Maroc

Des orphelinats pour accueillir des mineurs marocains en situation irrégulière en Allemagne ?

Le quotidien Die Tageszeitung révèle l’existence d’un document confidentiel de l’Office fédéral allemand, qui prévoit la construction de deux centres pour accueillir les mineurs clandestins d’Allemagne. Selon le journal allemand, les centres, qui seraient en fait des orphelinats, auraient la capacité d’accueillir, chacun, 100 personnes, et coûteraient environ 10 millions de dirhams par an au royaume (960.000 euros). Les bâtiments pourraient aussi accueillir des enfants SDF. Le document évoque la possibilité d’un financement en partenariat avec d’autres pays de l’Union européenne devant faire face au même problème de migration, comme la Suède. Le rapport de l’office indique aussi un partenariat entre l’institution allemande et des «ONG marocaines appropriées à la situation».

L’idée d’un rapatriement des ressortissants marocains résident illégalement en Allemagne germe depuis janvier 2016. En effet, la vague d’agressions sexuelles qui ont eu lieu à Cologne, durant le jour de l’An, a alerté les autorités du pays, qui ont répertorié de nombreux agresseurs marocains. Un appel téléphonique entre Angela Merkel et le roi Mohammed VI avait officialisé le projet de rapatriement pour les Marocains clandestins. Le 12 octobre 2016, le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière, rencontre son homologue marocain, Mohammed Hassad, pour discuter du problème des Marocains en situation irrégulière, entres autres. Pendant ce temps, Angela Merkel lance un projet de loi visant à faire retirer les États du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, dans lesquels le ministre de l’Intérieur s’est rendu en mars 2016, de la liste des pays à risque. La loi adoptée en mai dernier par le Bundestag (Chambre basse), visant à organiser plus facilement le rapatriement des «réfugiés» marocains d’Allemagne, a été refusée il y a deux mois par le Bundesrat (Chambre haute).


Il semble aujourd’hui, que les accords transversaux entre l’Allemagne et le Maroc réalisés courant 2016, concerneraient, selon la révélation du Die Tageszeitung, le cas des mineurs Marocains vivant clandestinement en Allemagne. En effet, lorsque le ministre de l’Intérieur déclarait, en mars dernier, que «des projets futurs en faveur des mineurs qui vivent dans des conditions défavorables vont être réalisés», il évoque les 0,3% des 35.939 mineurs non accompagnés qui ont fait des demandes d’asile cette année et qui sont marocains. Ce sont ces 124 clandestins-là qui sont directement concernés par le projet de constructions de ces centres, pas encore localisés au Maroc.

Les plans de l’Office fédéral révélés par le journal «Taz» ont déclenché de vives contestations de la part de l’opposition. La déportation d’enfants pose de nombreux problèmes éthiques, notamment en ce qui concerne les responsables légaux de ces mineurs. De plus, il est possible que l’Allemagne s’allie pour ce projet avec des associations motivées par une rétribution financière, les meilleures probablement opposées à cette mesure. Alors, il serait impossible, selon Stephan Dunnwald, membre du Conseil bavarois pour les réfugiés, de suivre ces enfants une fois rapatriés, de leur assurer de bonnes conditions de vie et de contrôler leur temps de séjour dans ces orphelinats. De plus, les conditions d’exclusion restent des éléments très flous non mentionnés dans les documents ayant fuité. Luise Amtsberg, membre du parti de l’opposition, condamne le projet du gouvernement pour des raisons éthiques, mais évoque aussi une hypocrisie du gouvernement dans ce projet qui, selon elle, vise plus à exclure simplement des ressortissants dont le pays ne veut plus, plutôt qu’à les aider réellement. 

L’année dernière, l’État allemand a répertorié près de 4.000 Marocains, tous âges confondus, ayant réalisé une demande d’asile en Allemagne. Seuls 174 d’entre eux ont vu leur demande aboutir.

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page