Maroc

Créations d’entreprises: ce que la Covid-19 a changé

Un total de 83.806 entreprises personnes morales et physiques ont été créées l’année dernière, soit une contreperformance de 11,7% sur un an.

La tendance était prévisible: en 2020, le volume des créations d’entreprises a connu une baisse par rapport à l’année 2019. D’après les chiffres du tableau de bord de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), 83.806 entreprises personnes morales et physiques ont été créées l’année dernière, marquant une contreperformance de 11,7% sur un an. En d’autres termes, en 2019, un total de 94.362 sociétés ont vu le jour au Maroc. Une autre tendance ressort également des mêmes statistiques. Elle concerne une répartition géographique inégale en matière de créations d’entreprises. Si la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima a subi une forte chute de 36,5% avec 10.773 entreprises créées en 2020, de même que dans l’Oriental, qui a vu le nombre de créations d’entreprises diminuer de 31% (5.504 créations), dans les Régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, une forme de résistance face à la crise peut être relevée. Les créations d’entreprises y ont reculé, respectivement, de 2% et 2,8% seulement en 2020. Par répartition sectorielle, le commerce polarise, à lui seul, 39% des créations d’entreprises. Il est suivi par le secteur du BTP, les activités immobilières et les services divers.


La crise sanitaire sur le banc des accusés
Afin de cerner les causes de ce marasme, nul besoin de chercher très loin. La principale cause de cet étiolement est à trouver dans la conjoncture difficile qui gangrène l’économie nationale, marquée par la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus. Entre limitation des déplacements à l’intérieur et à l’extérieur du pays et confinement, sans oublier la multiplication des gestes barrières et la paralysie de certains pans de l’appareil administratif, la Covid-19 a joué un grand rôle dans ce «sinistre», dont l’impact varie d’une région à l’autre. D’ailleurs, selon le baromètre de l’OMPIC, au plus fort de la crise, au mois d’avril 2020, seules quelque 424 entreprises ont été créées, contre plus de 8.000 créations durant la même période en 2019. Au fur et à mesure que l’impact de la crise sur les activités économiques diminuait, c’est-à-dire durant les mois de septembre et octobre derniers, la cadence de naissance des entreprises s’accélérait jusqu’à approcher les 10.000 créations par mois. À fin 2020, l’on constate un petit ralentissement de la naissance des entreprises avec un rythme de 8.867 créations en décembre. Ce qui correspond, cependant, au même nombre de naissances d’entreprises en 2019, traduisant ainsi un bon dynamisme de fin d’année malgré la crise.

Pour Amine Diouri, directeur des études et de la communication chez le cabinet Inforisk D&B, plusieurs raisons expliqueraient cette tendance. D’abord, souligne le spécialiste, plus de 30% des entreprises ont dû procéder à des licenciements, en 2020. Ce qui correspond à un nombre important de personnes qui se sont subitement retrouvées au chômage. Sachant que le marché de l’emploi n’était pas propice, poursuit Amine Diouri, la création d’entreprises a été un moyen parmi d’autres de retour à l’activité. Ensuite, toujours selon notre interlocuteur, la mise en place de programmes de soutien aux entreprises, tel que le programme Intelaka, ainsi que des différents modes de financement aux entreprises durant la crise, comme Damane Oxygène ou Damane Relance, a aussi joué un rôle dans cette forte reprise des créations d’entreprises vers la fin de l’année.

Pour rappel, au 31 décembre 2020, ce sont 86.008 opérations de crédit qui ont été réalisées. Élément clé dans l’accompagnement des entreprises et la facilitation d’accès au financement durant la période de crise, la Caisse centrale de garantie a traité trois fois plus de dossiers de prêts que d’habitude, représentant un surplus de 85.000 à 86.000 prêts accordés.

Dans le détail, c’est près de 50.000 entreprises qui ont pu bénéficier de l’offre Damane Oxygène pour un volume crédit de plus de 18 MMDH. Produit qui a été lancé en mars 2020 et qui était principalement destiné à faire face aux charges courantes, majoritairement en faveur des TPE, dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 10 MDH et dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité. Ce premier instrument a ainsi permis de couvrir 95% du montant des crédits.

Les entreprises personnes morales ont le vent en poupe
À ce niveau, il y a lieu de remarquer qu’il y a eu plus de créations d’entreprises personnes morales que d’entreprises personnes physiques, indique Diouri, expliquant cette tendance en ces termes : «Je pense que les prêts aux personnes morales ont été plus faciles à obtenir ce qui a pu favoriser la création de ce format d’entreprise». Notons qu’un total de 54.691 d’entreprises personnes morales ont vu le jour en 2020, contre 29.115 d’entreprises personnes physiques. Enfin, toujours selon le directeur des études et de la communication chez Inforisk D&B, pour beaucoup, outre la facilité de recours au financement dans la période de crise, la crise s’est révélée être une opportunité. Un argument qu’il relativise, soulignant que la dynamique de création d’entreprises ne concerne pas les secteurs à forte valeur ajoutée. S’agissant du tableau de bord de l’année 2021, Amine estime que si la crise persiste, comme en 2020, le besoin de trouver un revenu de substitution poussera davantage les gens à passer à la création d’entreprise. En revanche, s’il y a moins de licenciements et une reprise de la situation économique, ça n’aura pas le même impact sur la création d’entreprise. Les gens n’auront plus besoin de créer une entreprise pour s’occuper ou garder une partie de leurs revenus. 

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco

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