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Saisonnières marocaines en Espagne : une amélioration des conditions s’impose

Nombreuses sont les attentes des femmes marocaines saisonnières en Espagne, à commencer par la nécessité de l’apprentissage de la langue ainsi que de l’accompagnement pour la création d’entreprises pour celles qui le désirent. Un réajustement s’avère donc nécessaire pour transformer cette opération en véritable opportunité et renforcer l’autonomisation des femmes.

L’heure est au bilan du programme de migration ordonnée des saisonnières marocaines qui sont, chaque année, des milliers à partir en Espagne pour la cueillette des fruits rouges. Il est, en effet, grand temps de faire de cette opération, qui a été vertement critiquée depuis son lancement pour plusieurs raisons, une opportunité « d’émancipation et d’ascenseur social », comme l’espère le directeur général de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), Abdelmounaim Madani.


L’enjeu est de pouvoir identifier tous les freins à cette opération et de garantir la stabilité aux femmes marocaines âgées entre 25 et 45 ans, qui choisissent de laisser leurs familles derrière elles pour aller travailler dans un autre pays, des mois durant. Il s’agit davantage d’une obligation, en raison de leur vulnérabilité économique, que d’un choix, comme le montrent les résultats d’une étude menée dans le cadre du projet « Irtiqaa ». Visant « l’autonomisation des femmes travailleuses migrantes circulaires au Maroc », ce programme est né d’un partenariat entre l’ANAPEC et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Selon ladite étude, 20,4% de ces femmes originaires du milieu rural choisissent d’immigrer pour gagner de l’argent et aider leurs familles. Plus en détail, 18,2% évoquent l’envie de travailler et 10,3 % le besoin d’indépendance. Plus ambitieuses, certaines d’entre elles (9,1%) veulent monter leur propre activité au Maroc. Mais pour atteindre cet objectif, elles ont besoin d’un véritable accompagnement de la part de l’ANAPEC, ce qui leur permettrait de gagner en autonomie.

En tant qu’acteur essentiel dans la mise en synergie de l’ensemble des parties prenantes institutionnelles, le rôle de l’ANAPEC devra être consolidé à plusieurs niveaux. A cet égard, l’une des recommandations phares de l’étude appelle à accélérer la bancarisation des migrantes saisonnières. Pour cause, seulement 28% de ces travailleuses placent leur argent dans les banques espagnoles, 42% le gardent dans leur logement en Espagne, 12% l’envoient à la famille au Maroc et, enfin, 6% l’envoient directement vers leur banque au Maroc. Ces femmes ont besoin d’être accompagnées pour mieux gérer leurs revenus qui varient selon le nombre d’heures travaillées et la nature du travail. Parmi elles, 57% déclarent être payées entre 1.000 et 1.500 euros par mois, tandis que plus de 44% gagnent entre 500 et 1.000 euros par mois. Seulement 5 % touchent plus de 1.500 euros en un mois mensuellement, alors que 3 % doivent se contenter de moins de 500 euros pour la même période. Quant aux modalités, 64 % des saisonnières marocaines sont payées mensuellement et 18 % à la semaine, tandis que les autres doivent attendre la fin de leur séjour. Quant à l’épargne, celles qui arrivent à garder le plus d’argent de côté ne sont pas nombreuses : 2 % des femmes interrogées arrivent à épargner 60.000 DH, 7% épargnent 50.000 DH, 11% épargnent 40.000 DH, 18% épargnent 30.000 DH, 14% épargnent 25.000 DH. D’autres font des épargnes entre 5.000 et 8.500 DH, trop peu par rapport au sacrifice qui est fait par ces mères de famille. Par ailleurs, il parait clairement, selon les résultats de l’étude, qu’il faut s’inspirer des expériences internationales réussies, comme celle du Mexique (le programme 3 pour 1) afin d’améliorer l’opération de migration des saisonnières marocaines. Les autorités marocaines sont appelées aussi à engager la coopération internationale dans l’accompagnement de ces saisonnières à travers les programmes de financement.

Nécessité d’un accompagnement global
Les femmes saisonnières ont besoin d’un accompagnement durant toutes les phases de leur migration, depuis la phase de la préparation jusqu’au départ en Espagne. Un cinquième des femmes interrogées ont exprimé un sentiment de peur au moment du départ. Ces femmes ont besoin d’être mieux sensibilisées sur la vie en Espagne et en Europe et mieux informées sur les procédures et les normes contractuelles, d’apprendre à rentabiliser leurs revenus et mieux gérer leur argent, d’être formées au montage des PME, et d’apprendre l’espagnol pour pouvoir s’intégrer. Il s’agit aussi d’une quête de stabilité à travers la mise en place d’un statut spécial pour ces femmes qui leur permettra une mobilité flexible. Par ailleurs, le tableau n’est pas totalement obscur, car l’expérience migratoire entraîne un changement important sur le plan personnel. Ce constat a été confirmé par la majorité des femmes interrogées, dont 64% ont déclaré avoir perçu un changement sur leur personne. Mieux, 97% se disent être plus sûres d’elles à leur retour d’Espagne. Dans la même veine, après la fin du séjour en Espagne et une fois au Maroc, ce sont généralement les femmes, à plus de 83%, qui assument financièrement les charges de la famille. A juste titre, 94% disent avoir plus d’autorité au sein de leur foyer.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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