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Textile : comment les recycleurs de déchets se créent un nouveau marché

Démontrer la faisabilité d’un fil de haute qualité à partir de coton recyclé dans l’industrie du denim, produire des textiles techniques à partir de matériaux recyclés, ou encore stimuler la demande de textiles produits de manière durable. Tels sont les leviers que veulent actionner plusieurs organisations internationales pour atténuer l’impact écologique des textiliens marocains. 

Offensive tous azimuts d’organisations internationales, notamment l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et l’IFC, pour résoudre l’un des plus grands problèmes de l’industrie de la mode : les déchets. En effet, de gros efforts restent à faire en la matière.


Comment transformer en or les 83.200 tonnes de déchets textiles pré-consommation générés, chaque année, par l’industrie textile marocaine, sachant que le volume de ces pertes est appelé à croître. Etant donné qu’à l’horizon 2035, l’AMITH ambitionne d’augmenter la valeur des exportations marocaines à 60 MMDH, et porter leur part sur les marchés nord-américain et d’Europe du Nord à 20% du total des exportations.

Entendez par déchets pré-consommation et post-industriels, les chutes de coupe, les produits de seconde qualité, les déversements et autres déchets textiles générés par la production de textiles et de vêtements. C’est dans ce contexte qu’un partenariat vient d’être signé par IFC (International Finance Corporation) et Reciclados Tanger, une entreprise marocaine fruit de la collaboration de deux entreprises espagnoles, spécialisée dans le recyclage du textile, pour développer l’écosystème du recyclage au Maroc, rendre ce secteur stratégique plus vert et créer de nouveaux marchés.

Toujours dans la même dynamique, l’ONUDI lance deux projets pilotes industriels au Maroc pour démontrer le recyclage des déchets textiles pré-consommation. Une étude de projet récemment publiée estime les déchets textiles de pré-consommation de la chaîne de valeur du textile et de l’habillement au Maroc à 83.200 tonnes par an, dont 56 % contiennent des matières à haute valeur ajoutée, comme le coton à 100 % ou les déchets riches en coton.

Sachant que la demande mondiale de coton et de polyester, deux des fibres les plus pertinentes pour l’industrie du textile, devrait augmenter de 40% d’ici 2023. Cette évolution, associée à une sensibilisation croissante des consommateurs à l’impact de la production textile sur l’environnement, a incité les marques mondiales de textile et de mode à analyser leurs chaînes d’approvisionnement afin d’identifier de meilleures alternatives, notamment des fibres renouvelables et recyclées, et a stimulé la demande de textiles produits de manière durable.

Cartographie de l’écosystème des déchets textiles
En 2021, Blumine et Reverse Resources, avec le soutien de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), ont réalisé une étude de cartographie des déchets. L’étude, qui a analysé la chaîne de valeur des déchets textiles, en sollicitant un groupe représentatif d’acteurs clés du marché, estime à 83.200 tonnes par an le volume des flux de déchets textiles pré-consommation généré par l’industrie marocaine du textile et de l’habillement. Selon l’étude, plus de 75% des déchets textiles pré-consommation générés au Maroc proviennent des régions du Grand Casablanca et de Tanger. La disponibilité des déchets dans ces deux régions permettrait de réduire au minimum les coûts de transport et de maximiser les synergies grâce à des collaborations et des installations partagées, ce qui maintiendrait les coûts à un faible niveau pour les opérations de recyclage au Maroc. L’étude de cartographie a également révélé un important potentiel économique pour le recyclage des déchets textiles de haute valeur 100 % coton et riches en coton pré-consommation au Maroc.

Susciter de l’engouement en présentant les modèles commerciaux de valorisation
Mais pour recycler à l’échelle industrielle sans compromettre la qualité et les coûts, les flux de déchets textiles de pré-consommation doivent être classés et organisés en fonction de leur type et de leur qualité. Il faut aussi sensibiliser les opérateurs, à commencer par démontrer le potentiel de recyclage des fibres textiles à partir des déchets de pré-consommation. Mais aussi présenter les différentes étapes et les modèles commerciaux de valorisation de ces déchets, un rôle activement joué par l’ONUDI.

En un mot, celui-ci a consisté à évaluer l’échelle industrielle de ces flux de déchets et démontrer des modèles commerciaux sur la façon de mieux valoriser les déchets textiles pré-consommation et post-industriels au Maroc. Pour ce faire, l’ONUDI s’appuie sur deux projets pilotes.

À l’occasion de l’événement annuel Maroc in Mode, ces projets qui seront menés jusqu’à la fin de 2022, dans le cadre du projet SwitchMed/MED TEST III, financé par l’Union européenne, ont été présentés aux textiliens marocains.

Comment Evlox et Novimat construisent l’avenir de l’industrie textile marocaine ?
Développé en collaboration avec Evlox, l’un des principaux fabricants marocains de denim et fournisseur de grandes marques européennes, dont le groupe OTB (Diesel). Ce premier projet pilote démontre la fabrication de fils de qualité à contenu recyclé tout en explorant le potentiel de l’approvisionnement local en déchets textiles de pré-consommation pour les fibres recyclées.

Pour Sara Mariani, Responsable du développement durable au sein du groupe OTB, «l’engagement d’organisations internationales telles que l’ONUDI est fondamental pour résoudre ce problème inhérent à l’industrie de la mode». Avec une production annuelle de 15 millions de mètres de denim premium, Evlox est à la recherche de solutions pour augmenter la part de fibres de coton recyclées dans ses tissus denim et réfléchit éventuellement à investir dans une usine de recyclage afin de répondre aux demandes du marché et aux objectifs de durabilité de ses clients.

A ce titre, l’entreprise se dit déterminée à poursuivre l’engagement avec ses partenaires marocains «afin de trouver des solutions efficaces qui profitent à tous les acteurs de la chaîne de valeur», déclare Mariani. Le second projet pilote est celui de Novimat–Casafibre, un important producteur marocain de fibres discontinues de polyester à partir de PET recyclé. Intéressé par le marché et les perspectives de production offerts par le secteur du textile et habillement, le group, dirigé par Abdeslam El Eulj, a investi dans des équipements pour produire des applications non tissées (panneaux d’isolation pour la construction, l’automobile, les remplissages…).

Là aussi, l’entreprise démontre le potentiel commercial de l’utilisation des déchets textiles locaux de pré-consommation qui ne conviennent pas à un recyclage de qualité, pour alimenter la production d’applications non tissées et considérera à cette fin des options d’investissement dans une ligne de broyage de textiles. Les deux projets de démonstration sont coordonnés par Blumine qui, avec une équipe d’experts internationaux, apporte un soutien technique aux deux sociétés marocaines.

Bientôt une feuille de route sur le recyclage des déchets textiles pré-consommation

Les résultats des deux projets de démonstration industrielle serviront à élaborer une feuille de route pour le Maroc sur le recyclage des déchets textiles pré-consommation. La feuille de route vise à soutenir les autorités, les fédérations industrielles et les acteurs de la chaîne de valeur du textile et de l’habillement au Maroc sur la manière d’éliminer les obstacles qui entravent une valorisation pratique, réalisable et rentable des déchets textiles pré-consommation.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO


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