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Pédophilie dans l’église. Les évêques de France veulent agir

Les 118 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de samedi à Lourdes (sud-ouest), un rendez-vous lors duquel ils entendent mettre en avant leur travail dans la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise, en accueillant des victimes.

Sept ou huit victimes sont attendues dans la cité mariale par la Conférence des évêques de France (CEF), sauf éventuelle défection d’ici samedi. La principale association en France, La Parole libérée, a de son côté renoncé à y participer, ses principaux fondateurs la jugeant très peu respectueuse des victimes.


La CEF y voit elle une marche supplémentaire dans la prise en compte de ce fléau, après la « demande de pardon » exprimée solennellement en novembre 2016, la mise en place de divers dispositifs depuis deux ans (cellule permanente, cellules d’écoute dans les diocèses) ou encore la publication, mardi, d’un rapport chiffré sur les signalements et mesures de justice visant les prêtres pédophiles.

« Si, à travers toutes ces mesures, la CEF manifeste sa ferme volonté de mettre en place une culture de bien traitance et de sécurité (…) il n’en demeure pas moins qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La culture du secret, la tentation de minimiser la gravité des abus sexuels, l’oubli ou le refus d’écouter les victimes et la tentation de vouloir défendre à tout prix l’institution sont autant d’obstacles à surmonter dans l’Eglise », écrit Mgr Luc Crépy, évêque en charge de la lutte contre la pédophilie, en conclusion de ce rapport.

Concrètement, la rencontre samedi ne va pas se faire dans l’hémicycle, comme les victimes le souhaitaient, mais lors de groupes de travail (des « carrefours ») réunissant deux victimes et 25 à 30 évêques chacun. Parmi les sujets de discussion proposés par l’épiscopat: « l’accompagnement des personnes », « la place et le recours aux droits », « les cas très anciens », « l’atteinte spirituelle »…

L’une des victimes, Véronique Garnier, espère cette rencontre « depuis très longtemps ». Pour que les évêques « reconnaissent leur responsabilité », sur des crimes qui ont pu être commis selon elle grâce à un « système ». Et pour les « interpeller sur la façon dont ils doivent accueillir les personnes abusées ». « C’est l’occasion d’avoir une parole qui explique, qui apaise », explique à l’AFP cette femme de 57 ans, abusée par un prêtre ami de sa famille, pendant deux années lors de son adolescence.

Olivier Savignac, partie civile lors du procès mardi à Orléans (ouest de la France) de l’abbé Castelet et l’ancien évêque André Fort (deux peines de prison ferme ont été requises contre eux), vient à Lourdes pour « envoyer un signe fort auprès des évêques ». « Il ne faut pas ce que soit seulement de la com' », dit-il, souhaitant qu' »ils prennent conscience de la gravité des faits ».

Des « actes de réparation », « des actions de prévention », voire « un fonds d’indemnisation » sont des attentes qui reviennent souvent.

« Cette rencontre est indispensable car il y a encore un bon quart des évêques qui n’ont pas montré jusqu’ici grand intérêt à traiter ces questions-là », estime Stéphane Joulain, prêtre psychothérapeute qui a accompagné des victimes.

Elle intervient alors qu’une demande de commission d’enquête parlementaire sur les actes de pédophilie dans l’Eglise, lancée par des religieux, des avocats, deux anciennes ministres et portée par les sénateurs socialistes, a essuyé un refus il y a deux semaines au Sénat français. A défaut, une mission d’information (avec beaucoup moins de pouvoirs) portant sur les « abus sexuels dans tous les lieux d’accueil des mineurs » va être lancée.

La CEF, qui n’était pas favorable à l’enquête parlementaire, travaille de son côté « à la mise en place d’une instance externe, indépendante, comprenant des historiens, qui devra faire le travail de vérité et de mémoire » sur la pédophilie.

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