Maroc

Légalisation du cannabis : le PJD, seul contre tous

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Le groupe parlementaire du PJD et les autres composantes de la Chambre basse se regardent en chiens de faïence sur le dossier de la légalisation du cannabis. Les députés de la commission de l’Intérieur s’apprêtent à entamer la discussion détaillée du texte, après un débat général houleux. Le ministre de l’Intérieur souligne l’urgence de l’adoption de la nouvelle législation.

Seul contre tous, le groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD) a opposé son niet catégorique à l’accélération du processus législatif du projet de loi 13.21 relatif aux usages licites du cannabis. Comme attendu, le débat général sur le texte, qui a duré plus de six heures, mercredi dernier, au sein de la commission de l’Intérieur, a été on ne peut plus houleux entre les parlementaires du PJD, et les députés des autres composantes de la Chambre basse. Le PJD est accusé de vouloir entraver le processus d’adoption du texte qui est plébiscité par les autres groupes parlementaires. Le parti de la lampe a en effet mis en garde contre la précipitation dans l’examen et l’adoption du projet de loi, sans concertation ni débat public autour de la question. À cet égard, le groupe parlementaire du PJD a appelé à saisir le Conseil économique, social et environnemental (CESE) ainsi que le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et initier une mission exploratoire sur la situation des agriculteurs dans la région du Nord avant d’achever le processus d’examen du texte en commission. Le PJDiste Bouzaid El Mokrie El Idrissi a même souligné la nécessité de saisir le Conseil supérieur des oulémas.


Or, les autres partis ne voient pas les choses du même œil, estimant que le cannabis n’est pas plus dangereux que les raisins, les figues ou même les cigarettes. Le président de la commission de l’Intérieur, Moulay Hicham El Mhajri, a d’ailleurs rappelé aux récalcitrants que les recettes des impôts sur les cigarettes ou l’alcool servent à payer les salaires et les indemnités des fonctionnaires. Selon lui, il faut mettre fin à ce qu’il a appelé l’hypocrisie juridique et donner un coup de fouet au développement d’une région qui a été pendant longtemps marginalisée. Même son de cloche auprès de Omar Balafrej. Le député de la Fédération de la gauche démocratique appelle en effet à saisir les opportunités économiques et sociales qu’offre cette nouvelle législation qui ouvrira de nouvelles perspectives à la région du Nord et opérera une véritable rupture avec la situation actuelle. «Aucun développement n’est possible sans des lois qui s’adaptent à la réalité. Depuis l’indépendance du Maroc, cette question devait être résolue», précise-t-il. Tout porte à croire que le processus législatif relatif au projet de loi sera accéléré au sein du Parlement, en dépit du bras de fer avec le PJD. Les députés entendent faire passer le texte, avec quelques amendements, avant la fin de la session parlementaire en cours, la dernière de l’actuelle législature. Une position partagée par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, qui a souligné, devant les députés, l’urgence de l’adoption de cette législation qui a accusé, selon lui, un retard abyssal, balayant d’un revers de la main la liaison faite par le PJD avec les élections. «Le temps n’est pas en notre faveur. Nous sommes déjà en retard. Dans trois ans, même si on voudrait légaliser le cannabis pour d’autres raisons, ça ne servirait, peut-être, plus à rien», a-t-il soutenu. Le responsable gouvernemental a également insisté sur la nécessité de se serrer les coudes en vue de sortir le texte au plus vite, afin d’attirer des investisseurs qui accompagneront le Maroc dans la mise en œuvre de ce projet.

Se disant ouvert aux amendements des groupes parlementaires pour améliorer le projet de loi, qui contribuera au développement de la région du Rif, Laftit a tenu à rappeler que ce texte n’entend pas dépénaliser l’usage «récréatif» du cannabis. En effet, il vise plutôt à encadrer les activités liées à la culture du cannabis, sa production, sa fabrication, son transport, sa commercialisation, son export et import à des fins médicales et thérapeutiques, selon l’homme d’Etat. On s’attend donc à ce que la légalisation du cannabis permette de sortir la région du Rif de son isolement économique. Et même sur le plan environnemental, il s’avère urgent de traiter les conséquences néfastes de la nouvelle plante sur la nappe phréatique et les ressources en eau, bien que la région soit l’une des plus pluvieuses du Maroc, comme l’a précisé Laftit. L’ancienne plante consommait, en effet, peu d’eau pour une production importante.

Cohésion de la majorité

La cohésion de la majorité est mise à rude épreuve. D’ailleurs, le sujet a été évoqué par l’opposition au sein de la Commission de l’intérieur à l’occasion du débat général autour du très controversé projet de loi légalisant l’usage du cannabis. «Comment un parti de la majorité peut-il s’opposer à un texte adopté par le gouvernement ?», s’est exclamé Moulay Hicham Mhajri. Une critique qui a suscité une vive tension au sein de la commission. Certains députés ont même fait allusion à la position de l’ancien chef de file du parti de la lampe, Abdelilah Benkirane, qui a menacé de démissionner de son parti si le projet de loi venait à être voté. À quelques mois de la fin du mandat gouvernemental, la mission de Saad Dine El Otmani se corse. Arrivera-t-il à accorder les violons de sa majorité ? Rien n’est moins sûr. L’expérience démontre que la majorité n’arrive plus à trouver un terrain d’entente sur les questions de discorde, comme celles des lois électorales.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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