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Institutions de Microfinance : comment BAM va renflouer les caisses

Suite au recul quasi généralisé des indicateurs des institutions de microfinance, du fait de la crise sanitaire : arrêt de l’activité de déblocage des prêts, taux de recouvrement très faible, problèmes de trésorerie…, Bank Al-Maghrib lance un programme de soutien au financement des associations de micro-crédit. Dans une récente lettre circulaire de la Direction opérations monétaires et de change de Bank Al-Maghrib, l’institution fixe les modalités selon lesquelles se fera le soutien au financement. Détails !

Bank Al-Maghrib (BAM) met en place une ligne de refinancement des nouveaux crédits et des crédits existants rééchelonnés accordés aux associations de micro-crédit, au cours de la période allant du «1er trimestre de 2022 au dernier trimestre de 2023». Précision de taille : «Le refinancement de Bank Al-Maghrib est accordé pour une durée d’un an, sous forme de prêts garantis», précise la circulaire.


De leur côté, les banques devront mobiliser, en faveur de Bank Al-Maghrib, en garantie des refinancements accordés, les actifs éligibles fixés par la décision du Wali n°80/W/20 relative aux instruments de politique monétaire, ses modifications et les textes pris pour son application.

Au niveau de leur comptabilité, il faudra prendre en compte le fait que le taux de refinancement est égal à la moyenne pondérée du taux directeur sur la période de refinancement. Les banques participant à ce programme peuvent bénéficier trimestriellement d’un refinancement auprès de Bank Al-Maghrib pour un montant maximum égal au volume des crédits éligibles.

Par crédits éligibles, BAM entend les nouveaux crédits et crédits existants rééchelonnés accordés aux associations de micro-crédit, décaissés au cours du trimestre précédant chaque appel d’offres et ayant une durée supérieure ou égale à un an.

Comment les choses vont se passer techniquement ?
Dans la note circulaire LC/BKAM/2022/4 signée par Mounir Razki, responsable de la Direction opérations monétaires et de change à Bank Al-Maghrib, et datée du 15 avril 2022 et relative au programme de soutien, BAM indique comment les choses vont se passer techniquement ?

À la date de règlement, BAM va créditer les comptes centraux de règlement des contreparties bénéficiaires, des montants des refinancements qui leur sont accordés. À l’échéance, BAM débitera les comptes centraux de règlement des montants accordés, augmentés des intérêts y afférents.

Mais dans le cas d’un remboursement anticipé, partiel ou total, d’un crédit refinancé dans le cadre de ce programme, la banque devra informer sans délai Bank Al-Maghrib et procéder, dans les deux jours ouvrables suivants, au remboursement du refinancement pour un montant équivalent.

Mais en cas de non-respect par une banque de l’une des dispositions de la lettre circulaire, BAM prévient qu’elle débitera le compte central de règlement de l’établissement du montant total des refinancements accordés, augmenté des intérêts et des pénalités y afférents.

Pourquoi un tel programme ?
Il faut dire que le secteur de la microfinance a été mis à mal par le Covid. La crise ayant eu un effet délétère sur la capacité des clients des Institutions de microfinance (IMF) à préserver leurs moyens de subsistance, parce que généralement issus des couches les plus vulnérables de la société.

Ainsi, les acteurs de la microfinance ont vu leurs défis se multiplier : arrêt de l’activité de déblocage des prêts, taux de recouvrement très faible, problèmes de trésorerie; en somme, l’on a assisté à un recul quasi généralisé des indicateurs des IMF. Autant de problématiques qui fragilisent l’ensemble des IMF.

Pour ne pas en rajouter aux soucis de la population cible, aider les clients en difficulté afin que les revenus et les emplois ne soient pas affectés de manière disproportionnée et éviter les cessations d’activité, les clients du secteur ont bénéficié d’un report massif de remboursements de leurs microcrédits, suite à des demandes formulées pour une durée moyenne de trois mois sans intérêts et sans frais.

En avril 2021, Ahmed Ghazali, président de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), soulignait qu’à cette date, plus de 665.000 dossiers de microcrédit, représentant un encours de 6,2 MMDH, étaient concernés. Soit 86% de l’encours global du secteur, induisant un impact négatif sur le produit net de microcrédit pour environ 350 MDH de manque à gagner.

Le rôle-clé du secteur
Il est important de souligner le rôle-clé du secteur du microcrédit qui permet à près d’un million de micro-entreprises, exclues du système financier classique, d’accéder à des services financiers de qualité. Sans compter la capillarité du réseau des IMF composé de plus de 1.700 agences fixes, dont 40% dans le rural et 150 agences mobiles dédiées exclusivement au rural et au régions enclavées. Ce million d’activités génératrices de revenus (AGR) fait vivre quelque 4 millions de Marocains et fait travailler des centaines de milliers d’employés. Le secteur est considéré comme un des premiers employeurs du Maroc avec plus de 8.500 employés dont 50% sont des femmes.

Comment participer à une opération de refinancement ?

Pour participer à une opération de refinancement, les banques doivent communiquer, à Bank Al-Maghrib, au plus tard le 15 du mois suivant la fin de chaque trimestre, l’état des crédits éligibles à ce programme, établi conformément à un modèle. Le représentant légal de la banque devra adresser à Bank Al-Maghrib, préalablement au règlement de chaque opération de prêt garanti, une lettre de confirmation et de garantie, un billet à ordre, un engagement moral ainsi que la liste des actifs présentés en garantie.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO


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