Maroc

Malika Laasri : “Nous mettons les bouchées doubles pour renforcer le rythme des réalisations”

Malika Laasri. Directrice générale de l’Agence MCA-Morocco

Malika Laasri, directrice générale de l’Agence MCA-Morocco entend intensifier les efforts afin de réussir les challenges qui incombent à son institution. Le compte à rebours est enclenché. Les projets du Compact II devront être finalisés avant le 30 juin 2022, alors que les défis demeurent encore énormes. La pandémie a en effet ralenti le rythme des réalisations. Le point sur les avancées, les enjeux et les contraintes.


À moins de 14 mois de la fin du deuxième programme de coopération entre le Maroc et Millennium Challenge Corporation (MCC), comment qualifieriez-vous le rythme des réalisations des différents projets ?
Avant de répondre à votre question, je tiens à souligner l’importance que revêt le Compact II pour notre pays, au vu de la nature et de la consistance de ses projets structurants qui, comme vous le savez, focalisent sur des priorités nationales (éducation, formation professionnelle, emploi, gouvernance du foncier,etc.) qui sont autant de leviers pour toute politique de développement visant l’impulsion de la croissance économique. Certes, le contexte sanitaire lié à la pandémie de la «Covid-19» a impacté indéniablement le déploiement du Compact II, avec le ralentissement, voire la suspension temporaire, de l’exécution sur le terrain de certaines activités dans le respect des mesures préventives édictées par les autorités compétentes. Mais, nous ne pouvons, aujourd’hui, que nous réjouir des réalisations globalement satisfaisantes comme en témoignent les avancées probantes qui ont été enregistrées à ce jour aussi bien sur le plan des activités à caractère opérationnel que de la mise en œuvre de chantiers liés à l’initiation ou à l’accompagnement de réformes structurelles. Au vu de l’envergure des projets du Compact II et de leur complexité, force est de souligner que les avancées réalisées au titre de ce programme complexe et novateur ne pouvaient être accomplies sans le soutien de MCC et l’étroite collaboration avec l’ensemble de nos partenaires.

Quel regard portez-vous sur l’engagement du secteur privé pour la réalisation des objectifs fixés ?
Tout d’abord, je tiens à souligner que l’implication des acteurs du secteur privé est cruciale et déterminante, non seulement pour la réussite des projets du Compact II, mais aussi et surtout pour leur pérennisation. Aussi, nous avons veillé dès le départ, à associer les différentes parties prenantes, dont nos partenaires privés, à toutes les phases du cycle de vie des projets, depuis leur conception à leur mise en œuvre, en passant par leur suivi et évaluation. Cette implication a, d’ailleurs, été consacrée sur le plan institutionnel via la représentation de la CGEM au sein de l’instance de gouvernance suprême de l’Agence MCA-Morocco, en l’occurrence le Conseil d’orientation stratégique (COS). Sur le plan opérationnel, l’Agence MCA-Morocco a placé la promotion des modèles privilégiant le partenariat public-privé (PPP) au cœur de plusieurs projets structurants du Compact II, à travers le lancement d’appels à projets et à partenariats, qui ont abouti à la sélection de plusieurs projets impliquant fortement le secteur privé. Cette démarche permet, en effet, d’assurer la mobilisation des compétences humaines et surtout des ressources financières des acteurs du secteur privé, nécessaires pour la réalisation et la pérennisation de ces projets.

Vous agissez sur plusieurs fronts. Quel est le dossier qui nécessite plus d’efforts pour atteindre les objectifs dans les délais impartis au Compact II ?
L’envergure du programme Compact II et le caractère complexe et novateur de ses projets, qui sont tout aussi prioritaires et vitaux les uns que les autres pour le développement de notre pays, nous engagent de fait dans une dynamique qui requiert une mobilisation et un engagement au quotidien sur plusieurs fronts. La complexité et le caractère novateur auxquels j’ai fait allusion ne sont pas spécifiques à un projet en particulier, mais inhérents à tous les projets du Compact II, qui s’appuient sur le développement et le déploiement de nouveaux modèles d’intervention, requièrent un haut niveau de coopération et de coordination avec les départements ministériels et établissements et institutions publics concernés, associent les acteurs de la société civile et du secteur privé et soutiennent des réformes institutionnelles, juridiques et sectorielles engagées par le gouvernement. La complexité que nous devons gérer a trait aussi aux délais, puisque nous sommes tenus de parachever les projets du Compact II avant le 30 juin 2022, tout en nous conformant aux standards élevés promus par MCC en matière de gestion des projets et d’intégration des dimensions relatives aux performances environnementales et sociales et au genre et à l’inclusion sociale. À court terme, nous mettons les bouchées doubles pour renforcer le rythme des réalisations, notamment pour les chantiers ayant été ralentis ou suspendus en raison des effets de la pandémie «Covid-19», dont notamment ceux relatifs aux travaux d’infrastructures dans leur ensemble.

Où en êtes-vous dans la mise en œuvre de l’activité «Gouvernance du foncier» ?
L’Agence MCA-Morocco poursuit le déploiement de ses efforts en vue d’une contribution active à la mise en œuvre des Hautes Orientations Royales appelant à l’adoption d’une stratégie nationale foncière intégrée clairement définie et à son opérationnalisation sous forme de plans d’action. Dans ce sens, l’agence avait apporté un appui au Coordonnateur national chargé de la préparation du projet de la stratégie foncière nationale et de son plan d’action, en la personne du directeur général de l’Agence nationale de la Conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC). Cet appui a consisté, entre autres, en la conduite d’une étude de benchmarking portant sur deux thématiques, à savoir la convergence des statuts fonciers et la conception d’un système d’information foncière multi-usages, unifié, accessible et durable. Cette activité a connu également le démarrage des travaux du Comité technique mis en place suite à la signature avec les ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture de l’accord d’exécution relatif à l’activité «Gouvernance du foncier». Dans ce sillage, des concertations sont menées actuellement avec le Coordonnateur national pour le déploiement de leviers stratégiques prioritaires du projet de la stratégie foncière nationale, à savoir notamment la mise en place d’un dispositif de gouvernance en charge du portage et de la mise en œuvre de la stratégie, la facilitation de la gestion et de la sortie de l’indivision, la révision de la superficie minimum d’exploitation (SME) et des normes de morcellement, la dissociation de la propriété de l’exploitation et la création d’un cadastre économique multi-usage. Par ailleurs, et au vu de l’élargissement du champ d’intervention de l’activité «Gouvernance du foncier», l’Agence a mené une étude portant sur l’amélioration de l’accès des femmes au foncier et de leur participation à la gouvernance foncière.

Quid de la promotion d’une nouvelle génération de zones industrielles ?
Sur ce volet, l’Agence MCA-Morocco agit sur deux plans : stratégique et opérationnel. Sur le plan stratégique, le Centre d’expertise pour le développement du foncier industriel (CEDFI), créé au sein de l’agence, apporte une assistance technique aux parties prenantes, notamment le département de l’Industrie, dans la conception d’un nouveau modèle de planification, de développement et de gestion des zones industrielles. Outre la contribution à l’élaboration d’un cadre juridique intégré relatif aux zones industrielles, cet appui porte sur le renforcement des capacités du personnel du département de l’Industrie en matière de mobilisation du foncier au service de l’investissement industriel et le démarrage du diagnostic de la plateforme électronique actuelle sur le foncier industriel afin d’identifier les pistes d’amélioration technique et fonctionnelle de cette plateforme pour l’ériger en système d’information complet. Sur le plan opérationnel, et avec le soutien des parties prenantes, l’agence s’attèle au déploiement, au niveau de 12 sites, d’un nouveau modèle de développement de parcs industriels durables et de requalification de zones industrielles existantes, privilégiant le partenariat public-privé (PPP) et la promotion de la durabilité environnementale et sociale et orienté vers la satisfaction de la demande du marché. Ainsi, outre le site pilote de Bouznika qui a fait l’objet récemment de la signature d’un contrat PPP avec le partenaire privé retenu, l’appel d’offres pour l’aménagement, le développement et la gestion des deux autres sites pilotes de Had Soualem et Sahel Lakhyayta vient d’être relancé en mars dernier. Les premières remontées d’informations font état de la forte attractivité des deux projets surtout après la révision du dossier de cet appel d’offres en concertation avec le secteur privé et la concrétisation des engagements de la partie publique en termes de mobilisation d’un foncier assaini, d’obtention de l’autorisation urbanistique et de l’acceptabilité environnementale et d’enregistrement de progrès notables au volet de la réalisation des infrastructures hors-sites et de la revitalisation des deux zones existantes à Bouznika et Had Soualem. Par ailleurs, et s’agissant des 9 projets soutenus par le FONZID, nous nous réjouissons des étapes accomplies, comme en témoigne le cumul de la valeur des marchés de travaux lancés et adjugés, à la fin du premier trimestre 2021, qui a atteint 312 millions de DH, soit 47% de la valeur globale des marchés inscrits dans le cadre du FONZID. Après le démarrage des travaux au niveau des trois parcs industriels d’Aïn Johra à Tiflet (Phase 1: 10 ha), Taoufik Al Jadida (bâtiments industriels – Tranche 2) et Ahl Loghlam (10 ha), d’autres travaux seront incessamment lancés au niveau des parcs industriels d’Aïn Johra (Phase 2: 28 ha), Tetouan Park (35 ha), Tassila à Agadir (240 ha), Tetouan (47 ha), Fez Smart Factory (9,4 ha) et Sidi Bernoussi (centre multiservice).

Quelle lecture faites-vous du taux d’engagement des fonds du Compact II ?
L’importance des projets et leur envergure, conjuguées au contexte sanitaire exceptionnel qui a ralenti, voire suspendu, certaines activités, ont impacté relativement le taux d’engagement et de déboursement, en recul respectivement d’un point et de trois points par rapport aux prévisions à fin avril 2021. Ainsi, à un peu plus d’un an de la clôture du Compact II, moins de 25% du budget reste à engager et près de 72% restent à débourser. Face à cette situation, nous sommes appelés, avec le soutien des différentes parties prenantes, à redoubler d’efforts pour être au rendez-vous et à relever le défi du parachèvement des projets dans les délais impartis. Nous sommes confiants en notre capacité à relever ce défi, d’autant plus que les sessions du COS de l’Agence MCA-Morocco ont été l’occasion de réitérer l’engagement du gouvernement et de MCC à apporter tout l’appui nécessaire à la réussite du Compact II et de réaffirmer la mobilisation de toutes les parties prenantes à faire preuve de créativité, de réactivité, de souplesse et d’anticipation pour accélérer la cadence.

Quelles sont actuellement vos priorités et les contraintes qui restent à dépasser ?
Nos priorités se résument en une seule phrase : le parachèvement des projets dans les meilleurs délais et selon les standards requis. Nous sommes déterminés à honorer nos engagements dans le cadre du Compact II, en développant des approches pérennes et inclusives pour apporter des réponses concrètes à des problématiques majeures du développement du Maroc. Les contraintes sont multiples et de taille, mais ne sont pas insurmontables. Nous sommes bien évidemment conscients du chemin qu’il nous reste à parcourir et de l’ampleur des défis à relever pour la réalisation de l’ensemble des projets du Compact II, au vu des délais relativement courts à exploiter, des projets complexes à réaliser, des modèles novateurs à développer et déployer et des réformes structurelles à accompagner. Toutefois, nous demeurons résolument déterminés à intensifier les efforts afin de réussir les challenges qui nous incombent conformément aux standards du bailleur de fonds, aux exigences des parties prenantes et aux attentes des populations cibles. Nous sommes tout aussi déterminés à être un acteur de changement impactant, en renforçant l’inclusivité des projets du Compact II pour que leurs fruits puissent profiter à plus de 828.000 bénéficiaires potentiels, et plus particulièrement aux femmes, aux jeunes et plus globalement aux personnes vulnérables. S’inscrivant dans la continuité, notre action ambitionne la pérennisation des modèles développés dans le cadre des projets pilotes initiés au titre du Compact II. Notre objectif est de favoriser ensuite leur duplication par le gouvernement à une plus grande échelle à l’issue du Compact II et à la lumière des évaluations indépendantes dont feront l’objet les projets. Nous œuvrerons, dans ce sens, à la consécration de l’implication effective des différentes parties prenantes et à la promotion accrue du PPP.

Les avancées

Plusieurs avancées sont enregistrées par l’Agence MCA-Morocco. Elles concernent particulièrement la réalisation des travaux d’infrastructures portant notamment sur la réhabilitation de 33 établissements de l’enseignement secondaire dans la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la construction ou réhabilitation de 13 sur les 15 établissements de formation professionnelle (EFP) bénéficiaires du soutien du fonds Charaka, les travaux d’aménagement au niveau de trois projets soutenus par le Fonds des zones industrielles durables (FONZID) et les travaux hors-sites au niveau des trois zones industrielles pilotes dans la Région Casablanca-Settat. Ces progrès sont à relever également au niveau du parachèvement en cours de l’équipement en matériel didactique et robotique des 90 établissements scolaires bénéficiaires du projet «Éducation secondaire» et des résultats globalement honorables réalisés par les projets soutenus par le programme d’emploi par le financement basé sur les résultats (FBR) avec la formation de 3.851 bénéficiaires et l’insertion de 953 d’entre eux, dont respectivement 2.649 et 661 femmes. S’agissant de l’appui à des réformes structurelles engagées dans les secteurs concernés par les projets du Compact II, on note, entre autres, la mise en œuvre de l’initiative d’appui à l’évaluation des politiques de l’emploi et du marché du travail, avec le lancement du programme BCURE «Building Capacity to Use Research Evidence», visant le renforcement des capacités nationales en matière de production et d’utilisation des preuves et des données scientifiques les plus fiables dans le processus d’élaboration, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques d’emploi et du marché du travail. Outre l’appui apporté au ministère du Travail et de l’insertion professionnelle et à l’ANAPEC en vue de l’amélioration des fonctionnalités du SI de gestion des programmes d’emploi, l’élaboration d’un outil de profilage des provinces pour l’adaptation des interventions de l’INDH aux besoins du territoire est à relever au niveau de l’appui apporté à l’INDH pour la mise en œuvre du Programme 3 «Amélioration du revenu et inclusion économique des jeunes». De même, l’appui aux différents volets de la réforme de la réforme professionnelle se poursuit, notamment en matière d’élaboration de la nomenclature des dépenses et du référentiel des coûts de la formation professionnelle et de l’instauration d’un processus de certification des lauréats des EFP privés.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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