Éco-Business

Inflation. Ahmed Azirar : “Les facteurs durables qui l’attisent ne faiblissent pas!”

Professeur Ahmed Azirar
Fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN)

La Banque centrale va-t-elle finir par augmenter le taux directeur pour combattre l’inflation au risque d’affaiblir un peu plus la reprise ? La hausse des prix à la consommation s’est accélérée cet été, au-delà de 7%. Et ses moteurs extérieurs et intérieurs restent actifs, relève le Professeur Ahmed Azirar, fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise. Si la hausse persiste, BAM n’aura d’autre choix que de réagir pour rester fidèle à son mandat. Selon Azirar, il faudra, pour préserver l’économie, une synchronisation entre les politiques budgétaire et monétaire. 

Quels commentaires vous inspirent les derniers chiffres sur l’inflation ?
L’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse annuelle de 7,7% en juillet 2022, comme conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires (+12%) et de celui des produits non alimentaires (+5%, variant de +0,2% pour la «Santé» à 18,3% pour le «Transport»). L’indicateur de l’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux régis par des tarifs publics, ressort annuellement à 6,5%. Cette évolution est conforme à ce qui était attendu. Ses moteurs extérieurs et intérieurs restent actifs. De plus, l’été, saison de grande consommation, connaît une grande circulation monétaire et un rush sur les biens alimentaires, les carburants et les services de tourisme. Autant de produits qui connaissent une flambée des prix. Nous avons l’impression que les hôteliers et autres prestataires de services touristiques ont agi comme s’ils voulaient rattraper les deux années covid de vaches maigres. .
A-t-on atteint le pic ou pensez-vous que la hausse va perdurer ?
La réponse dépend à la fois de l’évolution de nos partenaires, de l’intensité des divers facteurs impactant les prix et de la riposte des politiques monétaire et budgétaire.
Les facteurs durables qui attisent l’inflation agissent toujours et ne semblent pas faiblir. À l’extérieur, la géostratégie reste toujours perturbée et la pandémie vivace en Chine, avec ses effets négatifs sur les chaînes de valeur. Au niveau intérieur, la sécheresse persistante et l’effet de la hausse des intrants jouent toujours. Mais le rythme de consommation risque de ralentir.
On pourrait alors penser, tous facteurs confondus, que le pic serait atteint chez nous aussi, comme on le constate chez certains de nos partenaires. Mais à vrai dire, rien n’est totalement certain. La récession qui se dessine en Europe et l’accord sur le nucléaire iranien pourraient intervenir comme des facteurs de détente, en plus des effets des interventions des banques centrales qui, en quasi-totalité, resserrent leurs politiques.
L’inflation est-elle en train de changer de nature ?
L’inflation change de nature autant que le système mondial. Les pressions pour les relocalisations, les coûts de sauvegarde de l’environnement, les dépenses sanitaires et d’hygiène en hausse, entre autres, expliquent ce changement. Les consommateurs accepteront-ils des prix plus élevés et une baisse du pouvoir d’achat ? Le cycle des «trente maigrichonnes» se précise-t-il ? Peut-être.
Bank Al-Maghrib maintient une politique monétaire accommodante, ce qui suggère que, pour elle, la hausse des prix est conjoncturelle. Est-ce toujours le cas au vu des derniers développements ?
Tout pousse à penser que BAM risque de revoir sa façon d’agir si la hausse des prix se confirme en août-septembre. Même si on sait qu’une bonne partie de l’économie nationale reste relativement insensible au taux d’intérêt, comme il serait dommageable de gêner davantage la reprise.
À quelle réaction vous attendez-vous lors des prochaines réunions du conseil de la Banque centrale ?
Une légère revalorisation du taux directeur, avec une ou deux autres mesures ciblant l’inflation, ne sont pas à exclure. Avec toutefois une poursuite du soutien de l’investissement, des PME et TPME. C’est, bien entendu, aux finances publiques d’agir en harmonie avec la politique monétaire.
La revalorisation du SMIG couvre à peine l’inflation sachant que les personnes concernées sont susceptibles d’être plus durement touchées par la hausse des prix. Sur quels autres leviers le gouvernement pourrait-il agir pour atténuer la pression sur le pouvoir d’achat ?
L’action portera sûrement sur la poursuite du soutien des produits de consommation populaire et du transport. La mise en application du registre social unifié sera activée. Les retraités méritent aussi un soutien.

 

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO

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