quelques millions de doses annuelles. De plus, les pays d’Afrique subsaharienne sont fournis en vaccins exclusivement par le fonds mondial qui se procure les produits auprès des géants asiatiques, américains et européens via appels d’offres mondiaux. S’y ajoute la pré-qualification OMS, très longue et coûteuse à obtenir, est exigée pour pouvoir soumissionner aux appels d’offres du fonds mondial.

Cela veut-il dire que le challenge est difficile ?
Soyons ambitieux et donnons-nous surtout les moyens de notre ambition continentale ! Croyons aux formidables capacités de notre continent : jeunesse, croissance, expertise ! Mettons en commun nos forces vives et notre expertise. Créons ensemble une Cité africaine du vaccin qui fournirait tout le continent et œuvrerait enfin à son indépendance en la matière, en adoptant la préférence continentale. Et même plus : à l’heure où l’Europe appelle à la relocalisation des industries liées à la santé, nous pourrions apporter une réponse régionale commune.

Maintenant que l’opportunité de fabrication locale de vaccin anti-Covid se présente pour le Maroc, allez-vous vous positionner dans la course ?
Pharma 5 est en pole position pour la fabrication de vaccins au Maroc. C’est en effet l’un des rares laboratoires marocains à maîtriser la technologie de l’injectable stérile qui est le préalable indispensable à la production de vaccins, tant sur le plan des installations existantes que sur celui des compétences en matière de fabrication et de contrôle qualité, axe stratégique pour des produits aussi sensibles. Pharma 5 est ainsi l’un des rares candidats marocains crédibles aujourd’hui pour un transfert de technologie dans un avenir proche. Rappelons que Pharma 5 dispose en plus de certifications internationales prestigieuses pour ses unités injectables stériles, ce qui est un gage de très haute qualité reconnue à l’étranger: SFDA/ GHC, homologations permettant d’exporter vers l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe.

Techniquement, Pharma 5 est-il prêt à relever ce challenge ? Disposez-vous des compétences, expertises et la technologie requises pour la mise en forme pharmaceutique du vaccin ?
Pharma 5 dispose déjà de trois unités d’injectables stériles de dernière génération et maîtrise cette technologie depuis près de 15 ans tant sur le plan de la production que sur celui du contrôle qualité des produits injectables stériles. En plus des installations et équipements spécifiques, Pharma 5 dispose de ressources humaines hautement qualifiées en la matière. L’une des trois unités d’injectables stériles de Pharma 5 pourrait être, dans un avenir proche, entièrement dédiée à la fabrication des vaccins, avec une capacité de production annuelle d’au moins 50 millions de doses, moyennant un investissement substantiel en équipements complémentaires et un transfert de technologie tout à fait à notre portée. 

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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