Maroc

«Le défi de Maroc Telecom est de relancer ses filiales»

Germain Breugnot : Associé Titane conseil international

Les ÉCO : Comment se porte le secteur des télécoms en Afrique ?
Germain Breugnot : Avec un taux de croissance estimé à 5% en 2015 par la Banque mondiale et un taux de pénétration du téléphone mobile de «seulement» 69% à fin 2014, le continent africain présente de nombreuses opportunités pour le marché des TIC. L’Afrique connaît actuellement une véritable explosion des usages télécoms et notamment internet. Cela est notamment permis par la démocratisation des smartphones (ex : Orange Klif, Google Infinix). Le prix moyen d’un smartphone a spectaculairement baissé, autour de 25.000 FCFA (environ 400DH). Les Africains s’équipent de smartphones parce qu’ils sont abordables, mais ce sont les usages qui motivent ce choix : les services OTT (over the top) : Youtube, Facebook, Google sont tout aussi populaires que dans le reste du monde. Ces services notamment vidéo sont de plus en plus consommateurs de données, les contenus étant essentiellement basés à l’étranger (en Europe), les opérateurs font donc face à une augmentation importante de leur bande passante internationale (60% sur les 5 dernières années), ce qui représente une facture importante. Leur défi est donc de pouvoir monétiser cette nouvelle consommation de la data.

Pensez-vous qu’avec l’évolution technologique actuelle, le marché continuera d’être rentable ?
Alors que les opérateurs doivent faire face à des investissements importants dans les infrastructures (4G, FTTx, backbone), leurs revenus ne croissent pas en conséquence. Les revenus traditionnels des opérateurs (voix et SMS) sont rognés par les services des OTT (Whatsapp, Viber, etc). Pour continuer à être rentables, les opérateurs devront continuer à innover et proposer de nouveaux services au grand public (cloud, IPTV, VOD,etc) et aux entreprises, tout en optimisant l’utilisation de leurs infrastructures.


Quels types de produits doivent-ils proposer ?
Du fait du faible taux de bancarisation en Afrique subsaharienne, le taux de pénétration des services de mobile money (service bancaire et paiement mobile) est le plus élevé au monde et pourrait représenter, d’après le cabinet Boston Consulting Group, une base de clients potentiels de 250 millions de personnes d’ici 2019. Ces services n’en sont qu’à leurs débuts et les opérateurs tels que le groupe français Orange, avec son service Orange Money se mettent en ordre de bataille dès à présent pour imposer leurs solutions.

Comment éviter que le monde rural soit oublié dans cette effervescence ?
Pour surmonter cela, les opérateurs devront innover avec de nouveaux modèles : par exemple par le raccordement de leurs antennes mobiles via des antennes satellitaires (en partenariat avec les opérateurs de ce type de solutions). Les pouvoirs publics pourront également aider ces populations à accéder à ces services à travers les fonds de services universels collectés sur le chiffres d’affaires (CA) des opérateurs à cet effet. Nous verrons aussi peut-être arriver comme en Europe à travers les décentralisations dans les régions, des réseaux construits en partenariat public-privé (PPP). Ce qui permettra de mettre en place les infrastructures là où les opérateurs n’y seraient pas allés seuls.

Quel doit être le rôle des régulateurs dans ce contexte ?
Les régulateurs ont un grand rôle à jouer et devront surmonter les réticences des opérateurs (surtout historiques) pour mettre en place une concurrence équitable et saine, en favorisant le partage des infrastructures (notamment pour la fibre optique). C’est en effet un non sens économique que de multiplier les infrastructures (sans parler de la gêne pour les riverains) alors que les opérateurs pourraient partager les investissements et se les louer.

Les opérateurs locaux parviennent-ils à résister à la présence des multinationales, notamment à la vague des acquisitions ?
Certains groupes tels qu’Orange ont clairement fait de l’Afrique un enjeu stratégique car les marges de progression sont beaucoup plus fortes qu’en Europe où le marché est très mature. Présent déjà dans 20 pays en Afrique, Orange a annoncé durant le mois de janvier dernier 3 nouvelles acquisitions au Liberia, Burkina Faso et en Sierra Leone. Ces groupes, comme MTN, Bharti Airtel, Orange, Vodafone, Etisalat (avec Maroc Telecom) ont des capacités importantes d’investissement et d’innovation qui peuvent faire défaut à un opérateur local. À moins d’un partenariat stratégique, leur isolement face à des prix de licences élevés, une concurrence rude et des prix tirés vers le bas peuvent leur être fatals.

Quel avenir voyez-vous pour Maroc Telecom dans sa dynamique d’acquisition de nouvelles filiales ?
Maroc Telecom est présent dans 10 pays en Afrique subsaharienne. En janvier 2015, Maroc Telecom finalisait le rachat de 6 filiales africaines de son actionnaire à 53%, l’émirati Etisalat pour 457 millions d’euros. Ces filiales en Côte d’Ivoire, au Togo, Bénin, Niger, Gabon et République centrafricaine opérées sous la marque «Moov» sont loin d’avoir les niveaux de rentabilité des 1res filiales du groupe. En effet, si au départ, Maroc Telecom s’était engagé dans une stratégie d’acquisition d’opérateurs historiques (donc leaders sur leurs marchés), les filiales de Moov sont dans des situations plus concurrentielles (comme en Côte d’Ivoire) et pas forcément dans des dynamiques positives. En 2014, seul Moov Togo était bénéficiaire. Le défi de Maroc Telecom sera donc de relancer ces filiales sur leurs marchés en leur apportant toute son expertise. 


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