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Perspectives économiques : l’élan des réformes pourrait augmenter la croissance

C’est ce qui ressort du dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique de notre pays. Les experts de l’institution de Bretton Woods affirment que les changements de politique que la pandémie de Covid-19 contribue à cristalliser pourraient placer le Maroc sur une trajectoire de croissance plus forte et plus équitable. Mais, tempèrent-ils, certains défis subsistent. Éclairage.

La Banque mondiale vient de publier son quatrième rapport sur la situation économique du Maroc durant la pandémie de Covid-19 par javier Diaz Cassou, économiste principal de la Banque mondiale (BM) au Maroc. Il ressort entre autres du document, qui est longuement revenu sur les éléments ayant reflué lors de divers diagnostics, que l’élan réformiste actuellement engagé dans notre pays pourrait le placer sur une trajectoire de croissance plus forte et plus équitable, à moyen et long termes.


En effet, selon les experts de la Banque mondiale, «le royaume se distingue comme l’un des pays du monde qui saisit cette crise comme une opportunité pour éliminer certaines des contraintes structurelles qui avaient affecté négativement ses performances socio-économiques ces dernières années». Le programme de réformes engagé touche trois principaux piliers, à savoir la création d’un Fonds d’investissement stratégique (le Fonds Mohammed VI) pour soutenir la capitalisation du secteur privé et l’accélération du programme de PPP la refonte du cadre de protection sociale pour stimuler le capital humain et la restructuration du vaste réseau d’entreprises publiques du Maroc.

Trois grandes réformes très prometteuses
Concernant le Fonds Mohammed VI, rappelons qu’une loi et un décret ont été adoptés pour l’établir sous la forme d’une société anonyme, plus transparente. Le fonds devrait recevoir un capital d’amorçage du gouvernement central (15 MMDH, soit près de 1,66 milliard de dollars, déjà budgétisés) et vise à lever jusqu’à 3,3 milliards de dollars auprès d’investisseurs institutionnels publics et privés, ainsi que d’institutions financières de développement. Il fonctionnera comme un fonds-des-fonds structuré pour poursuivre divers objectifs.

À court terme, et en collaboration avec la SNGFE (anciennement CCG) et le système bancaire, il fournira des quasi-fonds propres aux PME en difficulté qui ont besoin d’une restructuration financière, fonctionnant ainsi comme un autre filet de sécurité contre la vague d’insolvabilités d’entreprises que le choc Covid-19 pourrait encore déclencher. Le fonds comprendra également une composante infrastructure axée sur les PPP, mobilisant des ressources pour soutenir le développement d’une réserve de projets bancables et fournissant un financement à long terme de certains de ces projets.

S’agissant de l’ambitieuse réforme de la protection sociale, la loi-cadre a déjà été approuvée, et la première phase est déjà en branle. Prévue sur la période 2021–2022, elle se concentrera sur l’universalisation du système d’assurance maladie (Assurance maladie obligatoire – AMO) et sur l’élargissement de l’accès aux programmes de transferts monétaires existants (allocations familiales).

Au cours de la deuxième étape (2023–2024), la réforme se concentrera sur le régime de pension de vieillesse et sur l’extension des allocations de chômage à une plus grande partie de la main-d’œuvre formelle.

Pour ce qui est de la restructuration du réseau des entreprises publiques, deux lois sont actuellement en préparation pour le réorganiser. L’un des éléments centraux de cette réforme sera la création d’un nouveau holding d’État qui mettra en œuvre la politique du gouvernement pour le secteur des entreprises publiques et supervisera les entités qui fonctionnent selon une logique commerciale. En outre, les actifs des entreprises publiques seront regroupés par secteur afin de tirer parti des synergies, et les établissements publics jugés inutiles seront éliminés pour créer un espace budgétaire.

De cette manière, le Maroc s’apprête à adopter un modèle qui a déjà été testé dans diverses économies avancées pour maximiser la rentabilité économique, financière et sociale des entreprises publiques. Ce n’est pas tout : les experts de la BM indiquent qu’en plus de ces réformes, le gouvernement vient de dévoiler les termes d’un Nouveau modèle de développement qui, sans doute, guidera mieux les politiques publiques dans les années à venir.

Une croissance du PIB réel plus forte qu’avant la crise
C’est donc convaincus de ces avancées structurelles en cours et de la bonne campagne agricole attendue que les experts de la BM tablent sur une croissance de 4,6% pour notre pays en 2021. Dans leur scénario de base, la production agricole dépasse les tendances historiques, la campagne vaccinale progresse comme prévu, la politique monétaire reste accommodante et le processus d’assainissement budgétaire est progressif, avec une réduction modérée du déficit dès 2021. La reprise des secteurs de l’industrie manufacturière et des services devrait être progressive (croissance de la valeur ajoutée de 3,4% et 3,1% respectivement), alors qu’ils étaient initialement limités par le ralentissement des partenaires commerciaux du Maroc en début d’année et par un retour prolongé du tourisme international. Mieux, à moyen terme, ces experts s’attendent à ce que la croissance du PIB réel dépasse sa tendance pré-pandémique (voir graphique). Selon eux, «il existe plusieurs canaux par lesquels l’élan de réforme pourrait augmenter le potentiel de croissance de l’économie marocaine». Premièrement, ils déclarent qu’en augmentant la contestabilité du marché, en égalisant les règles du jeu et en rationalisant le rôle du secteur des entreprises d’État dans l’économie, davantage d’entreprises devraient faire leur entrée sur les marchés, se développer et créer des emplois (IFC, 2019). Deuxièmement, ils sont sûrs qu’un secteur privé plus dynamique pourrait faire un meilleur usage de l’important stock de capital physique accumulé au cours des dernières décennies, augmentant ainsi le dividende de croissance des infrastructures existantes qui, jusqu’à présent, a déçu (HCP, 2016). Troisièmement, les experts de la BM sont persuadés que l’accélération du rythme de formation du capital humain pourrait permettre à davantage de citoyens marocains de réaliser leur potentiel de productivité, ce qui contribuerait à accélérer la croissance de la production globale (Banque mondiale, 2020).

Mais plusieurs défis à relever
Ceci étant, «l’ampleur et le rythme des effets de ces réformes sur la croissance dépendront de la réussite de leur mise en œuvre et des opportunités que le paysage économique international post-pandémique créera pour un pays ayant les caractéristiques du Maroc», remarquent-ils. En effet, à cause de la crise sanitaire, le pays devra faire face à plusieurs défis. D’abord, il faut savoir que la pandémie a exacerbé les vulnérabilités macrofinancières du Maroc. C’est ainsi que trois risques apparents surgissent déjà. Un ratio dette/PIB déjà élevé qui pourrait encore augmenter si certains des engagements conditionnels (garanties de crédit aux entreprises) accumulés comme l’un des piliers de la stratégie de relance se matérialisaient. Un environnement de financement international qui pourrait devenir plus difficile pour les économies émergentes et en développement dans un contexte de hausse des rendements des bons du Trésor américain.

Enfin, une augmentation continue du stock de créances en souffrance qui pourrait s’intensifier si la reprise économique ne s’accéléraient pas ou si les garanties de crédit publiques mises en place commençaient à être réduites. Autre grand défi, le Maroc a un niveau d’endettement comparativement élevé mais un portefeuille bien équilibré. À 77,7 %, le ratio dette/PIB du Maroc est nettement supérieur à la médiane de l’économie mondiale (61,7% du PIB), des économies à faible revenu (63,8% du PIB) et des économies à revenu élevé (63,8% du PIB). Néanmoins, en termes de ratio dette/PIB, le royaume se compare favorablement à la plupart des importateurs de pétrole de la région MENA. Autre défi : l’augmentation du stock de passifs éventuels constitue une source supplémentaire de risque budgétaire. La matérialisation des garanties publiques au crédit des entreprises que le gouvernement a accordées pour répondre à la crise pourrait entraîner une nouvelle détérioration des perspectives budgétaires. Ce n’est pas tout : la couverture des besoins de financement budgétaire du Maroc pourrait devenir plus difficile dans un contexte de hausse des rendements mondiaux.

En effet, les besoins de financement bruts publics ont atteint près de 20% du PIB en 2020 et, même dans un scénario d’assainissement budgétaire progressif, le gouvernement pourrait devoir mobiliser plus de 16,5% du PIB par an en moyenne entre 2021 et 2024. Last but not least, le dernier défi pointé par les experts de la BM a trait au resserrement des liquidités auquel est confronté le secteur privé, ce qui pourrait encore entraîner des défauts de paiement généralisés et éroder les fonds propres des banques. Mais, reconnaissent-ils, grâce aux programmes de garantie de crédit et aux efforts de refinancement déployés par Bank Al-Maghrib, le choc de liquidité déclenché par la pandémie ne se transformera pas en une crise de solvabilité.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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