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Notation : les enseignements de Fitch Ratings

Que doit-on retenir de la récente confirmation de la note du Maroc par Fitch Ratings? D’abord, le ralentissement de la croissance à 1,1% en 2022, puis les pressions inflationnistes à 6,2%, ensuite un niveau de dette élevée, et enfin les pressions grandissantes sur les finances extérieures. Détails 

Au-delà de la confirmation de sa notation BB+ du Maroc, justifiée par un niveau modéré de la dette extérieure dans l’endettement du pays, un solide soutien des créanciers officiels et un historique de stabilité macroéconomique, Fitch Ratings distille ses messages et donne son appréciation sur la gestion économique du pays. C’est dans ce sens qu’elle prévoit, à l’instar des principales institutions (Banque mondiale, HCP, ministère des Finances, BAM…), un ralentissement de la croissance pour l’année en cours.

Croissance au ralenti
L’agence d’évaluation financière table sur un taux de 1,1% à fin 2022 dans un contexte où «le Maroc est confronté à la pire sécheresse depuis des décennies», laquelle provoque une «forte contraction de la production agricole, de l’inflation affectant la consommation et de l’environnement international défavorable en termes de prix des matières premières et de hausse des taux d’intérêt».

Si elle constate le fort redressement du tourisme et les solides performances des secteurs manufacturiers, l’agence estime que «les perspectives de croissance pour 2023 resteront difficiles pour le Maroc en raison de l’anticipation d’une récession dans la zone euro (-0,1%), affaiblissant les perspectives d’exportations». D’où sa prévision d’une croissance de 2,8% en 2023, conditionnée par la reprise de l’agriculture. Elle passerait à 3,2% en 2024,si et seulement si, les prix de l’alimentation et de l’énergie se détendent, et les secteurs industriels et du tourisme poursuivent leur redressement.

Plus globalement, Fitch rappelle que «les perspectives de croissance dépendent du retour à la normale du secteur agricole et du niveau des précipitations». Les risques de baisse découlent, selon la même source, d’une «guerre prolongée en Ukraine, du maintien des prix élevés de l’énergie et des perturbations de l’approvisionnement, de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages et d’un ralentissement économique prolongé chez les partenaires commerciaux du Royaume».

L’inflation ne faiblit pas
Alors que les prévisionnistes les plus pessimistes tablaient sur une réduction de la flambée des prix dans le moyen terme, la situation est tout autre. Si elle s’établissait à une moyenne de 1,4% en 2021, l’inflation a dépassé les 6% en moyenne en 2022, atteignant même les 8,3% en septembre, en raison des prix de l’alimentation, de l’énergie et des transports.

À en croire l’agence de notation américaine, la flambée des prix devrait se maintenir avec des prévisions d’inflation à 6,2% en moyenne. Ce qui reste en dessous du seuil de 7,5% des notation BB de Fitch. «L’inflation pourrait tomber à 2,2% en 2024 à mesure que les pressions sur les marchés mondiaux des matières premières s’atténuent», se projette l’agence de notation qui énumère les risques continuant à peser, comme le choc prolongé des prix des produits de base, de production agricole intérieure médiocre en raison d’un déficit pluviométrique persistant et de pressions salariales.

Fitch qui constate avec satisfaction la décision de Bank Al-Maghrib (BAM) de relever son taux directeur de 50 pb à 2%, n’exclut pas la poursuite du resserrement de la politique monétaire pour «ancrer les anticipations d’inflation et suivre le cycle de resserrement de la BCE et de la Fed».

Le déficit budgétaire se résorbe petit à petit
En dépit de l’augmentation des revenus de 24,4% en glissement annuel, suite à l’appréciation de 11,5% des dépenses entraînées par les mesures pour atténuer la hausse du coût de la vie, via le relèvement des subventions (+118% sur un an et estimées à 2,8% du PIB en 2022) pour le blé, le sucre et le gaz butane notamment, Fitch entrevoit une atténuation du déficit budgétaire.

Elle s’attend, en effet, à une diminution du déficit de l’administration centrale (CG) à 4,7% du PIB en 2022, principalement en raison de revenus plus élevés que prévu. Il serait porté par «un effet décalé et par la flambée des prix du phosphate (+156% en glissement annuel en juillet 2022), et devrait rester élevé en 2022, avant de se modérer en 2023».

Ceci étant, l’agence newyorkaise juge que les prévisions du projet de loi de Finances 2023 – dont les amendements ont été déposés hier, lundi 7 novembre – d’un déficit budgétaire de 4,5% en 2023, ne sont pas réalisables. Elle prévoit que «le déficit se creusera temporairement en 2023 pour atteindre 5% du PIB, la croissance des revenus ralentissant en raison de la normalisation des prix du phosphate et de la décélération des activités industrielles et touristiques».

En 2024, ce ratio devrait revenir à 4,6% malgré l’augmentation des dépenses de santé et d’éducation, conformément au Nouveau modèle de développement et au renouvellement des subventions, mais grâce à la suppression des mesures de soutien qui réduira les pressions sur les dépenses publiques.

Une dette toujours aussi élevée
Le ratio de la dette du Maroc devrait rester élevé. Selon Fitch Ratings, l’endettement augmentera progressivement pour atteindre 73,3% du PIB en 2024, contre 68,9% en 2021. C’est bien loin des 48% projetés par l’agence pour entrer dans les critères du grade BB. En cause des déficits budgétaires persistants et une croissance plus lente. Pour ce qui est de la dette des administrations publiques, elle «passera de 62,2% du PIB en 2021 à 63,7% en 2024, elle qui était libellée (à près 77%) en dirhams à fin 2021, limitant ainsi les risques de change. Ceci dit, l’agence note une flexibilité du financement budgétaire du Maroc qui jouit de «l’accès à une large base d’investisseurs nationaux et à un solide soutien des créanciers publics, ce qui atténue les risques de financement». Il n’empêche que Fitch ne s’attend pas à ce que le Maroc exploite les marchés internationaux en raison de conditions de financement externes moins favorables pour les marchés émergents même s’il avait prévu de le faire. «Il est susceptible d’utiliser les droits de tirage spéciaux du FMI pour couvrir ses besoins de financement. Le Maroc a une longue tradition de coopération étroite et de soutien de la part des créanciers publics, comme en témoignent quatre lignes de liquidité de précaution (PLL) consécutives avec le FMI depuis 2012», fait savoir l’agence.

Pressions persistantes sur le compte courant
La mauvaise récolte, la flambée des prix des matières premières et la forte importation d’énergie (9% du PIB attendu) cette année, vont impacter la facture des importations, qui pour Fitch, ne sera pas compensée par la hausse des exportations de phosphate et des recettes touristiques. Le déficit du compte courant se creusera, selon la même source, à 5,2% du PIB en 2022, contre 2,3% en 2021. Même si la croissance des importations ralentira en 2023 en raison d’une détente des prix des matières premières, elle continuera à dépasser celle des exportations.

«Les exportations se modéreront avec l’augmentation de l’offre mondiale de phosphate et la récession dans la zone euro». En 2023, le déficit du compte courant serait à 5,5% du PIB, avant de se resserrer en 2024 à 4% en raison de la baisse des prix des matières premières et d’une reprise des exportations industrielles et de l’activité touristique. Dans ces conditions, les réserves de change du pays sont tombées à 31 milliards de dollars fin septembre 2022 contre 34,6 milliards de dollars fin 2021, en raison de l’affaiblissement du dirham par rapport au dollar américain et des prix élevés des matières premières. Fitch estime toutefois que la couverture des réserves, qui représente en moyenne 5,1 mois de paiements extérieurs courants en 2022-2023, restera adéquate et conforme aux notations des pays pairs.

Jules Gabas / Les Inspirations ÉCO

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