Maroc

La Koutla courtise le PJD

Les 3 partis de la Koutla et le PJD envisagent les premières pistes pour former «un bloc historique» lors des prochaines élections législatives. Le PJD a omis de répondre explicitement à l’offre des 3 partis au sujet d’une alliance post-électorale.


La rencontre organisée par l’hebdomadaire Al Michaal et Chouf TV, qui a réuni les 3 leaders de la Koutla et le porte-parole du gouvernement, était plus orientée vers l’avenir qu’axée sur le bilan de 4 ans de mandat du gouvernement de Benkirane. Le fil conducteur des interventions des SG de l’Istiqlal, de l’USFP et du PPS était pratiquement le même: est-ce que l’alliance avec le PJD après les prochaines élections pourrait les ramener au pouvoir et surtout barrer la route au PAM ? Le parti du tracteur était en effet présent dans toutes les allusions directes ou indirectes qui ont été faites par les 3 intervenants, qui ont donné l’impression que l’ouverture tardive vers le PJD a été plus dictée par les résultats des élections de septembre 2015. «Nous ne considérons pas au PJD que la politique a démarré avec nous et nous ne sommes une alternative pour personne», a dit Mustapha El Khalfi à propos des ambitions toujours modérées de son parti, qui cherche à briguer un second mandat à la tête du gouvernement.

Le porte-parole du gouvernement a préféré se focaliser sur les réalisations de la coalition gouvernementale dans les chantiers jugés délicats. Ainsi et dans le terrain miné de la lutte contre la corruption, le porte-parole du gouvernement a indiqué que plus de 18.000 procès sont intentés pour des crimes liés à la corruption et au trafic d’influence, de même que près de 40% des constats émis par la Cour des comptes ont conduit à l’ouverture d’enquêtes. S’agissant de la réforme des retraites, le gouvernement «était dans l’obligation d’agir en vue de garantir le paiement de 400.000 retraités en 2020», a-t-il insisté la veille de l’adoption des nouvelles lois en Conseil du gouvernement. La rencontre a permis aussi de mettre en avant la volonté du PJD d’«œuvrer avec la majorité et l’opposition pour parachever les réformes qui sont irréversibles». L’allusion a été faite directement à l’enseignement et à la régionalisation avancée, qui sont jugées les plus urgentes en 2016, en attendant le vote définitif de la loi organique sur le Conseil supérieur de la magistrature.

Il est à noter que l’impact des politiques publiques sur le niveau de vie des citoyens était au centre du bilan après 4 années de gouvernement, lequel impact «conditionne la paix sociale et la stabilité», comme l’avait noté Driss Lachgar, leader de l’USFP. Le parti de la rose ainsi que son allié au sein de la Koutla ont insisté sur le faible degré de changement qui a été ressenti depuis l’adoption de la Constitution de 2011 et comptent énormément sur les prochaines élections pour une pleine activation des principes constitutionnels encore en suspens. 

Driss Lachgar,  
SG de l’USFP

Il est aberrant que la Maroc soit dominé aujourd’hui par deux couleurs partisanes. Cette bipolarisation a donné naissance à des régressions, notamment sur le volet des droits de l’homme. La Constitution de 2011 a réglé le problème de la gouvernance et malgré cela le chef du gouvernement n’a pas usé des prérogatives constitutionnelles qui lui sont dévolues. La question centrale est donc qui détient le pouvoir de décision ?

Hamid Chabat,
SG du parti de l’Istiqlal

Cette rencontre n’est pas ordinaire. La question la plus importante à mon avis et celle de savoir si on est encore capable d’ouvrir un dialogue sérieux en 2016. Les attentes des citoyens étaient énormes et je pense que tous les partis ont raté cette étape de l’après Constitution de 2011. Toute alliance doit désormais se faire sur la base d’un programme clair, car il faut savoir qu’il y a des acteurs qui veulent stopper l’élan démocratique du pays.

Mustapha El Khalfi,   
Membre du secrétariat général du PJD

Ce qui a été réalisé durant les 4 ans de mandat ne se réduit pas à de simples détails. L’autonomie des partis et l’ingérence dans les affaires des autres formations politiques sont des problèmes posés. Ma lecture est que le pays avance au niveau démocratique et il y a des défis encore à relever. L’un des changements majeurs est la réconciliation des citoyens avec les élections via un taux de participation de 53% et 3 millions de nouveaux inscrits sur les listes électorales durant l’année 2015.

Nabil Benabdellah,  
SG du PPS

Je l’ai dit clairement et je le réaffirme aujourd’hui ; ce gouvernement aurait été plus fort si nous étions dans la même tranchée et si nous avions pu préserver notre unité. Ce gouvernement a réalisé ce qu’il a pu réaliser et n’a pas réalisé ce qu’il n’a pas pu réaliser. Malheureusement la leçon essentielle des dernières élections est qu’il y a encore ceux qui continuent à décider, loin des institutions qui sont habilitées à le faire. Malgré les divergences, nous sommes tous concernés en vue de barrer la route devant eux.


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