Maroc

Filière avicole : entre contraintes actuelles et promesses d’avenir

L’aviculture est promise à un bel avenir mais elle fait face à des problèmes d’ordre structurel qui pourraient en perturber les performances. La Cour des comptes recommande une série de mesures pour booster cette activité avicole, considérée comme l’une des filières clés de l’agriculture nationale.

Avec la fermeture des hôtels et restaurants, la crise sanitaire a précipité le secteur agricole dans un gouffre profond. Cependant, cette activité, qui a connu une baisse drastique de la demande en 2020, se redresse progressivement dans la foulée de la reprise économique. Et d’aucuns de considérer que l’aviculture est même promise à un bel avenir si l’on en juge par ses performances d’avant covid-19. En effet, la production de viande de volailles (y compris le secteur traditionnel) avait atteint 782.000 tonnes et 685.000 tonnes, respectivement en 2019 et 2020. Concernant les œufs de consommation, leur production s’est élevée, aux dates considérées, à 6,9 et 6,3 milliards unités.

Selon les données du ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts (MAMPDRE), la production nationale couvre la totalité des besoins du pays en viande de volailles (55% de la consommation totale, toutes viandes confondues) et 100% des besoins en œufs de consommation. Seulement voila, il existe des contraintes d’ordre structurel qui pourraient retarder la transformation de l’activité avicole au Maroc. C’est du moins ce que révèle la Cour des comptes dans son tout dernier rapport.

Concernant l’organisation de la filière, deux constats importants sont à signaler à savoir une forte présence des intermédiaires dans le secteur et le recours à l’informel par des unités non autorisées. «Ces deux phénomènes sont amplifiés par la faible intégration et régulation du secteur, ainsi que par le manque de leviers de financement», souligne la juridiction financière, dans son rapport de 132 pages. Ce dernier relève que la nature des élevages de poulets de chair, caractérisés par la prédominance des petites exploitations, estimées à 64%, ne permet pas aux éleveurs de s’approvisionner directement auprès des accouveurs.

En effet, expliquent les rédacteurs de ce document, ces derniers exigent un programme de fourniture de poussins conséquent et régulier, ce qui oblige les petits producteurs à passer par les intermédiaires. Résultat, cette intervention de tiers encourage l’élevage informel et limite la traçabilité des produits. Mais ce n’est pas tout !

Le marché du vif constitue en outre un obstacle à l’intégration de tous les maillons de la chaîne de valeur avicole alors que près de 92% des viandes de volailles sont commercialisées à l’état vif, via les tueries traditionnelles (Riachates) où l’abattage s’effectue dans des conditions qui ne répondent pas aux normes minimales d’hygiène, et en dehors du contrôle sanitaire vétérinaire. Pourtant, le secteur dispose d’un cadre juridique réglementaire, à savoir les lois n°49.99 n°28.07, entrées en vigueur, respectivement, en 2006 et en 2010, relatives à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, ainsi que le schéma directeur national des abattoirs industriels avicoles.

Si l’on en croit la Cour des comptes, ces efforts n’ont pas encore eu l’impact escompté. Pour doter les professionnels des meilleures conditions possibles en vue d’atteindre leur plein potentiel, la Cour propose une série de recommandations. Il est question, notamment, d’adopter les arrêtés conjoints du MAPMDREF et du ministre de l’Intérieur pour l’application des dispositions de la loi n°28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires et de son décret d’application.

La Cour a recommandé, également, au MAPMDREF de mettre en place un SIG intégré contenant toutes les statistiques et les informations concernant le secteur, et incluant les applications déjà mises en place (SIPS et 50 : Rapport annuel de la Cour des comptes au titre des années 2019 et 2020 – Synthèse – Admin – Poussin), tout en impliquant les principaux intervenants de la filière (MAPMDREF, ONSSA, FISA) et développant davantage l’intégration des différents segments de la chaîne de valeur avicole, notamment les abattoirs avec les usines d’aliments, les couvoirs et les unités d’élevage. La Cour estime enfin qu’il est urgent de procéder à la mise à niveau de l’abattage traditionnel (Riachates) et/ou à sa reconversion pour se conformer aux normes sanitaires prévues par la réglementation en vigueur.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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