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Suspension des droits de douane sur les oléagineux et huiles bruts : impact minime sur les prix

Afin d’atténuer les effets de la hausse des coûts des matières premières sur le marché national, le gouvernement a décidé de suspendre les droits de douane sur l’importation des graines oléagineuses. Toutefois, l’effet serait peu apparent sur les prix pratiqués. 

80% des importations du Maroc, en huiles brutes, sont assujetties à 0% de droits de douane. Ces importations proviennent des pays signataires des accords bilatéraux signés par le Maroc et les États-Unis, ainsi que d’autres pays européens. Ceci pour dire que, dans le contexte actuel de hausse continue des cours des matières premières, l’impact de la suspension des droits de douane demeure minime.


Faut-il le rappeler, le Conseil de gouvernement a adopté, jeudi 2 juin, le projet de décret n° 2.22.393 instaurant la suspension des droits de douane sur l’importation des graines oléagineuses et huiles brutes. La décision vise «à atténuer l’impact de l’augmentation du coût des matières premières sur le prix de vente des huiles de table les plus consommées», avait noté Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement.

Dans le détail, la décision concerne la suspension des droits d’importation applicables aux graines oléagineuses et aux huiles brutes de tournesol, soja et de colza, depuis le 3 juin 2022. Si la décision et les efforts du gouvernement sont à saluer, dans un contexte marqué par une importante inflation et une flambée des prix des intrants à l’international, il n’en demeure pas moins qu’elle ne concerne qu’une petite partie du total des importations du pays.

En effet, le reste des importations (20%) provient essentiellement des pays comme l’Argentine, l’Ukraine avec des droits de douane de 2,5%.

10 centimes d’impact sur le prix
À noter qu’en 2021, l’origine Europe a représenté 80% des importations en huile, tandis que l’origine Argentine n’a constitué que 20% du total des importations en soja du Maroc. En chiffres, le calcul est clair, la mesure de 2,5% donne un impact direct de 300 DH/tonne (origine Argentine). Ramené au litre, l’impact apparent serait de l’ordre de 30 centimes, toujours pour une origine 100% en provenance d’Argentine.

C’est-à-dire que sur une base d’importations à 80% d’Europe et 20% d’Argentine, l’impact devient de l’ordre de 10 centimes. Cela dit, la décision du gouvernement reste intéressante dans le cas d’espèce (suppression de 2,5% de droits de douane, des origines autres que l’Europe et les USA. Car elle permettra, à terme, de rendre le marché plus compétitif à l’importation.

Forte dépendance du marché national
Depuis mars 2020, le déclenchement de la pandémie Covid a poussé vers un renchérissement dû aux perturbations climatiques dans le monde, couplé à une météo défavorable dans plusieurs régions productrices de graines oléagineuses.

De plus, la guerre en Ukraine vient accentuer la situation, puisque le pays est le principal producteur européen d’huile de tournesol, d’où la flambée de l’huile végétale combinée à une indisponibilité des huiles au niveau mondial. Le prix du pétrole ne sort pas du lot, il a poussé vers le doublement, voire le triplement des coûts logistiques et du fret maritime dans le monde entier, outre le renchérissement du biodiesel qui affiche une forte demande mondiale.

Les producteurs s’adaptent
Dans ce contexte très particulier, les producteurs nationaux des huiles de table se sont adaptés. Ils ont répondu à leur devoir citoyen, et réussissent à date d’approvisionner le marché local en huile de table tout en retardant la répercussion des effets de cette conjoncture sur le prix final des huiles de table. Toutefois, comme observé sur le marché, supporter les hausses des instants, durant plusieurs mois, impacte directement les finances des producteurs nationaux.

Plus encore, ces derniers sont face à un manque de visibilité. Ce qu’il faudra noter, dans ce sens, c’est le fait que l’avenir du marché des huiles au Maroc passe par une «souveraineté nationale» en termes de culture et de trituration des graines oléagineuses. Rappelons dans cette logique que l’association des producteurs d’huile au Maroc œuvre avec le gouvernement pour l’instauration de mécanismes facilitant la production de graines oléagineuses au niveau local.

Cette solution demeure, vraisemblablement, l’unique alternative pour protéger le Maroc contre la flambée des prix à l’international, et elle devrait être préparée bien à l’avance.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO


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