Maroc

Fès : le plan d’aménagement de Saïss fait polémique

Le plan d’aménagement de l’arrondissement de Saïss n’a pas fait l’unanimité des membres du conseil de la commune de Fès. Certains ont menacé de démissionner alors que d’autres se sont retirés des travaux. Il a fallu 48 heures au maire de la ville pour trouver un compromis et passer au vote.  

Le plan d’aménagement (PA) de l’arrondissement de Saïss ne fait pas l’unanimité auprès des membres de la commune de Fès. Lors de la dernière session extraordinaire qui a duré 48 heures, du mardi 6 au jeudi 8 septembre, les participants se sont trouvés divisé entre opposants et adhérents aux décisions proposées dans ce nouveau PA.

De ce fait, le conseil communal a eu le plus grand mal à passer à l’opération de vote de ce projet. L’un des points qui ont fait polémique concerne l’arrêté d’alignement relatif à la réalisation (à la charge de la commune) d’une route de 14m de largeur en faveur d’un propriétaire d’une clinique privée.

Normalement, selon le PA proposé par l’Agence urbaine, cette route devait être réalisée sur une largeur de 20m, ce qui aurait nécessité d’entamer la procédure d’expropriation pour dédommager les propriétaires du terrain. Alors que si la route est réalisée sur une superficie de seulement 14m, les propriétaires ne seraient pas dédommagés, puisque cela entrerait dans le cadre de la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique.

Aziz Labbar, député du PAM, et vice-président du conseil communal chargé de l’investissement et des relations internationales, a menacé de démissionner de ses fonctions au sein de la commune et a réclamé une commission d’enquête. Pour lui, «la première version du PA de Saïss a connu plusieurs dépassements vis-à-vis de la loi et un «favoritisme» au profit de certaines personnalités de la région». Il pointe également du doigt les problèmes liés à l’interférence des décisions entre la commune, l’Agence urbaine et le CRI.

Selon lui, «le manque de coordination et la non-spécialisation des institutions représentent la principale entrave à l’investissement dans la région». Finalement, le conseil a pu procéder au vote concernant ce nouveau PA et l’arrêté d’alignement, à condition que la route en question soit à la charge du propriétaire de la clinique privée sur une superficie de 14m en attendant son élargissement à 20m, conformément au PA. Cette rupture a été qualifiée par les partis d’opposition, notamment ceux du PJD, de «dépassement flagrant» relevant du «conflit d’intérêt», d’où leur décision de se retirer des travaux.

Les objectifs des dix prochaines années
Doté d’une superficie de 2.000 ha, l’arrondissement de Saïss connaîtra, durant les dix prochaines années, la réalisation de 94 nouvelles routes et la création de 123 espaces verts, ce qui permettra la mise en place de 80 ha d’espaces verts (en plus des 10 ha déjà existants) avec la création de six jardins publics. Cet arrondissement verra également la création de neuf infrastructures sportives, en plus des sept déjà existantes, ainsi que la mise en place de 11 nouveaux services de santé publique (hôpital de proximité, centre de santé urbain, maison d’accouchement…).

Pour le président de la commune, «l’objectif est de mettre en œuvre un document d’urbanisme qui offre une bonne qualité de vie aux habitants de la ville». En gros, cet arrondissement sera doté de 64 services publics supplémentaires, édifiés sur une superficie de plus de 24 ha. «Notre ambition est de mettre en place un plan d’aménagement qui encourage l’investissement, renforce l’aménagement des routes et des zones industrielles, multiplie les espaces verts, écoles, et centres de santé», précise Abdeslam Bekkali, maire de Fès.

Et d’ajouter que «les 48 h de cette session ont été nécessaires pour reformuler certaines remarques relatives à l’urbanisation de la zone». Notons que quelque 208 requêtes rejetant le plan d’aménagement ont été adressées au conseil communal lors de l’étape d’enquête publique. Ces remarques, émises par des promoteurs ou de simples citoyens, devront être discutées localement avant leur envoi à la commission nationale.

Fès sans PA depuis 2008
Pour rappel, la ville de Fès fonctionne depuis 2008 sur la base d’un PA «provisoire», non approuvé par le ministère de l’Intérieur, ce qui représente une réelle entrave à l’acte d’investir. À titre d’exemple, si un porteur de projet veut investir dans cette ville, l’Agence urbaine lui livre une note de renseignement provisoire, valable six mois, concernant le lot de terrain destiné à supporter l’investissement. Au-delà des six mois, le plan d’aménagement pourra être modifié et le lot de terrain en question reconverti en espace vert, établissement public ou autre. Une situation qui ne manquait pas de décourager les porteurs de projets potentiels.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

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